FRANCE

Plan anti-anorexie : la "maigreur extrême" des mannequins bientôt pénalisée ?

Un mannequin lors de la fashion week de Milan, en septembre 2007.
Un mannequin lors de la fashion week de Milan, en septembre 2007. Damienh Meyer, AFP
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Un député socialiste a déposé lundi deux amendements au projet de loi sur la santé contre l’anorexie. Des mesures répressives pourraient ainsi être mises en place à l’encontre des agences de mannequinat et des sites Internet "pro-ana".

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La lutte contre la promotion de l’anorexie revient sur la table en France, sept ans après l’adoption d’une charte censée sensibiliser les consciences sur l'image du corps. Le député PS et neurologue au CHU de Grenoble Olivier Véran s’est emparé, lundi 16 mars, du sujet en lui donnant une allure plus répressive. En France, "entre 30 et 40 000 personnes" souffrent d'anorexie mentale, a-t-il estimé. "L'impact social de cette image que véhicule la mode, où des femmes doivent être maigres à un niveau pathologique pour être belles et défiler, est très fort."

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Deux amendements, interdisant respectivement le recours aux mannequins dénutris et l'apologie de l'anorexie, ont été déposés dans le cadre du projet de loi sur la santé de la ministre Marisol Touraine, qui sera discuté mardi. Pour Olivier Véran, il s’agit de brandir la menace des sanctions, notamment envers les agences de mannequinat. En 2008, les acteurs de la mode française avaient signé une charte "d'engagement contre l'anorexie" mais aucune mesure contraignante n’était alors prévue.

Infliger un coup dur aux "modèles esthétiques"

Le premier amendement vise ainsi à interdire à ces agences le recours à des modèles qui seraient diagnostiqués en état de dénutrition. Cet état "d'extrême maigreur" s'échelonne sur "trois niveaux de gravité", explique le député, et s'évalue sur l'indice de masse corporelle (IMC) du sujet, calculé "en divisant le poids par la taille élevée au carré". Via une modification du Code du travail, Olivier Véran propose de contraindre les agences à attester pour chaque mannequin d'un certificat médical prouvant que son IMC est supérieur à une valeur donnée, laquelle n’a pas été déterminée pour l’instant. Tout contrevenant s'exposerait à une peine de six mois d'emprisonnement et à 75 000 euros d'amende.

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"En France, on considère que l'on est maigre en dessous de 18,5. L'OMS retient un indice en dessous de 18 pour commencer à parler de dénutrition. En dessous de 17, c'est une dénutrition sévère. En dessous de 16, c'est considéré comme un état de famine", explique le rapporteur du volet promotion et prévention de la loi Santé.

Le second amendement s’attaquerait, lui, à l’apologie de l’anorexie qui circule sur le Web en créant un "délit de valorisation de la maigreur excessive". Cette mesure permettrait l’interdiction de sites Internet dits "pro-ana". En 2009, cette idée avait déjà esquissée, sans succès, par la députée UMP Valérie Boyer.

"Un message important pour les jeunes filles"

"Il est intolérable que l'on puisse faire l'apologie de la dénutrition et que l'on puisse exploiter commercialement des personnes qui sont dans des situations mettant en danger leur santé", s'était insurgé Olivier Véran. Ce dernier a assuré à France 24 que ces propositions bénéficiaient d’une opinion publique très favorable. Sitôt les amendements déposés, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a elle annoncé qu'elle les soutiendrait : "C'est un message important en direction des jeunes femmes, des jeunes filles qui voient en ces mannequins des modèles esthétiques" a-t-elle déclaré.

Les adolescents représentent 90 % des victimes de ces tendances, selon Olivier Véran. "Ces sites ["pro-ana"] expliquent aux jeunes filles de 12-13 ans qu'il faut avoir un écart de 15 centimètres entre les jambes pour être belle", a précisé le député Olivier Véran. Une référence au fameux "thigh gap", traduit par "écart entre les cuisses" en français, qui a vu sa popularité croître sur le Web ces dernières années.

Pour mettre sur pied ces mesures, Olivier Véran affirme s’être inspiré des législations déjà en vigueur en Espagne, Belgique, Italie ou encore en Israël.

L’État hébreu impose en effet des contrôles stricts sur les photos publicitaires retouchées sur Photoshop. Selon la loi israélienne, l’utilisation d’un programme de retouche dans le but d’affiner la silhouette du mannequin doit être clairement indiquée sur l’image.

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