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RELIGION

Le gouvernement lance sa grande réforme de l'islam de France

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve rencontre des fidèles musulmans après la prière de l'Eïd, le 4 octobre 2014.
Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve rencontre des fidèles musulmans après la prière de l'Eïd, le 4 octobre 2014. Anne-Christine Poujoulat, AFP
Texte par : Mehdi CHEBIL
4 mn

Paris a lancé, mercredi, sa grande réforme de l’islam de France afin d’améliorer la représentativité de cette communauté estimée à cinq millions de fidèles, tout en luttant contre la radicalisation islamiste.

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À quoi ressemblera la future "instance de dialogue" de l’islam de France ? C’est la question qui agite les milieux associatifs musulmans depuis l’annonce par le gouvernement, mercredi 25 février, de la création d’une nouvelle structure afin de mieux représenter la diversité de cette communauté estimée à près de 5 millions de fidèles.

"Dialogue", "consultation", "respect rigoureux de la laïcité"… Le registre lexical employé par le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, et par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, montre que Paris marche sur des œufs. En vertu de la loi fondatrice sur la séparation de l’État et des Églises de 1905, le gouvernement n’a que peu de pouvoir sur la gestion des 2 300 mosquées et salles de prière du pays officiellement recensées.

Représenter les musulmans laïques

Même si le ministère de l’Intérieur se défend de toute "reprise en main", la relégation du Conseil français du culte musulman (CFCM) au rang d’interlocuteur parmi d’autres s’inscrit dans la perspective de promouvoir un islam de France libéral et compatible avec les valeurs républicaines. Créé en 2003 alors que Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur, le CFCM devait faciliter le dialogue entre l'État et les fidèles musulmans. Douze ans après, sa représentativité est remise en cause.

"Il faudrait commencer par intégrer les musulmans laïques qui ne sont pas représentés par le CFCM, et qui ne veulent pas qu’on les 'religiosise'. Ces intellectuels, artistes, écrivains, hommes d’affaire qui se sont mobilisés contre la radicalisation en dehors du CFCM doivent justement être représentés dans cette nouvelle instance", confie à France 24 Pierre Conesa, auteur d’un rapport récent sur la déradicalisation.

La vision de cet ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense correspond aux premières informations qui ont fuité place Beauvau, selon lesquelles des "consultations" seraient actuellement engagées avec des associations, des intellectuels, et des personnalités musulmanes. La question de la composition de cette nouvelle instance devrait être connue d’ici cet été. Ce nouvel organisme aura vocation à traiter des questions telles que la formation civile des imams, la sécurité des lieux de culte ou encore les abattages rituels. L’instance du dialogue se réunira deux fois par an autour du Premier ministre.

"Pas certain que l'on soit dans une démarche laïque"

Malgré l’objectif louable de mieux représenter les musulmans de France dans leur diversité, l’initiative gouvernementale essuie les critiques de chercheurs universitaires opposés au principe de la mise en place d’un organisme par le haut.

"On risque de tomber assez rapidement sur un paradoxe : dans un État qui se veut laïc et où le gouvernement a le devoir de ne pas interférer dans les affaires religieuses, je ne suis pas certain que l'on soit dans une démarche laïque" explique Mohamed-Ali Adraoui dans un entretien à l’AFP. Le politologue et chercheur à Sciences Po Paris dénonce "une réponse jacobine à une question plus complexe".

Cette volonté d’imposer un organisme représentatif par le haut s’est toujours heurtée au caractère décentralisé de la religion musulmane, qui ne reconnaît pas d’autorité centrale en matière de culte. La création du CFCM, organisme aujourd’hui vivement critiqué pour ses querelles internes et son manque de représentativité, illustre bien les difficultés à mettre en place une véritable courroie de transmission entre l’État et la deuxième religion du pays.

Des imams formés pour lutter contre la radicalisation

Face à ces défis, le gouvernement a décidé de miser sur l’expansion d’un programme de formation civile destiné aux imams de France. Selon Bernard Cazeneuve, les aumôniers musulmans ne pourront être recrutés par l’administration que s’ils obtiennent ce "diplôme de formation aux principes fondamentaux de la République".

"Le gouvernement a fait un pas en avant en autorisant le recrutement d’imams pour les prisons par le ministère de la Justice – avant, c’était quasiment du bénévolat. L’idée est de répondre à ces besoins avec des gens qui vont être formés par une structure universitaire française", affirme Pierre Conesa.

Reste à voir comment inciter les imams officiant dans les 2 300 lieux de culte musulmans en France, qui ne sont pas payés par l’État, à suivre ces cours également. Une question à laquelle le futur organisme représentant l’islam de France devra répondre. Quelque soit sa composition, l’instance de dialogue aura en effet la mission délicate d’envoyer les élites musulmanes en première ligne de la lutte contre la radicalisation.
 

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