Accéder au contenu principal

Un imam de Montpellier affirme que les femmes sont "égoïstes" par nature

L'imam Mohamed Khattabi durant son prêche du 6 mars 2015, dans la mosquée Aïcha de Montpellier.
L'imam Mohamed Khattabi durant son prêche du 6 mars 2015, dans la mosquée Aïcha de Montpellier. Capture Youtube

L'imam Mohamed Khattabi a créé la polémique en affirmant dans un prêche que les femmes sont "égoïstes" par nature. Il avait été écarté de la grande mosquée de Montpellier en 2013 pour des propos jugés incompatibles avec le discours républicain.

Publicité

"Quel que soit votre degré de bonté envers une femme, son égoïsme la poussera à l’ignorer. Cela est vrai de toutes les femmes". C’est avec ces mots très durs à l’égard de la gent féminine que l’imam Mohamed Khattabi a rendu hommage aux femmes, le 6 mars 2015 à la mosquée Aïcha de Montpellier (Hérault) lors de son prêche hebdomadaire, en arabe, deux jours avant la journée internationale des droits des femmes.

L’observatoire du Moyen-Orient, Memri, a traduit son prêche en français et en diffuse des extraits sur son site. Le religieux s’exprime du haut d'un minbar, une chaire, installé dans une salle des fêtes reconvertie en salle de prière depuis cet été. Mohamed Khattabi a fondé l’association "Aïcha", du nom de la troisième épouse du prophète Mahomet, avec pour ambition de recueillir les fonds et obtenir l'autorisation de faire construire un vrai lieu de culte. En attendant, l'association exploite ces locaux situés à Lattes, au sud de Montpellier.

Dans la vidéo, l’imam montpelliérain poursuit en arabe : "Si une femme surmonte sa nature et qu’elle reconnaît [la vérité], elle est méritante et Allah lui accorde une place plus élevée au paradis. Mais si elle succombe à sa nature et qu’elle refuse de reconnaître les droits de l’homme, ou plutôt, la supériorité de l’homme sur elle, elle devra aller [en enfer]… ". Dans les passages où il s’exprime en français lors de ce même sermon, Mohamed Khattabi souligne paradoxalement  l’égalité qui devrait être complète entre l'homme et la femme.

Tantôt progressiste, tantôt radical, son discours apparaît "double", ce que confirme à France 24 une autorité musulmane de la région. L’imam de la mosquée Aïcha de Montpellier s'inspire du salafisme par sa lecture littéraliste du Coran, et des Frères musulmans dans certains prêches teintés de commentaires sur la politique internationale, notamment cet été au moment de la guerre à Gaza. "Le sermon du vendredi c'est l'amour, l'apaisement. Importer un conflit pareil n'est pas une bonne idée, dans une mosquée, face à 400 personnes. Ce qui m'inquiète, c'est la jeunesse qui entend ces paroles, qui est perdue et qui n'a pas les armes pour les analyser. Si les imams commencent à mélanger la politique aux prêches, on ne s'en sort plus", estime cette autorité religieuse.

Sollicités par France 24, ni le Conseil français du culte musulman (CFCM), ni le Bureau des cultes du ministère de l'Intérieur, ni la mairie de Montpellier n'ont souhaité commenter les propos misogynes de l'imam Khattabi.

Des propos "non compatibles (...) avec le discours républicain"

Ancien recteur de la grande mosquée de Montpellier, appelée également la mosquée de la Paillade, le religieux maroco-canadien, âgé de 54 ans aujourd'hui, a été évincé de ce poste à l'automne 2013, après dix ans d'exercice, par l’association cultuelle de la mosquée Ibn Rochd de Montpellier et de sa région (Acmir). Cette association, régie par la loi de 1905, prône "le vivre-ensemble" et "l'ouverture". Les commentaires de l'imam ont été considérés comme "non compatibles avec les visions de l’association et avec le discours républicain", explique cette autorité musulmane.

Le 21 novembre 2013, après des désaccords avec le bureau de l’association, en relation avec le CFCM, l’imam est remercié. "Il est reproché à Mohamed Khattabi d'avoir pris des décisions et donné 'des ordres sans aviser les responsables légaux gestionnaires', d'avoir utilisé 'les prêches du vendredi à des objectifs personnels'", explique le quotidien régional "Le Midi Libre", qui avait couvert l’affaire.

Une personnalité populaire auprès des jeunes

Mais l’éviction de l’imam charismatique n'a pas plu à tout le monde. Mohamed Khattabi jouit d’une grande popularité, notamment auprès des jeunes "regroupés autour de lui", indique la source religieuse. L’imam a diffusé sur Internet une vidéo pour dénoncer son éviction, qu'il juge "politique", et des tracts ont été distribués à Montpellier. Son discours est suivi sur Internet, où l'une de ses fidèles explique son départ par un "putsch des élus socialistes de Montpellier".

"Notre imam a dû quitter la mosquée parce que les membres du bureau gérant celle-ci s’étaient réunis quelques jours auparavant afin d’établir un procès-verbal notifiant son renvoi, ceux-ci accusant l’imam de détournement de fonds sans preuve", explique la fidèle en colère sur le site Islam & Info. Mohamed Khattabi dispose aussi de plusieurs chaînes YouTube, sur lesquelles ses prêches sont régulièrement postés.

Pourtant, jusqu'à présent, il s’était plutôt fait remarquer dans les médias pour son pacifisme et son ouverture. Alors qu’il est encore imam de la grande mosquée de Montpellier, dans le quotidien "Le Monde", en juin 2013, il se pose en "promoteur d'un islam de France citoyen, d'un islam de cohabitation". Après la découverte de la mort en Syrie de plusieurs jeunes jihadistes de la commune de Lunel, située à une trentaine de kilomètres de Montpellier, il s’adresse à la jeunesse pour la mettre en garde : elle ne doit pas se laisser "embobiner", insiste l'imam, qui condamne dans un prêche les Lunellois morts dans les rangs de l'organisation de l’État islamique.

L'imam Khattabi, qui donne parfois des conférences à Lunel, explique alors que jusqu’en 2013, il connaissait "personnellement" Raphaël, l'un des jeunes jihadistes français. Pour lui, la dérive de ce converti date sans doute d'un voyage à l'étranger. "Ce ne sont pas des martyrs. Ce ne sont pas des héros ! Ce sont des zéros !", avait-t-il alors déclaré. 

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.