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Hillary Clinton, la secrétaire d'État qui aimait trop les e-mails privés

Pendant ses quatre ans à la tête de la diplomatie américaine, Hillary Clinton a utilisé exclusivement un compte mail privé pour ses activités professionnelles.
Pendant ses quatre ans à la tête de la diplomatie américaine, Hillary Clinton a utilisé exclusivement un compte mail privé pour ses activités professionnelles. AFP

Hillary Clinton n’a pas voulu utiliser de compte mail officiel alors qu’elle était chef de la diplomatie américaine rapporte le "New York Times". Une attitude potentiellement illégale, et qui a pu mettre en danger des secrets américains.

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Le scandale politique, c’est simple comme un courriel. Surtout aux États-Unis, où l’on ne badine pas avec les communications électroniques des plus hauts responsables de l’État. Hillary Clinton, pressentie pour concourir à l'investiture démocrate en 2016, est en train de l’apprendre à ses dépens.

Il aura suffi d’un article du “New York Times”, lundi 2 mars, pour mettre le feu aux poudres et fragiliser l’ex-secrétaire d’État, qui devrait se lancer officiellement dans la course à la Maison Blanche dans les prochaines semaines. Le quotidien affirme qu’Hillary Clinton a utilisé un compte mail personnel pour toutes ses communications officielles en tant que chef de la diplomatie américaine, entre 2009 et 2013. Elle aurait utilisé l’adresse clintonmail.com, créée en mai 2009 lors de son entrée en fonction, au lieu d'une boîte de messagerie officielle du gouvernement, ajoute, de son côté, le “Washington Post”.

Obligations légales

Cette préférence pour un compte mail privé choque les Américains à plusieurs égards. Les adresses officielles, en .gov, sont soumises à un cahier des charges très strict en matière de sécurité informatique, ce qui n’est pas toujours le cas des services de messagerie privés. La secrétaire d’État a, ainsi, peut-être exposé des conversations sensibles avec des dignitaires étrangers à la curiosité de cybercriminels un peu débrouillards. Il est possible qu’Hillary Clinton ait eu recours à un logiciel de cryptage des messages, mais il “faut partir du principe que les services privés de messagerie sont moins sécurisés que les comptes officiels”, assure au “New York Times” Thomas S. Blanton, le directeur du National Security Archive.

L’autre critique à laquelle Hillary Clinton s’expose est politiquement encore plus dommageable. Les hauts responsables de l’appareil d’État sont légalement tenus d’utiliser des messageries officielles pour des raisons de transparence. Toutes les conversations envoyées depuis ces adresses en .gov sont archivées pour la postérité et les éventuels besoins de commissions d’enquête. “La loi prévoit des exceptions uniquement pour des documents classifiés [envoyés par courriel]”, souligne le “New York Times”.

L’ex-Secrétaire d’État a eu un comportement “légalement douteux”, d’après le quotidien new-yorkais, et aurait démontré “tout le dédain qu’elle a pour le droit à l’information des Américains”, souligne de son côté le site du magazine “The Atlantic”. L’image politique d’Hillary Clinton risque d’en pâtir, d’autant qu’elle trainait déjà la réputation de quelqu’un qui aime agir en secret. “L’ex-secrétaire d’État et son mari, l’ancien président Bill Clinton, sont connus pour leur manque de transparence”, note le “New York Times”.

Hillary Clinton a, certes, fait parvenir 55 000 pages de courriels au département d’État il y a deux mois. Mais, ce geste risque d’être insuffisant aux yeux du public : impossible de savoir si elle n’a pas fait un tri avant de remettre ces documents.

Obama menacé ?

Remis dans son contexte historique, le recours à un service de messagerie privé est encore plus incompréhensible, rappelle le site Vox. En 2008, George W. Bush cédait sa place à l’équipe de Barack Obama sur fond de scandales… de courriels privés. Plusieurs officiels de l’ère Bush, dont Karl Rove, conseiller politique du président, avaient utilisé leur compte personnel pour des “conversations touchant aux affaires de l’État”, avait constaté une commission d’enquête du Congrès chargé de faire la lumière sur les conditions du limogeage d’un procureur général. Le gouvernement avait subi les foudres médiatiques pour avoir ainsi privé les parlementaires de centaines de milliers de pages susceptibles de les aider dans leurs enquêtes.

Difficile de croire qu’un an plus tard, une bête politique comme Hillary Clinton avait oublié ce scandale. Elle “n’a même pas pris la peine de créer un compte officiel pour la forme comme l’avaient fait les officiels incriminés du gouvernement Bush”, se désole le site Vox. En clair, “elle a construit de toutes pièces pendant ses quatre ans comme secrétaire d’État une histoire parfaite que pourra utiliser son éventuel concurrent républicain à la Maison Blanche”, souligne le commentateur politique Chris Taylor sur le site Mashable. Pour lui, on frôle le suicide politique alors que tout le monde s’attend à ce qu’elle annonce sa candidature dans les semaines à venir.

Le site Vox juge que cette histoire de messagerie privée dépasse même le simple cas d’Hillary Clinton. Elle risquerait d’éclabousser Barack Obama : “des conseillers à la Maison Blanche ont sûrement dû envoyer des courriels au compte personnel d’Hillary Clinton. Ils devaient connaître le scandale qui a frappé Karl Rove et semblent, malgré ça, ne pas avoir insisté pour que la secrétaire d’État se mette en conformité avec les règles.”
 

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