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Attaque du musée du Bardo : la Tunisie face à ses démons jihadistes

Les forces de sécurité tunisiennes sécurisent la zone autour du musée du Bardo, le 18 mars.
Les forces de sécurité tunisiennes sécurisent la zone autour du musée du Bardo, le 18 mars. Fethi Belaid, AFP

Depuis la révolution de 2011, la Tunisie fait face à un essor inquiétant de la mouvance jihadiste. Les autorités, qui ont longtemps fait preuve de "naïveté" face à cette menace, tentent aujourd'hui, sans succès, de rattraper leur retard.

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Érigée en modèle après la réussite de sa transition post-révolutionnaire, la Tunisie de l’après Ben Ali, qui goûtait à un inédit sentiment de liberté, a vite été rattrapée par la réalité. Confronté à de lourds défis sociaux, touristiques, économiques, le pays a rapidement dû faire face à la montée en puissance d’un ennemi jusque là resté invisible : le spectre jihadiste.

Depuis 2012, le gouvernement tunisien s’est attelé à éradiquer ces cellules terroristes qui mettent en danger la stabilité politique du pays. Avec un succès très faible. Outre les heurts quasi-quotidiens entre forces armées et rebelles, les incidents se sont multipliés ces deux dernières années : l’ambassade américaine de Tunis a été victime d’une attaque en septembre 2012, l’opposant de gauche Chokri Belaïd a été abattu en février 2013, et Mohamed Brahmi, un autre opposant tunisien, a été tué à Tunis en juillet 2013. "La Tunisie a été incapable de réduire à néant ce maquis jihadiste", rappelle David Thomson, spécialiste des mouvements jihadistes à RFI et ancien correspondant en Tunisie.

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Première attaque civile depuis la révolution

Mercredi 18 mars, cette réalité terroriste a atteint un point d’acmé en frappant, pour la première fois depuis la révolution, des civils au cœur de la capitale, au musée du Bardo, faisant une vingtaine de victimes. Aucune revendication n’a – pour l’heure - été émise, mais les soupçons se portent sur les deux mouvements les plus actifs sur le territoire tunisien : le groupe "Phalange Okba Ibn Nafaâ", la branche tunisienne d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et la branche libyenne de l’organisation de l’État islamique (EI), qui regroupe une majorité de Tunisiens.

Ces deux mouvements sont dans la ligne de mire de l’armée. "Ils ont infligé de lourdes pertes aux forces tunisiennes", rappelle David Thompson. Depuis 2011, en effet, une soixantaine de policiers et militaires ont ainsi été tués dans des heurts, notamment près de la frontière algérienne, dans la région du mont Chaambi.

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Les raisons de cette montée en puissance jihadiste se trouvent dans les racines mêmes de la révolution, lorsque l’amnistie générale - décrétée dans le pays en janvier 2011 - a permis à de nombreux prisonniers politiques de recouvrer la liberté. "Parmi les détenus relâchés se trouvaient des communistes mais aussi des islamistes", précise David Thomson. Le pays a donc en quelque sorte laissé le loup rentrer dans la bergerie. "Ces islamistes libérés se sont structurés autour du groupe jihadiste Ansar al-Charia. En deux ans, ils ont connu une assisse populaire incroyable. Ils ont attiré des milliers de sympathisants", explique le journaliste de RFI.

La "naïveté" des autorités tunisiennes

Sur le plan logistique, le pays est aussi à la peine. Il ne bénéficie plus d’un service de renseignement efficace, comme celui qui prévalait sous l’ère Ben Ali : "Ce système s’est effondré pendant la révolution." Difficile, dès lors, de pister et d’appréhender les éléments terroristes. De plus, l’armée n’est pas formée à "l’opérationnel". "[Pendant les années Ben Ali] elle a longtemps été cantonnée à des opérations de génie militaire, elle n’est pas formée à affronter une guérilla urbaine" comme celle menée par les jihadistes dans la région de Chaambi. 

Tous ces éléments permettent de comprendre comment la situation a échappé à Tunis. "Les autorités ont réagi trop tardivement, elles ont fait preuve de naïveté, puis très vite, elles ont été dépassées", ajoute David Thomson. Autre contrecoup de cette "naïveté" : le départ de 3 000 Tunisiens pour combattre en Syrie et en Irak, le plus gros contingent de jihadistes étrangers. Aujourd’hui, le pays est "plus que submergé" par la menace terroriste, constate le journaliste de RFI. En outre, "il doit faire face aux quelque 500 Tunisiens qui sont revenus sur le territoire et à plusieurs centaines d’autres qui se trouvent en Libye, une nouvelle terre de jihad", frontalière avec la Tunisie, précise David Thomson.

Cette analyse sur "le retard de prise de conscience" de Tunis est partagée par Wassim Nasr, journaliste et spécialiste des mouvements jihadistes à France 24. "Aucun des gouvernements tunisiens, [même celui dirigé par les islamistes d'Ennahda, NDLR], n’a pris la mesure de l’ampleur du phénomène terroriste. Ils ont trop longtemps pensé que la menace était extérieure et pas intérieure", explique-t-il. Et cette "naïveté" ou cette "politique de l’autruche" pourrait avoir encore longtemps des répercussions désastreuses sur le pays. "La Tunisie est désormais considérée comme une terre de jihad, que ce soit par Al-Qaïda ou par l’organisation de l’État islamique", conclut le spécialiste de France 24.

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