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Découverte d'une mandibule africaine : a-t-on retrouvé le premier "Homo" ?

Mandibule découverte dans une zone de fouille appelée Ledi-Geraru dans la région Afar, en Éthiopie.
Mandibule découverte dans une zone de fouille appelée Ledi-Geraru dans la région Afar, en Éthiopie. Brian Villmoare, AFP

La découverte en 2013 d’une mandibule à cinq dents, dans la région de l'Afar en Éthiopie, pourrait repousser l’émergence du genre humain à 2,8 millions d’années, soit 400 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait. Explications.

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L’humanité a un nouveau "papa", et il a 2,8 millions d’années. Jusqu’au mercredi 4 mars 2015, un fossé de l’évolution d’un million d’années séparait Lucy, l’illustre australopithèque de 3,2 millions d’années, de l’Homo habilis. Une longue période que la découverte d’une mandibule africaine, en Éthiopie, pourrait écourter.

Selon les paléontologues qui ont procédé à l’expertise de ce tout petit bout de mâchoire de quelques dents, la mandibule vieille de 2,8 millions d’années pourrait bien appartenir au premier "Homo" - notre espèce humaine. Or, jusqu’à présent, la communauté scientifique avait daté son émergence à 2,4 millions d’années, environ. Le genre humain pourrait donc avoir 400 000 années de plus qu’on ne le pensait !

"Ce fossile est un excellent exemple d'une transition des espèces dans une période clé de l'évolution humaine", s’est enthousiasmée l’équipe internationale de chercheurs à l’origine de la découverte. On sait en revanche peu de choses sur l’anatomie de ce nouveau "papa" de l’humanité : il a de petites dents, la forme de ses os est humaine, et sa mâchoire est "typique des australopithèques", a souligné Brian Villmoare, l’un des paléontologues dont les travaux sont publiés dans la revue américaine "Sciences".

Et c’est là que le bât blesse. La forme de la mâchoire de ce nouvel individu divise bel et bien la communauté des chercheurs. Quand les uns pensent avoir mis la main sur le premier des "Homos", les autres pensent qu’il s’agit peut-être d’une nouvelle forme d’australopithèque – les "préhumains", comme les surnomme le paléontologue français Yves Coppens.

"Beaucoup de mystères restent encore à élucider"

Selon Jean-Renaud Boisserie, paléontologue au CNRS, rattaché à l’université de Poitiers, ce nouvel éclairage sur l’évolution de l’humanité doit donc être appréhendé avec prudence. Et pour cause, la période couvrant l’histoire de l’humanité entre 3 millions d’années et 2,5 millions d’années – soit la période allant de Lucy au premier squelette complet d’un "Homo Habilis" - est encore un peu "floue", explique-t-il.

C’est une période durant laquelle les derniers australopithèques étaient encore présents et où les premiers "Homos" ont émergé. Mais en l’absence "de crânes ou de squelettes complets", difficile, pour l’heure, de certifier de manière irréfutable à qui a appartenu cette fameuse mandibule. "Nous avons peu de données sur cette période, nous ne disposons que de fragments de mâchoires", explique-t-il. "Il faudrait trouver de nouveaux spécimens dans ce site [éthiopien] pour pouvoir se prononcer".

En attendant de savoir en face de qui se trouve exactement notre espèce humaine, il reste essentiel de savourer cette découverte comme une pièce manquante – et émouvante - de l’immense puzzle de l’humanité. Comme le soulignait Jacques Malaterre, le réalisateur du documentaire "L’Odyssée de l’espèce" (ci-dessous), co-écrit avec le paléontologue Yves Coppens, "beaucoup de mystères restent encore à élucider. Mais tous les jours, les silhouettes des hommes et des femmes qui ont fait notre préhistoire sortent peu à peu de l’oubli […] Ils s’appellent Lucy, Habilis, Erectus, Neandertal, Cro-Magnon. Nous en savons tous les jours en peu plus sur eux, sur nous, sur cette histoire qui nous rassemble tous."

Le documentaire "L'Odyssée de l'espèce", de Jacques Malaterre, dirigé par Yves Coppens

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