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Nucléaire iranien : l’accord qui se dessine et exaspère Netanyahou

John Kerry, chef de la diplomatie américaine, et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif.
John Kerry, chef de la diplomatie américaine, et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif. Rick Wilking, AFP

Au grand dam de Benjamin Netanyahou, qui dénonce déjà un "mauvais accord", les négociations sur le nucléaire iranien pourraient aboutir dès la fin du mois. Le Premier ministre israélien est à Washington pour empêcher un tel scénario.

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou entame lundi 2 mars un voyage aussi controversé que capital aux États-Unis, qui fera date dans sa carrière politique. Son seul objectif, qui tourne à l’obsession selon ses détracteurs, est de torpiller les négociations avancées entre les grandes puissances et Téhéran sur le dossier nucléaire iranien. Et, par ricochet, la politique d’ouverture de l’administration Obama en direction de l’Iran, qui a fait d’un accord avec Téhéran une priorité absolue.

C’est dans ce sens qu’il a préparé deux discours très attendus, le premier devant un puissant groupe de pression pro-israélien, le second face au Congrès américain à l’invitation du camp républicain.

Un accord imminent

À l’instar des pétromonarchies sunnites du Golfe, Benjamin Netanyahou est convaincu, d’une part, que le programme iranien est destiné à doter secrètement l’Iran d’un arsenal nucléaire, et d’autre part, qu'un accord a minima avec les Iraniens ne les empêchera pas de se doter de l'arme atomique. En d’autres termes, selon lui, seule l’option militaire est à même d’obtenir des résultats contre la République islamique, qu’il a accusée à plusieurs reprises de chercher à détruire l’État hébreu.

En pleine campagne électorale pour les législatives israéliennes, Benjamin Netanyahou joue-t-il son va-tout par crainte de l’imminence d’un accord ? Où en sont réellement les discussions avec les Iraniens ?

Les dernières déclarations, lundi, du chef de la diplomatie américaine, plus optimiste que prévu, ont de quoi nourrir la méfiance de Benjamin Netanyahou. "Il est possible d'arriver à un accord [d'ici l'échéance fixée au 31 mars, NDLR], mais ce n'est pas garanti", a déclaré John Kerry. Et de tempérer : "Nous avons fait des progrès, mais il y a encore un long chemin. L'heure tourne. Rien ne sera conclu avant que tout soit réglé." Si un règlement politique est signé au 31 mars, les parties auraient ensuite jusqu'au 1er juillet pour finaliser les détails techniques. John Kerry a ensuite indiqué, en écho aux accusations récurrentes du Premier ministre israélien, que les États-Unis préfèraient une absence d'accord qu'un "mauvais accord".

L’Iran fait des concessions

Concrètement, côté concessions, même si les négociateurs restent extrêmement discrets sur la teneur des pourparlers, les Iraniens semblent ne plus exclure de reconsidérer la nature de l'activité de l’usine de Fordo, son second plus grand site d'enrichissement après celui de Natanz. Téhéran s'est également montré disposé à modifier la conception de son réacteur en construction à Arak de façon à ce qu'il produise moins de plutonium que prévu, selon Joe Cirincione, expert en non prolifération de la fondation Ploughshares. Ce matériau, comme l'uranium enrichi, peut être utilisé à des fins militaires. De plus, l'Iran semble avoir accepté le principe d'un contrôle accru de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sur ses stocks de combustible nucléaire.

En outre, sur la base d'un accord provisoire de novembre 2013, l'Iran a dilué la moitié de son stock d'uranium enrichi à 20 % dans de l'uranium enrichi à 5 %. Le procédé d'enrichissement à 20 % est techniquement proche de celui qui permet d'enrichir au niveau nécessaire pour fabriquer la bombe atomique (90 %). "Notre diplomatie est à l'œuvre avec du respect pour l'Iran, où, pour la première fois depuis une décennie, nous avons stoppé l'avancée du programme nucléaire et réduit le stock de matériel nucléaire", s’était félicité Barack Obama, lors de son discours annuel sur l'état de l'Union.

Points d'achoppement

Restent les points d’achoppement qui doivent être discutés, à partir de lundi, à Montreux (Suisse). Un des points clés du texte final sera la quantité d'uranium que l'Iran sera autorisé à enrichir et le nombre et type de centrifugeuses dont il pourra disposer.

Américains et Iraniens, théoriquement ennemis depuis 35 ans après la rupture de leurs relations diplomatiques, sont désormais condamnés à réussir, pour éviter un fiasco retentissant et dommageable pour les deux parties. Signe de la détermination des États-Unis à arracher un accord, John Kerry s'est entretenu de multiples fois ces derniers mois avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif en marge de réunions internationales. Les deux hommes qui négocient depuis des mois et qui s’apprécient, sont depuis lundi à nouveau réunis à Montreux.

"Le legs d’Obama pour l’avenir"

Incapable de changer la donne au Moyen-Orient, que ce soit sur le dossier israélo-palestinien ou la crise syrienne, mis en difficulté par la récente perte de ses alliés au Yémen, le président Obama mise en effet sur le dossier du nucléaire iranien pour enregistrer un succès historique pouvant être présenté comme une victoire diplomatique, avant la fin de son second mandat. Le président américain, "veut laisser une trace dans l'Histoire", a récemment estimé, sur France 24, Didier Chaudet, responsable du programme "Iran et Asie du Sud" pour l’IPSE (Institut prospective et sécurité en Europe). "Ce ne sera pas l'Afghanistan, ni l'Irak, tandis qu’un accord sur le dossier du nucléaire iranien serait le legs d'Obama pour l'avenir", a précisé le chercheur.

De leur côté, les Iraniens veulent parvenir à un accord avant la prochaine présidentielle américaine, qui pourrait envoyer un républicain intransigeant à la Maison Blanche.

Intérêts communs

Au-delà même du dossier nucléaire iranien, dont le règlement mettrait fin à plus d’une décennie de tensions et de blocages en garantissant la nature pacifique du programme, d’aucuns dans le camp républicain suspectent Barack Obama d’envisager une normalisation progressive doublée d’une coopération accrue avec la puissance régionale chiite sur certains dossiers. Malgré la méfiance, les États-Unis et l'Iran ont notamment l'un et l'autre intérêt à lutter ensemble contre l’extrémisme sunnite, en stoppant la progression fulgurante de l’organisation de l’État islamique (EI), implantée en Syrie et en Irak.

Et ce même s’ils ne partagent pas les mêmes objectifs en Syrie, où l'Iran est alliée du régime de Bachar al-Assad, ni en Irak, où Téhéran est désormais plus influente que Washington.

La semaine dernière, John Kerry a admis que les États-Unis et l'Iran avaient de facto "un intérêt commun" face à l’organisation de l’État islamique (EI), même s'ils ne coopèrent pas militairement contre les jihadistes. Un éventuel accord historique sur le nucléaire risquerait de reprocher encore un peu plus les deux ennemis… au grand dam du Premier ministre israélien.
 

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