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Les Gardiens de la révolution iranienne en première ligne contre l’EI en Irak

L'armée irakienne bombarde la ville de Tikrit, le 2 mars 2015.
L'armée irakienne bombarde la ville de Tikrit, le 2 mars 2015. Younis Al-Bayati, AFP

Alors qu’une offensive majeure est en cours pour reprendre la ville irakienne de Tikrit des mains de l’EI, les médias font état de la présence du chef des Gardiens de la révolution iranienne aux côtés des militaires irakiens.

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"C’est incroyable !", a lancé, mardi 3 mars, le grand reporter Nicolas Hénin, ex-otage de l’organisation de l’État islamique (EI), au micro de France Inter. "Vous savez qui est en train de mener l’offensive à Tikrit [en Irak] ? Qassem Souleimani ! Vous savez qui c’est ? C’est le commandant des Gardiens de la révolution iranienne ! Et il joue, de facto, le rôle de chef de l’état-major de l’armée irakienne !" a-t-il poursuivi, passablement remonté.

L’offensive en question est celle engagée la veille par le gouvernement irakien contre les jihadistes de l’EI à Tikrit, ville majoritairement sunnite, située sur l’axe routier Mossoul-Bagdad, en Irak. Une bataille de grande envergure "lancée sans le soutien des forces aériennes américaines" mais avec "des dizaines de milliers de militaires, policiers, miliciens chiites", précise Anne-Sophie Le Mauff, la correspondante de France 24 à Bagdad.

La journaliste a elle aussi eu vent de la présence du commandant iranien dans la province irakienne de Salaheddine, même si elle ne peut le confirmer. "Il est très difficile d’obtenir des informations […] mais selon l’agence de presse iranienne Fars News, le général Qassem Souleimani, serait sur place [à Tikrit], pour coordonner les milices chiites."

Qassem Souleimani, à droite, entouré de militaires irakiens
Qassem Souleimani, à droite, entouré de militaires irakiens Twitter

Souleimani, stratège discret "le plus puissant du Moyen-Orient"

Qassem Souleimani, très discret, est inconnu du grand public, mais il est expérimenté : il a notamment servi "en Syrie, au Liban, et en Irak", précise Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes. "C’est l’homme opérationnel le plus puissant du Moyen-Orient et pourtant, personne n’a jamais entendu parler de lui", a même dit de lui un ancien agent de la CIA au magazine américain "The New Yorker", en septembre 2013.

Pour Nicolas Hénin, donc, la présence du chef chiite des Pasdaran en maître d'œuvre des opérations en dit long sur l'incurie des forces irakiennes. "L’armée est dans un tel état de décomposition que le patron des Gardes révolutionnaires de l’Iran a pris le commandement de l’offensive à Tikrit !", ajoute le journaliste, sur France Inter.

Qassem Souleimani, à droite, avec le chef de la milice chiite Badr, en Irak
Qassem Souleimani, à droite, avec le chef de la milice chiite Badr, en Irak Twitter

D’une guerre politique à une guerre confessionnelle

Un constat partagé par Wassim Nasr, qui juge la présence de Qassem Souleimani "explosive". Premièrement, parce que les Gardiens de la révolution sont listés comme organisation terroriste par les États-Unis - qui apportent un soutien aérien à l'Irak dans la lutte contre l'EI. Deuxièmement, parce que la venue des Iraniens renforce le discours des jihadistes : "Nous sommes seuls contre tous." Et troisièmement, "parce que la présence iranienne signifie que l'on met face à face les chiites contre les sunnites". Avec tous les risques que cela implique.

Les tribus sunnites autour de Tikrit ont été régulièrement accusées de collusion avec les jihadistes de l'EI. "Elles craignent donc la vengeance de l'armée. Elles pensent que les militaires vont venir venger leurs confrères de [la base militaire] Speicher, qui ont été exécutés par l’EI [en juin 2014]", précise Wassim Nasr.

Tikrit pourrait alors devenir le symbole du basculement d'un conflit politique vers une guerre confessionnelle. "Ça ne serait pas un basculement, mais une confirmation de ce qu'il se passe déjà", rectifie le spécialiste des mouvements jihadistes.

"Depuis le départ, nous sommes dans une guerre de religion", explique-t-il. En 2011 déjà, les milices [chiites] de Qassem Souleimani venaient se battre aux côtés du régime alaouite [une branche du chiisme] de Bachar al-Assad, en Syrie. "Aujourd’hui, l’Iran veut étendre son influence dans la région. Le pays fait lui aussi son jihad. Il a pris part à cette guerre non pas pour œuvrer en faveur de la liberté ou pour être en accord avec les intérêts occidentaux, mais pour avancer ses pions", conclut-il.

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