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Le chanteur rwandais Kizito Mihigo condamné à 10 ans de prison

Kizito Mihigo, le 15 avril 2014, peu avant son arrestation.
Kizito Mihigo, le 15 avril 2014, peu avant son arrestation. Stéphanie Aglietti, AFP

L'artiste rwandais Kizito Mihigo, très apprécié dans son pays, a été condamné, vendredi, à 10 ans de prison à Kigali. L’artiste a été notamment reconnu coupable de conspiration contre le gouvernement du président Paul Kagame.

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Le chanteur Kizito Mihigo, très populaire au Rwanda, a écopé de 10 ans de prison, vendredi 27 février, après avoir été reconnu coupable de conspiration contre le gouvernement du président Paul Kagame, de "formation d'un groupe criminel" et "d'entente en vue de commettre un assassinat".

Le juge a expliqué n'avoir pas suivi le procureur, qui avait requis la perpétuité contre le chanteur, tenant compte du fait que Kizito Mihigo avait "plaidé coupable et demandé pardon".

Rescapé du génocide de 1994, Kizito Mihigo, aujourd'hui âgé de 35 ans, était accusé d’avoir pris part à des attentats pour venger la mort d'un fondateur du Congrès national rwandais (RNC), Patrick Karegeya, ex-chef des renseignements rwandais, retrouvé mort étranglé en Afrique du Sud début 2014.

Le RNC est une formation d'opposition considérée comme terroriste par Kigali. Ses dirigeants, en exil, sont des transfuges du Front patriotique rwandais (FPR), le parti de Paul Kagame. Kizito Mihigo avait plus spécifiquement été accusé d'avoir mobilisé des jeunes pour le RNC et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle hutu rwandais, lui aussi en exil, et dont des membres sont accusés d'avoir activement participé au massacre qui a fait 800 000 morts.

Le procureur avait aussi accusé Kizito Mihigo d'avoir évoqué "un renversement" du gouvernement et d'avoir établi une liste de "personnes à tuer", qui incluait le nom de Paul Kagame. Au cours du procès, Kizito Mihigo, qui selon des proches a été détenu illégalement une semaine avant son arrestation, a reconnu des conversations par Internet avec un membre du RNC dans lesquelles il critiquait fortement le gouvernement.

Puni pour une chanson

Cependant, d’après plusieurs observateurs, l’artiste a certainement été puni aussi pour une chanson qu'il venait d'écrire et dans laquelle il évoque les crimes que le FPR est accusé d'avoir commis avant son arrivée au pouvoir. Le sujet est encore extrêmement tabou dans ce pays d'Afrique des Grands Lacs.

Dans cette chanson, sortie sur Internet juste avant l'anniversaire du génocide et immédiatement interdite, il estimait que "la mort n'est jamais bonne, que ce soit le génocide, la guerre, les vengeances, les accidents ou les maladies". "Je suis un rescapé du génocide, mais ce n'est pas pour autant que j'ignore la souffrance des autres", poursuivait-il.

Son arrestation, en avril dernier, avait provoqué l'incompréhension générale au Rwanda. Kizito Mihigo avait en effet participé à l'écriture de l'hymne national rwandais, militait ouvertement pour la réconciliation nationale et était, jusqu'aux célébrations du 20e anniversaire du génocide, de toutes les cérémonies officielles.

Lors de son procès, l'artiste était jugé aux côtés de trois co-accusés : un journaliste, Cassien Ntamuhanga, un soldat démobilisé, Jean-Paul Dukuzumuremyi, et Agnes Niyibizi, une femme accusée d'avoir servi de trésorière au Congrès national rwandais (RNC). Jean Paul Dukuzumuremyi et Cassien Ntamuhanga ont écopé respectivement de 30 et 25 ans de prison. Agnès Niyibizi a, elle, été acquittée. Des quatre co-accusés, seul le chanteur, contre l'avis de ses avocats, avait plaidé coupable.

Avec AFP

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