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Muhammadu Buhari, l’ex-putschiste de retour au pouvoir

Le président nouvellement élu, Muhammadu Buhari, le 1er avril à Abuja.
Le président nouvellement élu, Muhammadu Buhari, le 1er avril à Abuja. AFP

Muhammadu Buhari, principal candidat de l’opposition nigériane, a été déclaré mardi vainqueur des élections présidentielles. Portrait du nouveau chef d’État connu pour son putsch en 1983.

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"Historique", c’est ainsi que Muhammadu Buhari a qualifié, mercredi 1er avril, l’issue du scrutin de la présidentielle nigériane. C’est en effet la première fois au Nigéria, depuis 1999 et le retour d’un gouvernement civil, que le parti de l’opposition remporte la présidentielle.

Agé de 72 ans, le nouveau président n’en est pas à ses débuts. En décembre 1983, il mène un putsch qui renverse le président Shehu Shagari. Cet épisode putschiste prend fin en août 1985. Intégrant le jeu démocratique en 2003, Mohammadu Buhari brigue à trois reprises la fonction présidentielle avant d’'être élu. Il y a quatre ans, lors du précédent scrutin qu'il avait perdu face à Goodluck Jonathan, des affrontements post-électoraux avaient fait près de 800 morts dans le nord du pays.

Un musulman du nord

Né le 17 décembre 1942 dans l’État de Katsina, situé au nord du pays et frontalier du Tchad, Muhammadu Buhari est le benjamin d’une fratrie de 23 enfants.

Contrairement au président sortant Goodluck Jonathan de confession chrétienne, Muhammadu Buhari est musulman. Dans le pays le plus peuplé d’Afrique - 177 millions d’habitants - où vit la plus grande communauté musulmane du continent, il déclare en 2011 qu’il est en faveur de l’application de la charia. Il revient en janvier 2015 sur ses positions et défend la liberté de culte. En outre, il équilibre son ticket présidentiel avec Yemi Osinbajo pour la vice-présidence. Ce dernier est originaire du sud du pays et de confession chrétienne.

Un ancien général putschiste

Muhammadu Buhari n’a que 19 ans quand il rejoint les rangs de l’armée nigériane. À la suite d’un putsch qu’il mène en 1983, il accède pour la première fois au pouvoir. Le général Buhari gère alors le pays d’une main de fer : la presse est muselée, de nombreux politiciens, fonctionnaires, entrepreneurs sont emprisonnés au nom de la lutte contre la corruption. Fela Kuti, le fondateur de la musique "afrobeat" et activiste des droits de l’Homme figure parmi ces prisonniers politiques.

Fait le plus marquant de cet épisode putschiste de vingt mois, l’affaire Umaru Dikko en juillet 1984. Dikko, ministre des transports du gouvernement renversé, qui s’était réfugié à Londres, se fait kidnapper par des espions nigérians. Ses ravisseurs l’enferment dans une malle labellisée "valise diplomatique" qu’ils envoient au Nigéria. Ce seront les douanes britanniques qui l’intercepteront à l’aéroport de Stansted quelques minutes avant le décollage.

Une mauvaise réputation aux frontières du Nigeria

De 1984 à 1985 l’Afrique de l’Ouest est frappée par une grave crise alimentaire, notamment le Niger voisin. Buhari fait expulser des milliers de Nigériens vivant sur le territoire du Nigéria. "La famine Buhari", c’est ainsi que les habitants de l’est du Niger baptiseront l’épisode.

Autre voisin fâché : le Tchad. Les militaires tchadiens se souviennent d’avoir été vigoureusement chassés en 1983 par les troupes de Buhari après avoir occupé des îles du lac Tchad rattachées au Nigeria. Vingt-deux années plus tard, c’est cette armée tchadienne qui est la principale alliée d’Abuja dans la lutte contre le groupe islamiste Boko Haram.

Un politicien à poigne

La réputation autoritaire de Muhammadu Buhari ne l’a pas déservi durant la campagne présidentielle, au contraire. Il est passé pour le candidat le plus crédible dans la lutte contre Boko Haram qui sévit au nord du pays. En juillet 2014, il échappe lui-même à un attentat revendiqué par la secte islamiste qui fait 82 morts à Kaduna.

Sa poigne lors du putsch de 1983 ayant marqué les esprits, les électeurs nigérians ont été convaincus par sa campagne axée sur la lutte contre l’insécurité et la corruption. Les observateurs internationaux espèrent que son passé militaire ne remettra pas en cause l’avancée démocratique qu’ont constitué ces élections.

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