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Afrique

En Algérie, les femmes imams en première ligne contre l'extrémisme

© Patrick Baz, AFP | Le centre d'Alger, en avril 2014.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 28/02/2015

Alors qu'en France le débat sur la lutte contre la radicalisation religieuse bat son plein, en Algérie des femmes imams luttent contre les dérives extrémistes depuis le début des années 90. Avec succès.

"Tuer est un pêché capital alors comment des gens peuvent-ils tuer des innocents au nom de l'islam ?". Fatma Zohra est l'une des quelque 300 femmes imams à l'avant-garde de la lutte contre la radicalisation en Algérie. Comme leurs homologues masculins, ces femmes effectuent le même travail, à l'exception de la conduite de la prière, réservée à l'homme dans la religion musulmane.

Discrètes, ces "mourchidates" (assistantes religieuses, NDLR) travaillent depuis des années à la "déradicalisation" des jeunes tombés dans les filets de l'extrémisme religieux. Chaque jour, elles luttent pour prévenir ce fléau. Dans les mosquées, les prisons, les maisons de jeunes, les hôpitaux ou lors de débats dans des écoles, elles tentent de faire connaître l'islam avec pour seul maître-mot la tolérance.

>> À voir sur France 24 : "Les musulmans ont été réduits à leur identité religieuse"

Dans les années 90, durant la décennie noire qui a fait au moins 200 000 morts, des Algériens tuaient d'autres Algériens "au nom de l'islam", se rappelle avec amertume Fatma Zohra, quadragénaire élégante, coiffée d'un voile mauve. Ces horreurs l'ont "motivée à mieux connaitre la religion pour l'enseigner après".

C'est pendant la guerre civile, déclenchée par l'interruption du processus électoral qui promettait une victoire aux islamistes du Front islamique du salut, que les autorités ont entamé un processus pour contrer l'extrémisme. C'est ainsi qu'en 1993, la première femme imam fut recrutée. Nommées par le ministère des Affaires religieuses, elles ont aujourd'hui toutes au minimum une licence en sciences islamiques et connaissent le Coran sur le bout des doigts.

Tour à tour "psychologue et sociologue", Fatma Zohra écoute depuis 17 ans les femmes, en groupe ou en aparté, dans son "confessionnal", faisant le grand écart entre préceptes religieux, problèmes sociaux et conflits conjugaux. "Je les écoute, les conseille et les oriente vers des spécialistes quand cela ne relève pas du volet religieux", confie-t-elle dans une mosquée d'Alger.

"Nous venons pour apprendre et comprendre le Coran mais aussi pour poser des questions sur des problèmes personnels", lance Saadia, une septuagénaire. "L'imam c'est bien, mais c'est tellement plus simple de se confier à une femme", renchérit Aïcha, la soixantaine.

"Véritable islam" contre "faux prophètes"

Au début, seules les femmes au foyer s'adressaient aux "mourchidates", mais depuis quelques années, des médecins, ingénieurs et autres universitaires se pressent pour mieux connaître leur religion.

Professeur de mathématiques dans un lycée de la banlieue d'Alger, Meriem a ainsi commencé à "fréquenter" la mosquée il y a quelques mois afin d'apprendre le "véritable islam" pour contrer les "faux prophètes" qui veulent endoctriner les jeunes.

Samia, imam depuis quinze ans et qui préfère ne pas communiquer son vrai nom, "travaille dans une région où des mères souffrent de voir leur garçon et parfois leur fille se radicaliser". "Elles se confient à moi pour qu'ensemble, et avec d'autres personnes, nous entamions un processus de déradicalisation", explique-telle. "Même si très peu d'Algériens ont rejoint l'organisation jihadiste de l'État islamique, la vigilance est de mise car la radicalisation prend d'autres formes". "Il faut particulièrement surveiller les adolescents", prévient-elle. "Télévisions par satellite et Internet permettent à de pseudo imams de se faire passer pour des guides religieux alors qu'ils ne connaissent pas les enseignements du Coran".

"Un jour, raconte Samia, une maman est venue me voir car sa fille de 17 ans s'est mise à porter le voile intégral du jour au lendemain et à leur interdire d'aller aux mariages, de regarder la télévision. Elle s'était fait endoctriner (...) Le travail d'accompagnement a duré plusieurs mois. Finalement, elle a repris ses études et sa vie en mains".

Et, quand c'est auprès d'un jeune homme qu'il faut intervenir, l'imam s'implique alors dans l'"opération de sauvetage". Contribuer à extirper des jeunes de l'extrémisme est source de fierté pour nombre de mourchidates.

"Sauver la vie d'un jeune et la vie des personnes qu'il aurait pu affecter (en sombrant dans la radicalisation) est la plus grande des récompenses à notre travail", assure ainsi Safia.

>> À voir sur France 24 : "Une femme imam ? Oui, c'est possible en Chine !"

AFP

Première publication : 28/02/2015

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