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Facebook ne traque pas que ses utilisateurs

Un rapport belge met en cause les méthodes utilisées par Facebook pour pister les internautes.
Un rapport belge met en cause les méthodes utilisées par Facebook pour pister les internautes. Pixabay

Un rapport belge démontre que Facebook réussissait à pister les internautes européens, qu’ils soient membres du réseau social ou non. Ce qui pourrait s’avérer illégal au regard des règles européennes de protection de la vie privée.

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Sur Internet, Facebook sait tout des habitudes de ses utilisateurs mais est aussi capable d’en connaître un rayon sur ceux qui n’ont pas de compte ou ne veulent pas être pistés. C’est la conclusion d’un nouveau rapport belge qui a mis en lumière, mardi 31 mars, des pratiques que les auteurs de ce document de plus de soixante pages trouvent pour le moins douteuses et à la limite de la légalité européenne.

Chargés par la Commission de la protection de la vie privée, l’équivalent belge de la Cnil, de s’intéresser de plus près à la manière dont Facebook traque les habitudes des internautes, plusieurs spécialistes belges se sont penchés sur l’utilisation des “cookies” par le roi des réseaux sociaux en Europe.

Utilisateurs et non-utilisateurs, même combat

Il s’agit de ces petits fichiers que les internautes téléchargent en visitant une page Internet et qui contiennent des données plus ou moins personnelles renvoyées vers les serveurs des propriétaires des sites consultés. C’est une mine d’informations pour les entreprises du Net qui cherchent à mieux connaître les habitudes en ligne des internautes pour cibler les publicités.

Facebook carbure aux revenus publicitaires et, d’après les auteurs du rapport, est passé maître dans l’extension du domaine du “cookie”. Il y a ceux que tout le monde connaît déjà plus ou moins : le réseau social en utilise pour suivre les cyber-pérégrinations de ces utilisateurs sur des sites qui n’appartiennent pas à Facebook mais sont équipés, entre autres, du fameux bouton “Like” (présent sur plus de 13 millions de sites). Il n’est, d’ailleurs, pas nécessaire d’utiliser ce bouton pour que le “cookie” collecte les informations.

Mais “nous nous sommes aussi intéressés aux ‘non-utilisateurs’ et avons constaté que, dans certains cas, ils étaient pistés aussi”, explique à FRANCE 24 Rob Heyman, co-auteur du rapport et membre du Centre de recherche sur les nouvelles technologies de l’Université libre de Bruxelles.

Le cookie vient d’un site pour refuser les cookies

Facebook veut, d’après le rapport, savoir ce qu’ils consultent en ligne. Pour les membres du réseau social qui ne sont pas connectés, il suffit de se rendre sur une page (fan, profil, blog officiel) de Facebook ou sur certains sites comme Myspace, MTV pour obtenir les cookies pisteurs.

Facebook réussit aussi à glaner des informations sur ceux qui ne veulent pas être pistés et les réfractaires au réseau social. Comment ? Grâce à une page qui permet…. d’indiquer qu’on ne veut pas de cookie. “C’est une situation parfaitement paradoxale car Facebook promeut justement cette solution pour éviter l’installation de cookie publicitaire”, souligne Rob Heyman.

En fait, lorsqu’un utilisateur choisit de refuser les cookies de Facebook sur le site de l’Alliance européenne pour la publicité digitale… le réseau social lui en installe un autre. Mieux : “ce site permet de refuser en bloc les cookies d’un grand nombre de services en ligne et lorsqu’on le fait, Facebook installe aussi son propre cookie qui reste sur l’ordinateur pendant deux ans”, explique Rob Heyman. C’est ainsi qu’un internaute qui n’a pas de compte Facebook peut être pisté par le roi des réseaux sociaux.

Ce qui étonne d’autant plus les auteurs du rapport belge, c’est que “ce cookie n’existe pas sur l’équivalent américain de l’Alliance pour la publicité digitale et qu’il n’est, par conséquent, pas fondamental au bon fonctionnement de Facebook”, souligne Rob Heyman, qui avoue ne pas comprendre pourquoi les internautes européens ont droit à ce traitement de (dé)faveur.

Grossièrement illégal ?

Pour cet expert, ces pratiques flirtent dangereusement avec les règles européennes de protection de la vie privée. Les cookies sont légaux en Europe si, en résumé, les utilisateurs sont conscients de leur existence et les acceptent. Lors de l’inscription sur Facebook, les nouveaux membres sont censés avoir lu et être en accord avec les règles d’utilisation du réseau social, qui précisent l’utilisation des cookies, notamment à des fins publicitaires.

Les eaux deviennent beaucoup plus troubles pour ce fameux cookie qui s’installe par le biais du site de l’Alliance européenne de publicité digitale. À priori, il serait grossièrement illégal… sauf que la loi européenne prévoit des exceptions au consentement préalable, notamment pour des raisons de sécurité. “Le problème c’est que nous ne savons pas à quoi sert précisément ce cookie. Le fait que Facebook ne l’explique pas clairement est très problématique mais ne nous permet pas de dire s’il est légal ou non”, reconnaît Rob Heyman.

Facebook n’est certainement pas le seul à utiliser intensément les cookies. Tous les sites qui ont besoin de publicité pour vivre y ont également recours. “Mais nous nous sommes intéressés à Facebook car c’est l’un des poids lourds du secteur et qu’il peut fixer les standards d’utilisation des cookies, et qu’il est donc le candidat idéal pour faire un exemple”, résume Rob Heyman.

Le géant américain n’a pas du tout apprécié cet intérêt. “Les auteurs du rapport ne nous ont jamais contactés pour tenter de clarifier avec nous certaines affirmations”, a regretté un porte-parole de Facebook contacté par la chaîne britannique BBC. Il assure aussi que le document comprend “des erreurs”.

Des critiques qui n’émeuvent pas Rob Heyman. “C’est typique d’attaquer le messager et la manière dont le rapport à été fait lorsqu’on n’a rien à dire sur le contenu”, remarque-t-il. Il espère maintenant que Facebook, avec qui les auteurs du rapport ont pris contact, va entamer un dialogue pour “préciser les erreurs dont il serait question”.

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