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INDE

Viol d'une étudiante indienne : le condamné n'a aucun remords

Mukesh Singh lors du procès pour le viol collectif de Jyoti Singh, le 24 septembre 2013 à New Delhi.
Mukesh Singh lors du procès pour le viol collectif de Jyoti Singh, le 24 septembre 2013 à New Delhi. STRDEL, AFP
4 mn

Interviewé dans un documentaire à paraître sur le viol et le meurtre d'une étudiante à New Delhi en 2012, l'un des auteurs des faits n'exprime aucun regret. Pire, il accuse la victime d'être responsable de son sort.

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"Pendant le viol, elle n'aurait pas dû se défendre. Elle aurait dû rester silencieuse et laisser faire. Là, ils l'auraient simplement descendue du bus (...) et ils auraient juste frappé le garçon." Ces propos sont ceux de Mukesh Singh, l'un des quatre condamnés à mort pour le viol, en décembre 2012 à New Delhi, de Jyoti Singh, une étudiante en médecine de 23 ans.

Ce soir-là, la jeune femme avait été sauvagement violée et laissée pour morte. Quant à son ami, avec lequel elle venait d'aller voir un film au cinéma, il avait été passé à tabac. L'étudiante est morte de ses blessures, deux semaines plus tard.

L'affaire avait révolté l'Inde, générant des manifestations dans tout le pays pour appeler au respect des femmes. Ce mouvement a fasciné la documentariste Leslee Udwin, qui a travaillé pendant deux ans à "India's Daughter" ("La Fille de l'Inde"), un documentaire qui sera diffusé sur la BBC le 8 mars, journée internationale de la femme.

Les extraits des interviews qu'elle a menées sont édifiants, traduisant une vision de la femme comme quantité négligeable. "Il ne s'agit pas que de quelques pommes pourries, c'est le panier entier qui est pourri", a-t-elle expliqué au quotidien britannique "The Guardian".

Mukesh Singh conduisait le bus dans lequel les faits ont été commis. Il dit être resté au volant tout du long, tandis que le parquet affirme que les six hommes impliqués se sont relayés au volant. Il a fait appel de sa condamnation à mort, prononcée en 2013.

"Pas de place pour la femme" dans la culture indienne

"Une fille décente ne se balade pas dans la rue à 9 heures du soir. Une fille est largement plus responsable d'un viol qu'un garçon", déclare-t-il à Leslee Udwin. "Les travaux ménagers, c'est fait pour les filles, pas aller en discothèque ou dans les bars et faire de mauvaises choses, en portant les mauvais habits. Environ 20 % des filles sont bien", poursuit-il.

"J'avais la liste, longue et choquante, des blessures infligées à la jeune femme et je la lui ai lue. J'ai essayé, vraiment essayé, de chercher une once de regret. Il n'y en avait pas", assène Leslee Udwin, sur le site de la BBC.

La documentariste a également rencontré les avocats des agresseurs de Jyoti Singh. L'un d'entre eux, ML Sharma, lui a expliqué : "Vous parlez d'un homme et d'une femme comme des amis. Pardon, mais cela n'a pas de place dans notre société. Nous avons la meilleure culture. Dans notre culture, il n'y a pas de place pour la femme".

Un autre avocat lui a confié qu'il verserait lui-même du pétrole sur sa fille ou sa sœur et allumerait une mèche si elle devait avoir un comportement non conforme.

La documentariste veut tout de même voir de l'espoir dans la mobilisation contre les viols et les crimes d'honneur. Des milliers d'Indiens sont descendus dans les rues pour dénoncer le traitement des femmes après cette affaire, et l'opinion publique est plus attentive aux affaires de viols, qui restent monnaie courante. "Je ne peux pas me souvenir d'un autre pays, de mon vivant, qui s'est mobilisé avec autant de ténacité pour les femmes", souligne Leslee Udwin.

Les parents de Jyoti Singh ont, eux, lancé la Nirbhaya Foundation, pour aider les femmes victimes de violences, avec les 2 millions de roupies (environ 30 000 euros) de réparation qu'ils ont touchées du gouvernement. Nirbhaya, "sans peur" en hindi, est le nom qu'avaient donné les médias à Jyoti Singh pour préserver son anonymat.

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