PEINE DE MORT

En 2014, les condamnations à mort ont augmenté mais les exécutions ont diminué

Des militantes d'Amnesty international réalisent une performance contre la peine de mort en Corée du Sud, en octobre 2007.
Des militantes d'Amnesty international réalisent une performance contre la peine de mort en Corée du Sud, en octobre 2007. Won Dai-Yeon, AFP

Amnesty International a publié son rapport 2014 sur la peine de mort dans le monde. La Chine reste en tête. L'ONG s'alarme également de la hausse des condamnations, notamment en Égypte et au Nigeria, sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

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Dans son rapport annuel sur la peine de mort, Amnesty international s’alarme de l’augmentation des condamnations en 2014 par rapport à l’année précédente, mais souligne la baisse des exécutions. L’ONG de défense des droits de l’Homme estime que 2 466 condamnations à mort ont été prononcées dans le monde l’année dernière et que 607 personnes ont été exécutées dans 22 pays.

Comme d'habitude, ces chiffres n'englobent pas la Chine où ce type de statistiques est classé secret d'État. Mais selon Amnesty International, la Chine procède, à elle seule, à un plus grand nombre d'exécutions que tous les autres pays du monde réunis. 

Outre la Chine, l'Iran (289 exécutions reconnues officiellement et au moins 454 non reconnues par les autorités), l'Arabie saoudite (au moins 90), l'Irak (au moins 61) et les États-Unis (35) figurent en tête du classement. Amnesty dénonce enfin une "hausse alarmante" des peines prononcées en Égypte et au Nigeria. Anne Denis, responsable de la Commission Abolition de la peine de mort à Amnesty international France, revient pour France 24 sur ces données.

France 24 : Les condamnations à mort ont augmenté de 28% mais les exécutions ont baissé de 22% en 2014. Comment expliquer ces chiffres ?

Anne Denis : Cela peut paraître étrange en effet. Pour les exécutions, elles ont essentiellement diminué en Afrique car il y en a eu 46 en 2014 pour 64 en 2013 ; trois États y ont procédé à des exécutions en 2014, contre quatre en 2013.

Pour l’Irak et l’Iran, les chiffres sont les chiffres "officiels", communiqués par les autorités – ils correspondent toujours à un minimum. En 2013 en Irak, il y avait eu plus d’une centaine d’exécutions supplémentaires (par rapport aux chiffres officiels, NDLR). Nous n’avons pu vérifier que 71 exécutions en 2014. En Iran, c’est la même chose : ils ont déclaré beaucoup moins que l’année précédente, mais on sait par d’autres sources vérifiables et sûres qu’il y a eu plus de 700 exécutions, soit un chiffre en augmentation par rapport à 2013.

Vous vous inquiétez de la situation au Nigeria et en Égypte. Pourquoi ?

Il y a eu une augmentation très importante des condamnations à mort dans ces deux pays. Au Nigeria, le nombre de condamnations est passé de 141 en 2013 à 659 en 2014. En Égypte, on est passé de 109 condamnations en 2013 à 509 en 2014. Il y a eu des condamnations à la suite de procès collectifs : à peu près 1 400 ont été demandées par les tribunaux. Après validation du grand mufti, il en reste 509 pour acte de terrorisme, visant essentiellement des Frères musulmans, supporters du l’ex-président Mohamed Morsi.

Vous dénoncez le recours à la peine de mort pour faire face à la criminalité, au terrorisme et à l’instabilité interne, c’est cela ?

Oui, car c’est un recours facile. Les gouvernements, ne pouvant visiblement pas lutter de manière efficace contre le terrorisme, ont recours aux sentences capitales pour convaincre l’opinion publique et montrer qu’ils sont capables de faire quelque chose. Au Nigeria, 70 militaires ont été condamnés à mort parce qu’ils étaient considérés comme "mutins" après avoir demandé plus d’armes pour lutter contre Boko Haram.

Pourquoi ne pas donner de chiffres de la Chine ?

En Chine, en Corée du Nord, au Vietnam, la peine de mort est classée secret d’État. Donc depuis 2009, Amnesty international ne donne plus de chiffres sur la Chine car nous ne pouvons pas vérifier les données.
 

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