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Gloire et déboires de "Timbuktu"

Le Pacte

Déprogrammé pour raison de sécurité, taxé de "conte pour Occidentaux", accusé de servir la soupe au pouvoir mauritanien, le multi-césarisé "Timbuktu" d’Abderrahmane Sissako ne met pas tout le monde d’accord.

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Le public du plus grand festival cinéma ne verra donc pas "Timbuktu". La production franco-mauritanienne multi-césarisée d'Abderrahmane Sissako, qui concourrait également pour l'Oscar du meilleur film étranger, a officiellement été retirée, jeudi 27 février, de la compétition officielle de la 24e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (28 février-7 mars). Une décision que le chargé de communication du Fespaco disait avoir été étudiée en raison du "contexte sécuritaire actuel en Afrique de l'Ouest" et en accord avec le réalisateur mauritanien, rapporte "Jeune Afrique".

Invité mercredi soir sur le plateau du Grand Journal de la chaîne Canal +, Abderrahmane Sissako a démenti avoir été consulté. "C'est céder à la peur, c'est dommage", a-t-il regretté.

Ce n’est pas la première fois que le long-métrage retraçant l’occupation jihadiste dans le nord du Mali entre 2012 et 2013, fait l’objet d’une déprogrammation. En France, après les attentats de Paris des 7, 8 et 9 janvier, le maire UMP de Villiers-sur-Marne, en région parisienne, avait décidé de suspendre la diffusion du film dans son cinéma municipal, là aussi par mesure de sécurité. L’édile de cette ville, dont est originaire l’épouse d’Amédy Coulibaly Hayat Boumeddiene, disait alors craindre que "Timbuktu" ne fasse l’objet d’une mauvaise interprétation de la part du jeune public.

"Compte tenu des événements de la semaine dernière à Paris, je préfère que le film soit accompagné d’un travail de pédagogie", avait-il expliqué à France 24. "Je sais que le film montre une réalité. Une réalité qui correspond à ce qu’attendent les jeunes des quartiers sensibles qui partent en découdre dans ces pays. Or, j’aimerais qu’il puisse les en dissuader."

Le mythe du "bon Touareg"

Salué quasi-unanimement par la critique française au moment de sa sortie en salles en décembre, le quatrième long-métrage du cinéaste mauritanien n’a pas forcément été bien accueilli par les journalistes spécialistes de l’Afrique. Sur son blog Rue d'Afriques, hébergé par le site Rue 89, la journaliste Sabine Cessou qualifie ainsi le film de "conte pour Occidentaux" qui entretient le mythe du "bon Touareg" tout en manifestant une certaine indulgence à l’égard des fondamentalistes religieux.

Mais les critiques les plus virulentes concernent davantage Abderrahmane Sissako que le film lui-même. Dans un retentissant article publié sur le site d’investigation Mondafrique, Nicolas Beau accuse le réalisateur de collusion avec le pouvoir mauritanien. Le journaliste affirme que le cinéaste, "ce BHL des dunes", occupe les "fonctions de conseiller 'culturel' attitré du président Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef d'État mauritanien qui a imposé à son peuple une médiocre dictature de sous-préfecture, en faisant main basse sur les richesses de son pays".

Pis, selon Nicolas Beau, le réalisateur aurait abandonné, sur demande de la présidence mauritanienne, un projet de film hautement sensible sur l’esclavage en Mauritanie - autorisé jusqu'en 1981-, au profit de "ce mauvais et ennuyeux péplum qu'est 'Timbuktu'". Pour le journaliste, "le deal était ainsi parfaitement clair : 'Nous t'aiderons, lui a expliqué le président Aziz, si tu parles des méchants jihadistes qui inquiètent tant nos amis occidentaux. Mais l'esclavage doit rester tabou'".

L'intéressé a confimé à "Libération" avoir une fonction de "conseiller culturel depuis quatre ans" auprès du président Mohamed Ould Abdel Aziz. Lors de la remise de l’un de ses César, le réalisateur n’avait d’ailleurs pas hésité à remercier l’armée mauritanienne pour son soutien lors du tournage.

 

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