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Afrique

En images : le village tchadien de Ngouboua ravagé par Boko Haram

© Adel Gastel, France 24 | Vue du ciel de la ville tchadienne Ngouboua après l'attaque menée par les islamistes nigérians de Boko Haram

Texte par Willy BRACCIANO , envoyé spécial au Tchad

Dernière modification : 19/02/2015

Voitures brûlées, maisons incendiées... La localité tchadienne de Ngouboua a été le théâtre, vendredi, d'un raid meurtrier de Boko Haram, le premier sur le sol tchadien. Retrouvez le carnet de route de nos envoyés spéciaux et leurs photos exclusives.

Vendredi 13 janvier

Prises du ciel, les images des maisons incendiées sont impressionnantes. Le "modus operandi" porte la signature de Boko Haram. Le feu continue de se consumer : des voitures, des motos, des cases calcinées. Même les animaux n'ont pas été épargnés.

La ville tchadienne de Ngouboua vient de payer son tribut à Boko Haram. Cette petite localité située à plus de 10 heures de route de N’Djamena, la capitale, est la première victime de la secte islamiste sur le sol tchadien.

On peut lire la consternation sur certains visages. D'autres s'attendaient à cette attaque. Boko Haram avait d'ailleurs prévenu le chef du canton, voilà plusieurs jours, qu'il allait mourir. Et il a succombé à la folie meurtrière de la secte en recevant une balle perdue. Deux autres civils ont péri, ainsi qu'un militaire tchadien.

La proximité du village avec le Nigeria laissait supposer l'imminence d'une offensive. Au loin, des habitants observent les va-et-vient des militaires tchadiens, les pick-up transportant femmes et enfants vers des localités voisines.

Le sous-préfet et le gouverneur de la région du lac sont venus les rassurer. Des renforts arrivent pour sécuriser davantage le village. La région du lac Tchad était déjà sous haute surveillance, l'état d'alerte est aujourd'hui à son plus haut niveau.
 

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Jeudi 12 février

Roger a 27 ans. Depuis trois ans, ce jeune routier conduit fièrement un 40 tonnes entre Douala, au Cameroun, et N'Djamena, au Tchad. Voilà maintient une semaine qu'il patiente dans le centre de tri de N'Djamena avant de pouvoir repartir au Cameroun.

Ce fils d'agriculteur n'a pas vraiment choisi ce métier par amour. Il a suivi les pas de son frère pour nourrir son foyer, même s'il ne roule pas sur l'or avec ses 50 000 francs CFA mensuels (76 euros).

Roger, jeune routier tchadien, est contraint d'emprunter un itinéraire de contournement pour acheminer sa marchandise. © Willy Bracciano, France 24

Dans son camion, ce père de famille achemine aussi bien du carrelage que des produits alimentaires. La route, il la connaît par cœur : les nids de poules de l'axe Douala-Maroua-Kousseri n'ont aucun secret pour lui.

"Parfois je ne sais même pas ce que je transporte. Sur le bordereau, il y a juste le nom du destinataire", confie-t-il.

Dans son camion, Roger achemine aussi bien du carrelage que des produits alimentaires. © Willy Bracciano, France 24

Pour Roger, l'essentiel, c'est que sa marchandise arrive à destination. Mais depuis l'offensive de Boko Haram dans l'extrême nord du Cameroun, en accord avec son patron, Roger ne s'aventure plus sur cette route : "Ils nous égorgent de derrière."

Depuis trois mois, comme les 12 chauffeurs de sa société, il emprunte un itinéraire de contournement, en remontant par le sud du Tchad depuis Moundou, la capitale économique.

La route la plus courte entre Douala, au Cameroun, et N'Djamena, au Tchad. Mais Roger ne l'emprunte plus, elle est devenue trop dangereuse depuis que Boko Haram mène des raids dans le nord du Cameroun.

De Douala en passant par Moundou, Kelo, Bongor, Glendeng, jusqu'à N'Djamena, ce ne sont pas moins 4 000 kilomètres de route. Soit une centaine de kilomètres de plus que s'il traversait le Cameroun ou six jours de route au lieu de quatre en temps normal.

Le contournement rajoute une centaine de kilomètres aux routiers qui se fatiguent plus vite. © Willy Bracciano, France 24

"On est plus fatigué par les tracasseries que par la route", lance le jeune homme. Par tracasserie, il faut entendre les petites sommes d'argent réclamées le long du trajet pour qu'il poursuive sereinement sa route. "Il est temps que les armées tchadienne et camerounaise nous débarrassent de Boko Haram", supplie-t-il.

En attendant, Roger préfère perdre du temps et de l'argent mais conserver sa vie.
 

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Mercredi 11 février

Le 17 janvier, quand le président tchadien Idriss Déby répond à l'appel de son homologue camerounais, Paul Biya, l'objectif clairement affiché est de partir en guerre contre Boko Haram. Idriss Déby avait déjà alerté la communauté internationale depuis plusieurs mois sur la déstabilisation régionale provoquée par Boko Haram. La Libye et le Niger au Nord, le Nigeria à l'Ouest, le Soudan et la Centrafrique à l'Est et le Cameroun au Sud.

