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Simone Gbagbo condamnée à 20 ans de prison : la réconciliation menacée ?

Simone Gbagbo devant la Cour de justice d'Abidjan, le 26 décembre 2014.
Simone Gbagbo devant la Cour de justice d'Abidjan, le 26 décembre 2014. Sia Kambou, AFP

L’épouse de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo a été condamnée mardi à 20 ans de prison pour son rôle dans la crise post-électorale de 2010. Un verdict lourd qui met en péril le processus de réconciliation lancé par le président Ouattara.

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Le verdict est tombé tard dans la nuit, les journaux ivoiriens n’ont pas eu le temps de réagir mais le sujet était dans toutes les conversations, mardi 10 mars au matin en Côte d’Ivoire. Simone Gbagbo, épouse de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, a été condamnée "à l’unanimité" à 20 ans de prison pour "attentat contre l'autorité de l'État, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à l'ordre public", a énoncé le juge Tahirou Dembelé, après plus de 9 heures de délibération du jury. Ce jugement est définitif, le droit ivoirien ne prévoyant pas de procédure d’appel pour les procès en assises.

Simone Gbagbo était jugée avec 82 autres personnes dans le procès que certains ont appelé celui des "pro-Gbagbo" qui devait mettre en lumière leurs responsabilités dans la crise qui a déchiré la Côte d’Ivoire après l’élection d’Alassane Ouattara à la présidentielle en 2010. Les violences avaient fait plus de 3 000 morts en cinq mois.

"La condamnation de Simone Gbagbo ne signifie pas que justice a été rendue aux victimes de la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire entre 2010 et 2011", a dénoncé l’organisation de défense des Droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW), qui pointe un procès inéquitable. HRW rappelle également que l’ex-Première dame ivoirienne "n’a été condamnée que pour crimes contre l’État ivoirien, et n’a pas été jugée pour les meurtres, viols et crimes contre l’humanité pour lesquels elle devra répondre devant la Cour pénale internationale (CPI)."

"La présidente" Gbagbo

"Le couple Gbagbo, c’est ‘House of Cards’ à Abidjan. Comme si Simone Gbagbo avait été l'une des consciences politiques de Laurent Gbagbo, notamment dans le domaine des intrigues. On lui prête tous les complots", explique Matthieu Mabin, chroniqueur international à France 24. "On l’a même appelée ‘la présidente’ lorsque son mari était au pouvoir", précise Anna Sylvestre-Treiner, correspondante de France 24 à Abidjan. "C’est une personnalité clairement clivante ici en Côte d’Ivoire. Idole et modèle pour ses partisans, celle qui est surnommée la ‘dame de fer’ est au contraire haïe par d’autres. […] C’est dire si le procès qui s’est achevé était sensible."

Avant l’annonce du verdict, le public a été prié de quitter le tribunal d’Abidjan. À l’intérieur, il ne restait plus que les accusés, les journalistes et des dizaines de policiers et de militaires. "Les forces de l’ordre redoutaient des tensions. C’est d’ailleurs là-dessus qu’avait en partie plaidé la défense, sur la nécessité de peines légères pour la réconciliation de la Côte d’Ivoire", rappelle Anna Sylvestre-Treiner.

Une "justice des vainqueurs" ?

Le verdict est sévère : 20 ans de prison pour l’ex-Première dame, c’est 10 de plus que ce qu'avait requis l’avocat général. En outre, si les deux camps se sont montrés coupables d'exactions lors de la crise de 2010, aucun responsable pro-Ouattara n'est inquiété, ce qui nourrit des accusations de "justice des vainqueurs".

Plusieurs personnalités de l’opposition ivoirienne ont d’ailleurs été condamnées en même temps que Simone Gbagbo. Pascal Affi N'Guessan, le patron contesté du Front populaire ivoirien (FPI), qui souhaite représenter ce parti pro-Gbagbo à l'élection présidentielle d'octobre, a écopé de 18 mois de prison avec sursis, peine couverte par les deux ans de détention provisoire qu'il a effectués. Abou Drahamane Sangaré – qui défie N'Guessan à la tête du FPI – a, lui, été condamné à 5 ans d'emprisonnement, tout comme Michel Gbagbo, le fils de l'ex-président, issu d'un premier mariage avec une Française.

Pour ses derniers mots à la barre, lundi après-midi, Simone Gbagbo a toutefois joué l’apaisement, se disant "prête à pardonner" à la partie adverse ses "injures" pour éviter que la Côte d’Ivoire connaisse "une crise pire que ce que nous avons vécu".

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