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Vidéo : quand l'armée française fait la promo de la cyberdéfense

Capture YouTube

Dans une vidéo publiée jeudi, le ministère de la Défense met le paquet pour faire la promotion de sa cyberguerre. L'objectif est de montrer la force de frappe de l'armée française mais aussi de recruter de nouveaux agents.

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Une intro hollywoodienne, des bruitages de film d’action, des hackers en cagoule, un défilé de gros engins militaires et du rock bien lourd. L’armée française n’a pas lésiné sur les effets dans sa dernière vidéo, publiée jeudi 19 février sur YouTube. Dans un clip survitaminé d’un peu plus de deux minutes, intitulé "Le combat numérique au cœur des opérations", le ministère de la Défense fait la promotion de sa cyberguerre contre le terrorisme.

Pour François-Bernard Huyghe, chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), cette campagne est dans la droite lignée des dernières stratégies de communication de l’armée : "On a vu récemment le même genre de vidéos avec des marins ou d’autres soldats. Ils ont fait appel à la même agence. Ils mettent de la musique et des tirs. Sur la forme, il n’y a pas grand-chose à dire. C’est de la belle image."

"Engagez-vous !"

Sur le fond en revanche, ce spécialiste en sciences de l’information et de la communication note plusieurs aspects beaucoup plus intéressants. Selon lui, l’armée veut tout d’abord montrer qu’elle prend très au sérieux les menaces terroristes numériques : "On peut voir dans ce clip que le cyberdanger monte. Il y a des individus, des groupes terroristes, des organisations économiques qui peuvent intervenir pour voler des informations et paralyser des systèmes."

La vidéo fait ainsi l’inventaire d’une série d’attaques informatiques qui ont eu lieu par le passé. Sur l’écran, s’affichent les noms de "Stuxnet", le virus informatique développé en 2010 pour saboter les centrifugeuses iraniennes ou encore "Estonie 2007", en référence à la cyberguerre lancée à l’époque par la Russie contre le petit pays balte. "Un non initié ne peut pas comprendre toutes ces allusions, note toutefois François-Bernard Huyghe. On peut penser que ce spot s’adresse à des geeks."

En déployant cette armada d’effets en tous genres, l’armée cherche ainsi à plaire à la nouvelle génération et, pourquoi pas, à créer des vocations. Au-delà de la démonstration de force, cette vidéo a aussi pour objectif de recruter pour lutter contre la menace terroriste. Dans un milieu très concurrentiel, l'armée peine en effet à attirer des spécialistes des réseaux informatiques avec des salaires de fonctionnaires. "C’est clean, c’est moderne. Ils ont compris que les jeunes aiment ce genre de montage, explique le chercheur de l’Iris. Cette vidéo donne vraiment envie d'aller au combat, de s'engager !"

Le basculement vers la contrepropagande

En disséquant cette vidéo, François-Bernard Huyghe note un troisième et dernier aspect. Avec, à la fin de la séquence, des images de propagande jihadiste et la réponse apportée par les militaires sur la Toile, l’armée annonce clairement son nouveau cheval de bataille : la contrepropagande. "À Lyon, on a créé une cellule spéciale, le CIAE (Centre interarmées d'actions dans l'environnement), explique le spécialiste de la communication militaire. L’idée, c’est de contre-attaquer sur les réseaux, mais qu’est-ce qu’on y fait ? On peut se renseigner, avoir un contre-discours destiné à décourager les volontaires, on peut commencer à discuter avec les jihadistes ou bien, plus rarement, passer au stade supérieur en effectuant des opérations déguisées, en créant de faux comptes, en leur donnant de fausses informations."

Pour François-Bernard Huyghe, ce basculement est particulièrement sensible. Les dernières pratiques de contrepropagande remontent en effet à la guerre d’Algérie : "L’armée française, traumatisée par cette guerre, a été pendant très longtemps réticente à faire de l’action psychologique."

Désormais, les hostilités se sont déplacées sur le terrain du numérique. En janvier dernier, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait appelé à la création d’une "quatrième armée" avec des "cybersoldats" en prévoyant une enveloppe d’un milliard d’euros sur cinq ans. Un futur centre dédié à la cyberdéfense va ainsi accueillir pas moins de 400 experts d'ici 2017 à Bruz, près de Rennes. Un pacte "Défense Cyber" bien concret et aux accents dissuasifs mais aux concours encore flous, comme l’illustre cette vidéo. "C’est un peu comme si je vous disais : ‘J’ai un gros fusil dans mon placard, ne venez pas m’attaquer. Nous avons des armes informatiques offensives, je ne vous donne pas plus de détails, mais je vous ai prévenus.'"

 

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