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"La Chine détient la clé de l'avenir des éléphants"

Un troupeau d'éléphants au "Zakouma National Park", Tchad, avril 2013
Un troupeau d'éléphants au "Zakouma National Park", Tchad, avril 2013 MICHAEL LORENTZ, AFP

Réunies lors d’une conférence au Botswana pour lutter contre les trafics d’espèces protégées, des dizaines d’ONG ont tiré la sonnette d’alarme sur l’extinction prochaine des éléphants si le trafic d’ivoire n’est pas régulé.

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Les éléphants sauvages vont-ils s'éteindre pour satisfaire les collectionneurs asiatiques d'ivoire sculpté ? Si les États africains ne prennent pas davantage conscience des ravages du braconnage sur leur territoire, la réponse ne fait aucun doute. On estime que 25 000 à 30 000 éléphants sont tués chaque année en Afrique. Leur comptage n’est pas une science exacte mais ils ne seraient plus que 470 000 aujourd’hui. Et si leur assassinat sauvage continue à ce rythme, mathématiquement, il ne devrait plus rester d’éléphants en Afrique en 2032.

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Lors de la Conférence internationale sur le commerce illégal des espèces protégées, qui s’est tenue du 23 au 25 mars, à Kasane, au Botswana, une trentaine d’ONG et autant de pays africains ont tenté de faire entendre ce message : les éléphants d’Afrique sont condamnés à mort. Leur mortalité surpasse désormais leur taux de natalité. "Cette espèce risque l'extinction dans le courant de notre vie si la tendance n'est pas inversée. (...) D'ici une à deux décennies", a martelé Dune Ives, chercheuse à la fondation philanthropique "Vulcan" du milliardaire américain Paul Allen. "Dans cinq ans, il sera peut-être trop tard pour sauver cet animal magnifique".

Le déclin est déjà particulièrement net en Afrique de l'Est, au Kenya et en Tanzanie. Mais pas seulement. "Il est effrayant que des pays comme le Tchad, le Cameroun et la République démocratique du Congo (RDC), dont les populations d'éléphants sont extrêmement menacées par le braconnage, n'aient montré aucun progrès pour ralentir le massacre", a déclaré Jason Bell, directeur du programme "Éléphants" de l'IFAW (Fonds international pour la protection des animaux). Chiffre édifiant : 30 éléphants ont été abattus dans les 14 jours précédant la Conférence, dans le Parc national de la Garamba, en RDC.

L’intarissable trafic d’ivoire

Personne n’ignore que la cause de ce massacre est l’ivoire. Les défenses des éléphants sont de plus en plus prisées sur les marchés asiatiques. "L'or blanc" transite généralement par la Malaisie, le Vietnam, les Philippines ou Hong-Kong avant de gagner la Chine, et pour une moindre part, la Thaïlande. Les braconniers revendent les défenses à prix d’or. En quatre ans, son prix a triplé. En 2010, le kilo d’ivoire brut était évalué à 550 euros en Chine, contre 1550 euros en 2014.

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"Au bout du compte, qu'on le veuille ou non, la solution et le résultat final sont entièrement entre les mains de la Chine", a d'ailleurs noté le ministre botswanais du Tourisme et de la Vie sauvage, Tshekedi Khama. Pékin est donc appelé à réagir vigoureusement : "La Chine détient la clé de l'avenir des éléphants", a plaidé de son côté Iain Douglas-Hamilton, fondateur de l’ONG "Save the Elephants". "Si la Chine n'est pas en pointe pour mettre fin à la demande d'ivoire, les éléphants d'Afrique pourraient disparaître de la nature d'ici une génération".

Le gouvernement chinois n’est pas spectateur de cette crise, a plaidé un représentant de Pékin présent au Botswana, qui a demandé qu'on arrête de placer son pays sur le banc des accusés et qu'on le considère comme un partenaire, ont rapporté des participants. Selon ce délégué, la Chine aide financièrement des pays africains à former des équipes anti-braconnage et renforce sa propre législation pour éradiquer le trafic illégal d'ivoire.

La France, qui a participé à cette conférence, a voulu elle aussi montrer patte blanche sur le sujet. La ministre française de l’Ecologie, Ségolène Royal, a cosigné un texte avec cinq de ses homologues européens pour demander l’interdiction dans toute l’Europe de l’export d’ivoire brut.

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Plus que 3 000 tigres en liberté

Outre l’éléphant, d’autres espèces comme le rhinocéros et le tigre sont aussi menacées d’extinction sur le continent africain. Pour satisfaire - encore une fois - les marchés asiatiques, 1 300 rhinocéros ont été abattus en 2014, dont la grande majorité en Afrique du Sud, leur dernier sanctuaire. Un chiffre plus qu’alarmant lorsqu’on sait que 80 % des rhinocéros de la planète vivent dans le pays de Mandela.

>> À lire sur France 24 : "L'Afrique du Sud évacue ses rhinocéros, décimés par les braconniers"

Pour le tigre, même sonnette d’alarme. Il ne reste que 3 000 de ces animaux en liberté et "le trafic illégal de peau et d'os reste constant", a souligné Steven Broad, le directeur de TRAFFIC, organisme chargé de la traque de cette activité criminelle. "Des restes de presque 1 600 animaux ont été saisis dans les pays de répartition du tigre (péninsule indienne et certains pays du Sud-Est asiatique) ces 15 dernières années, soit presque deux par semaine".

"Quand est-ce que les États vont se décider à réagir ?", se désespèrent les ONG. En décembre 2013, à Gaborone, au Botswana, des dizaines de pays africains, dont le Gabon, le Niger, la Zambie ou le Kenya, s’étaient déjà engagés à lutter plus efficacement contre le braconnage et le trafic illégal. Ils avaient mis en place 14 mesures "urgentes", parmi lesquelles la classification du braconnage en "crime grave", la "tolérance zéro" et la lutte contre la corruption. En février 2014, une quarantaine d’États signataires avaient ensuite signé la "Déclaration de Londres" qui œuvrait, entre autres, à la survie des éléphants. Pour l’instant, les plus pessimistes ne peuvent que constater l’échec de la mise en place de ces promesses. Ils espèrent que la "déclaration de Kasane", au Botswana, porte, elle, enfin ses fruits.

Avec AFP et Reuters
 

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