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Les "snipeuses" de Bachar al-Assad ou la propagande du parti Baas

Femme soldat appartenant à la première brigade des commandos féminins de la Garde républicaine syrienne.
Femme soldat appartenant à la première brigade des commandos féminins de la Garde républicaine syrienne. Jospeh Eid, AFP

Près de 800 femmes gonflent les rangs de l’armée syrienne loyaliste en Syrie. Ce commando d’élite a été créé pour "promouvoir le rôle de la femme syrienne", selon les autorités de Damas. Une communication bien rodée du parti Baas.

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Derrière le massif B-10, un canon russe sans recul de 82 mm, le regard noir et déterminé laisse deviner que la jeune femme ne ratera pas sa cible. "Le fusil de sniper peut tuer une personne mais avec mon B-10, je peux tuer tout le monde dans une maison", se vante Zainab à un journaliste de l’AFP. À 21 ans, cette jeune femme appartient à la première brigade des commandos féminins de la Garde républicaine syrienne.

Créée il y a près de deux ans, cette brigade d’élite compte 800 "soldates", réparties sur tout le front est et sud-est de Damas, face aux bastions rebelles. Informées par une campagne d’affichage dans les villes tenues par le régime, les femmes s’y enrôlent sur la base du volontariat. Elles sont ensuite formées quelques mois dans une académie militaire avant d’être affectées sur le front à des postes clés (sniping, manœuvre de tank…).

Elles ne sont pas les premières femmes à prendre les armes pour défendre le régime. En 2013, près de 450 femmes, âgées de 18 à 50 ans, se sont engagées dans les Forces de défense nationale, ces milices populaires de civils armés, formées à défendre leurs quartiers contre l’incursion des rebelles et opposants. "L'entraînement comprend le tir à la Kalachnikov, à la mitrailleuse BKC, le maniement des grenades, l'attaque des barrages adverses et le contrôle de nos propres barrages, les perquisitions et des cours de tactique militaire", expliquait alors la commandante Jahjah, retraitée de l’armée syrienne devenue formatrice des brigades féminines.

Les femmes, armes de propagande massive

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Intégrer des femmes dans l’armée est "une décision du président Bachar al-Assad qui veut promouvoir le rôle de la femme syrienne et montrer qu'elle est capable de réussir dans tous les domaines", a déclaré fin mars à l’AFP un chef du commando féminin affecté dans le quartier de Jobar, à Damas. Et tandis que Bachar al-Assad déclarait le 27 mars sur la télévision américaine CBS qu’il était ouvert au dialogue avec les États-Unis, les images des ces femmes combattantes inondaient les agences.

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Hasard ? Ce ne serait pas la première fois qu’Assad se servirait des femmes comme objet de propagande pour promouvoir sa politique auprès de la communauté internationale. En janvier 2013, lorsque Washington a réformé sa politique militaire afin de permettre aux femmes de participer directement aux combats, Assad faisait défiler devant les caméras ses "lionnes", les combattantes des Forces de défense nationale, dans les rues de Homs où les milices civiles ont été initiées avant d’être généralisées à l’ensemble de la Syrie.

"Cela permet à Bachar al-Assad de s’ériger en modèle de modernité, par rapport à ‘l’obscurantisme’ des groupes jihadistes, tels que Daech [organisation de l'État islamique, NDLR] ou le Front al-Nosra. Il oppose deux systèmes de société et montre que, dans celui qu’il propose, les femmes ont toute leur place, même dans la défense", explique Fabrice Balanche, chercheur spécialiste de la Syrie et directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo).

>> À lire sur France 24 : "Les Syriens ont vécu quatre ans de guerre et de destructions"

Outre la communication, il est aussi possible que l’armée syrienne – que Fabrice Balanche estime à environ 150 000 hommes – ait besoin de cette main d’œuvre pour pallier les pertes dans le conflit qui a fait, selon l’ONU, plus de 215 000 morts en quatre ans. "Entre les morts, les blessés, les déserteurs, l’armée a fait appel à tous ses réservistes alaouites. Tous les hommes des régions côtières âgés de 20 à 40 ans ont été enrôlés, et l’armée commence même à recruter des sunnites, c’est dire s’il y a des besoins !", explique le chercheur.

L’émancipation des femmes, une stratégie baasiste

Cependant, il n’a pas fallu attendre que la Syrie soit déchirée par la guerre pour que les femmes prennent les armes. "Il y a toujours eu des femmes dans l’armée syrienne, il y avait même des commandos de femmes parachutistes sous Hafez al-Assad", estime Fabrice Balanche qui rappelle que le père de Bachar a institué, dans les années 1970, le "moaskar", camp militaire obligatoire pour tous les jeunes Syriens, filles et garçons confondus.

Le parti laïc Baas, au pouvoir depuis 1963, a toujours affiché une volonté d’émancipation des femmes, la brandissant comme un symbole clé de sa modernité. Il a intégré les femmes dans le processus de développement du pays, rendu l’école obligatoire et gratuite pour les filles et autorisé les femmes à occuper des postes à responsabilité dans les ministères, l’armée ou la police. En 2000, une vingtaine de femmes ont été élues au comité central de Baas et l’éminence grise de Bachar al-Assad est aujourd’hui Bouthaina Chaabane, l’une des femmes les plus influentes de Syrie.

Le processus d’émancipation reste toutefois inachevé et les discriminations sont légion. "Si le statut des femmes a connu une certaine amélioration sous le Baas […], de nombreuses lois et législations perpétuent la discrimination à leur égard", nuance dans sa thèse, Zakaria Taha, chercheur associé au CNRS – EPHE. Les femmes ne peuvent, par exemple, pas transmettre la nationalité syrienne à leurs enfants et les meurtres de femmes, commis au nom de l’honneur, ne sont pas considérés comme des crimes, mais comme des délits.

Mais le parti a toujours su faire bonne figure. Pour Zakaria Taha, l’appel à l’émancipation des femmes, comme la lutte contre l’islam politique, est utilisé à des fins stratégiques par le parti Baas, qui s’est toujours présenté comme un rempart contre la menace islamiste. "Cette politique lui permet d’être perçu à l’extérieur comme un régime laïque, respectueux des droits des femmes notamment, et en lutte contre l’islamisme. Ainsi, se revendiquer de la laïcité permet de légitimer, aux yeux des pays occidentaux, la lutte contre les mouvements islamistes, et de passer sous silence la répression contre l’opposition", estime le chercheur associé.

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