Depuis deux ans, le Tchad a renforcé sa présence militaire aux frontières avec le Cameroun et désormais avec le Niger et le Nigeria, le long du lac Tchad. Malgré tout, Boko Haram est aux portes du Tchad. Un souci de plus pour ce pays enclavé, entouré de voisins qui peinent à assurer leur propre sécurité intérieure.

Mais le durcissement des mesures de sécurité au Tchad rend difficile l'acheminement des importations de biens de consommation et des exportations de bétail du pays. Dégager les passages frontaliers et les axes de circulation vitaux devient l’un des enjeux de l'engagement militaire tchadien dans la lutte contre Boko Haram, car le commerce est quasiment stoppé depuis un an et demi à la frontière avec le Nigeria. L'axe N’Djamena, Kousseri, Maidiguru est au point mort à cause de la présence de Boko Haram dans la zone de Fotokol et Gambaru.

>> À lire sur France 24 : Attaque meurtrière de Boko Haram contre l'armée tchadienne à Gambaru

© Willy Bracciano / Adel Gastel

"Il est devenu difficile et dangereux d'aller se ravitailler à Maiduguri", explique Hamed Hammad, commerçant sur le marché central de N’Djamena. Sa dernière cargaison de henné achetée au pays voisin remonte à trois mois. Par conséquent, il est contraint de le vendre plus cher qu'avant et les clientes toisent sa marchandise.

Même son de cloche, quelques étales plus loin chez un vendeur de lait en poudre. Sa marchandise vient de Dubaï, du Cameroun, des Pays-Bas et du Nigeria. Les trois derniers sacs de 25 kg de lait nigérian peinent à trouver preneurs, même en étant en tête de gondole. Il faut reconnaître que le prix est passé de 50 à 80 000 francs CFA.

Et ce ne sont pas seulement les produits nigérians qui semblent être touchés par cette inflation. Les produits vivriers, comme la tomate du Cameroun, ou encore les produits domestiques ne sont pas épargnés.

"Avant on achetait de la lessive à 750 francs, maintenant on la paie 900-1 000 francs CFA", confie dépitée, Chantal Lassere, une habituée du marché.

Les échanges qui passaient par le lac Tchad sur les grandes pirogues empruntent maintenant une longue route de contournement par le Niger. L'augmentation des coûts de transport se répercute sur les prix et l'État tchadien est privé d'importantes recettes douanières.

L'axe reliant N’Djamena au sud du Cameroun est sous haute surveillance. Cette route devenue dangereuse reste le principal débouché maritime pour le Tchad, où transite la majeure partie des approvisionnements destinés au sud du pays. Si cette guerre contre Boko Haram dure trop longtemps, le risque pour le Tchad est d’être asphyxié économiquement.

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Mardi 10 février

Lutte contre Boko Haram : en immersion avec la police tchadienne

L’alerte est à son maximum au Tchad. Par sa situation géographique, le pays est une cible directe de Boko Haram, qui poursuit ses offensives depuis le nord-est du Nigeria vers le Cameroun et les rives du lac Tchad.

Dans la guerre préventive menée par le president Idriss Déby contre Boko Haram, la maitrise des voies navigables est aussi une question de sécurité intérieure.

Le fleuve Chari traverse la capitale N'Djamena avant de marquer la frontière entre le Tchad et le Cameroun puis de se jeter dans le lac Tchad. À près de 30 kilomètres à l'Ouest se trouve la frontière avec le Nigeria.

Le fleuve Chari, qui sépare la capitale N'Djamena du nord du Cameroun, est donc sous extrême surveillance. Notre caméra embarque avec la brigade fluviale de la police nationale. Ce sont les hommes du commissaire Prospère Bodé Ngaradjidi, dont la fonction principale est de sécuriser les voies maritimes.

Le fleuve Chari constitue un axe stratégique puisqu'il marque la frontière entre le Cameroun et le Tchad. © Willy Bracciano / Adel Gastel

Depuis les offensives de Boko Haram dans la région, toute navigation et toute pêche sont interdites sur la partie frontalière du fleuve Chari, car le Tchad redoute des attentats suicides sur son territoire.

Sur le fleuve Chari, la police nationale tchadienne surveille toute pirogue suspecte. © Willy Bracciano / Adel Gastel

>> À voir sur France 24 : face à l'avancée de Boko Haram, le Tchad renforce sa sécurité

Le long des deux rives, des Camerounais et des Tchadiens se rafraîchissent, sans se préoccuper des embarcations rapides de la police. Il fait 40 degrés.

Nous approchons de la saison sèche et le Chari entame sa lente décrue. À certains endroits, les connaisseurs peuvent traverser à pied.

Une pirogue suspecte est signalée à 200 mètres. Elle sera rapidement arraisonnée. À son bord, un homme âgé jure être un pêcheur tchadien. Son embarcation et ses affaires sont passées au peigne fin par les policiers. Il pourrait cacher des armes, des explosifs ou des produits stupéfiants. Le pêcheur est rapidement conduit au poste le plus proche pour un interrogatoire. L'enquête révélera que l'individu suspect n'avait pas menti sur son identité et il sera relâché.

S'appuyant sur les informations de leurs confrères camerounais et sur leur réseau d'informateurs, les policiers continuent leur traque. Les patrouilles se succèdent jour et nuit.

Première publication : 14/02/2015

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