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UNION EUROPÉENNE

La fin des quotas laitiers : un big bang pour les agriculteurs européens ?

La fin des quotas laitiers en Europe va-t-elle faire baisser les prix au grand dam des producteurs ?
La fin des quotas laitiers en Europe va-t-elle faire baisser les prix au grand dam des producteurs ? Georges Gobet, AFP

À partir du mercredi 1er avril, les agriculteurs européens ne seront plus limités par les quotas qui plafonnaient la production laitière. C'est la fin d’un régime vieux de 30 ans que certains regrettent déjà. À tort ?

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Le temps des quotas de production laitière dans l’Union européenne est terminé. À partir du 1er avril, les agriculteurs européens de la filière pourront produire les quantités qu’ils veulent. Un date qui marque la fin d’un système qui a dominé la Politique agricole commune (PAC) pendant 30 ans.

Ce système de quotas avait été instauré en 1984, après une décennie marquée par une forte surproduction, qui avait laissé l’impression que l’Europe était noyée sous des “rivières des lait” et écrasée sous des "montagnes de beurre”. Conséquence : les prix avaient beaucoup baissé, menaçant l’existence même de bons nombres d’exploitants.

Un outil d’aménagement du territoire

Les quotas ont ramené un peu d’ordre dans tout cela. Plafonner la production permettait de contrôler et de stabiliser les prix, une amende étant infligée pour tout dépassement. En France, ils ont aussi servi d’outil de politique d’aménagement du territoire : l'État fixait les quotas par département, ce qui a permis à la puissance publique de réorganiser la filière lait autour de grands bassins*. Les autorités ont aussi misé sur des exploitations gérées par de jeunes agriculteurs en leur facilitant fiscalement la vie. L’État s’est assuré que ce système permettait de faire vivre des structures familiales de taille moyenne.

C’est donc toute cette philosophie qui est remise en question avec la fin des quotas. De quoi donner des sueurs froides à certains. “Nous étions dans un système stable et protégé. Nous nous retrouvons dans un système extrêmement volatil”, assure au “Figaro” Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières.

En clair, une partie de la filière craint que, dans un environnement beaucoup plus mondialisé qu’en 1984, il faille produire en plus grande quantité à moindre coût pour survivre. Il y aurait une pression pour baisser les prix du lait qui pourrait coûter cher aux exploitations familiales à la Française.

Les fermes des “1000 vaches” allemandes

Une chose est sûre : “Il y aura une compétition accrue entre les producteurs des cinq grands pays européens exportateurs que sont la France, l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas et le Danemark”, affirme à France 24 Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l’INRA et spécialiste des questions de PAC.

La France pourra-t-elle tirer son épingle du jeu face au spectre des “fermes de 1000 vaches” allemandes ? Pas sûr. “La France a longtemps pensé qu’elle pourrait profiter de la fin des quotas en grignotant, notamment, des parts de marché à l’Italie, mais elle n’avait pas vu que l’Allemagne a rapidement modernisé les territoires agricoles d’ex-RDA”, explique à France 24 Jean-Christophe Bureau, professeur-chercheur à AgroParisTech.

Mais ne vendons pas la peau de la vache normande avant de l’avoir tuée. Actuellement, la France exporte davantage de produits laitiers hors de l’Europe que l’Allemagne - mais moins que les Pays-Bas. N’ayant pas pris le virage de l’exploitation intensive tous azimut, la filière française peut “avoir un potentiel de croissance important, sans compter certains avantages : un prix du foncier plus faible et un climat très avantageux dans certaines régions”, souligne Vincent Chatellier.

Une nouvelle ère de concentrations

Ne serait-ce donc qu'une tempête de verre de lait ? Les craintes d’une très grande volatilité des prix sont, d’après les personnes interrogées par France 24, exagérés. En 2012, la Commission européenne estimait que les quotas n’étaient déjà plus utiles car la plupart des pays étaient préparés à leur suppression. En effet, depuis 2009, elle a augmenté les quotas d’1 % par an. De ce fait, “il n’y aura pas de big bang, la plupart des pays européens produisent moins que les quotas autorisés, donc leur disparition ne va pas changer grand chose”, soutien Vincent Chatellier.

Pour autant le contexte de concurrence internationale accrue et l’obligation de négocier de pied ferme les quantités à produire avec les industriels du lait et les grandes enseignes ne va pas aller sans casse en France. “Le principal impact de la fin des quotas en France devrait être régional avec, dans certaines zones, des disparitions d’exploitations qui survivaient grâce aux aides allant de pair avec ce système”, prévoit Jean-Christophe Bureau. Pour cet expert une nouvelle ère de concentrations va s’ouvrir.

*Le grand Ouest et, pour le fromage, les zones montagneuses.

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