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Des Chibanis expulsés en pleine trêve hivernale à Paris

La façade de l'hôtel parisien, au 73 rue du Faubourg Saint-Antoine, à Paris.
La façade de l'hôtel parisien, au 73 rue du Faubourg Saint-Antoine, à Paris. Twitter

Trente et une personnes, dont 12 Chibanis, des retraités algériens ou marocains, ont été expulsés jeudi de l’hôtel parisien qu’ils occupaient, rue Faubourg-Saint-Antoine, à Paris. La préfecture a justifié son action par la vétusté du lieu.

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"Cela ressemble à une rafle de Chibanis. Ils ne veulent pas qu'on vive dans les beaux quartiers" : Sylvain, 62 ans, est sous le choc, après l'évacuation par la police, jeudi 19 février, en plein hiver, de retraités maghrébins d'un hôtel meublé parisien, vétuste et jugé dangereux pour leur sécurité.

Trente-et-une personnes, dont 12 Chibanis ["cheveux blancs", en arabe], âgés de plus de 65 ans, ont été expulsés vers 6h30 du matin de cet immeuble vétuste de quatre étages, au 73, rue du Faubourg-Saint-Antoine, non loin de Bastille, qu'ils occupaient depuis des années.

Désemparés, la plupart des personnes âgées qui occupaient les lieux attendent désormais d’être relogés dans un centre d'hébergement provisoire, toujours à Paris, en attendant une proposition de relogement d'ici le 30 juin.

Cabas en plastique et valise posée sur le sol, Mohamed Amrouni, 65 ans, qui habite l'hôtel depuis 15 ans n'en revient pas d'être traité comme un "paria". "On est victimes de la violence d'État. Quand à 6 h du matin des policiers viennent vous réveiller pour changer les serrures et rassembler vos affaires pour vous expulser, j'appelle cela une déportation", s'emporte-t-il en mâchonnant un cigarillo.

Devant l’immeuble, à 12 h, plusieurs camions de CRS encadraient la petite porte d’entrée de l’hôtel. Sur la façade de l'immeuble, dont deux fenêtres sont barrées par des plaques de bois, des banderoles avaient été affichées : "Nous sommes les Chibanis", "Pas d'expulsion, relogement".

Fuites d'eau et cafards

De l’autre côté du trottoir, une vingtaine de militants du DAL (Droit au logement) sont venus soutenir les expulsés. "Solidarité avec les expulsés", "trêve hivernale, expulsion illégale", ont-ils protesté. "On est surpris, des discussions étaient en cours avec la préfecture de police, l'affaire était bien engagée. Mais le côté répressif a pris le dessus et maintenant les vieux sont traumatisés", a déploré le porte-parole de l'association, Jean-Baptiste Eyraud.

La préfecture de police de Paris a justifié cette évacuation par rapport à la dangerosité des lieux. Abandonné par la gérante, l'hôtel est "sans surveillance" et ne fait "l'objet d'aucun suivi sur le plan de la sécurité incendie", a poursuivi la préfecture. Un arrêté d'interdiction temporaire d'habiter les lieux avait été pris le 15 décembre. Il est vrai que l'endroit n'avait d'hôtel que le nom : chambres étroites, pas d'ascenseur, chaque locataire devait se battre seul contre les fuites d'eau et les cafards. Sur les murs extérieurs, des fils électriques étaient à nu, avait constaté en septembre une journaliste de l'AFP.

Recruter un gardien qualifié

Selon le DAL, les locataires avaient annoncé dans un courrier à la préfecture qu'ils "étaient prêts à répondre aux exigences posées par l'arrêté en attendant leur relogement. Il s'agissait de recruter un gardien qualifié sur la sécurité incendie". "La préfecture de police n'a pas répondu à ce courrier, n'a pas fait connaître son intention de maintenir l'expulsion, et a envoyé les CRS, ce matin, scénario que les Chibanis redoutaient par-dessus tout", a déploré le DAL dans un communiqué.

De nombreux locataires ont refusé de monter dans les bus mis à leur disposition pour rejoindre le centre d’hébergement. Ils ont décidé d’y aller par leurs propres moyens.

Pour Sylvain, bouquiniste sur les quais, qui a entassé dans un sac de sport "des papiers personnels, quelques fringues et de l'argent", l'expulsion est "une affaire de gros sous" liée à un projet d'investissement immobilier.

"Ils veulent faire un hôtel quatre étoiles, nous on pèse rien du tout pour eux", lâche-t-il avec amertume, même si la mairie assure "explorer toutes les voies" pour que l'immeuble soit transformé en logements sociaux.

Avec AFP

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