GRÈCE

Vers une nationalisation des banques et une nouvelle monnaie en Grèce ?

La Grèce n'est pas sûre de pouvoir faire face à une échéance sur sa dette dans une semaine.
La Grèce n'est pas sûre de pouvoir faire face à une échéance sur sa dette dans une semaine. Louisa Goulimaki, AFP

Athènes aurait en réserve un plan prévoyant la nationalisation de son secteur bancaire et la création d'une nouvelle monnaie si la Grèce et ses créanciers devaient ne pas parvenir à s'entendre avant l'échéance cruciale de la semaine prochaine.

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La Grèce pourra-t-elle ou non rembourser ce qu'elle doit au Fonds monétaire international (FMI) le 9 avril prochain ? Le gouvernement issu du parti de gauche radicale Syriza envoie, depuis quelques jours, des signaux pour le moins contradictoires, faisant resurgir le spectre du "Grexit", c'est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro.

Si le secrétaire d'État aux Finances Dimitris Mardase a annoncé, vendredi, que son pays ferait tout pour honorer ses dettes le 9 avril, la situation en coulisses ne semble pas si claire. Selon l'agence Reuters, Athènes aurait d'abord averti ses créanciers que le pays n'avait pas les 450 millions d'euros qu'il doit verser au FMI la semaine prochaine. Puis, une "source gouvernementale" grecque a assuré au magazine allemand "Der Spiegel" que si l'État trouvait l'argent, il verserait d'abord leur salaire aux fonctionnaires. "Nous sommes un gouvernement de gauche et nous n'hésiterons pas une seconde entre payer le FMI et payer nos concitoyens", aurait souligné cet "officiel" grec.

Mesures radicales

En clair, rien n'est clair... si ce ne sont les problèmes grandissants de liquidités d'Athènes. Car si la dette grecque est honorée le 9 avril, il y aura ensuite une nouvelle échéance, le 14 avril, puis d'autres remboursements s'y ajouteront cet été.

Selon deux médias britanniques, le gouvernement grec serait donc prêt à prendre des mesures radicales en cas d'échec des négociations avec l'Union européenne pour obtenir une rallonge de 7 milliards d’euros.

"La Grèce se prépare à introduire une monnaie parallèle pour payer ses dettes", affirment "The Daily Telegraph" et "The Independent", citant des "sources proches du parti Syriza". Il ne s'agirait pas forcément d'un retour à la drachme, abandonnée en 2002 au profit de l'euro. "Ce pourrait être une devise parallèle servant à payer les salaires", suggère "The Independent". Athènes y parviendrait, selon ces deux journaux, en "nationalisant son secteur bancaire" pour pouvoir faire marcher la planche à billets afin de régler ses factures.

Accepter des prêts de la Russie et de la Chine ?

Reste qu'une telle décision mettrait la Grèce sur les rails d'une sortie de la zone euro, voire de l'Union européenne. "Pour nationaliser ses banques tout en restant dans la zone euro, Athènes serait contrainte de ne pas enfreindre la législation européenne et donc d'obtenir l’aval de la Commission européenne, ce qui semble peu probable", estime Pascal de Lima, économiste en chef du cabinet de conseil EconomiCell et spécialiste du secteur bancaire.

Un "Grexit" est cependant de plus en plus évoqué alors que les relations entre Athènes et Bruxelles se tendent. Mais une sortie volontaire de l'Euro avec nationalisations et fracas semblerait étonnante. "Malgré quelques contradictions entre les membres du gouvernement, la coalition au pouvoir en Grèce s'est toujours montrée engagée à rester au sein de la zone euro", rappelle Alexandros Karakitsios, membre de l'Unité de recherche et d'analyse politique de l'Athens University of Business and Economy.

Mais pris entre le marteau du FMI et le poids de l'enclume des engagements de campagne à ne plus dépendre de l'aide internationale, Syriza n'a pas beaucoup d'options. "Le pouvoir manque d'alternatives. La principale serait d'accepter des prêts de la Russie et de la Chine comme le demandent les 'Grecs indépendants', le parti [nationaliste] de droite allié à Syriza au gouvernement", note Alexandros Karakitsios. Cet expert juge cette solution improbable car en tant que membre de l'Union européenne, Athènes a une obligation politique de demander de l'argent uniquement à l'UE, à la Banque centrale européenne (BCE) et au FMI.

Un Grexit serait "catastrophique"

Coincé, le gouvernement pourrait donc se trouver contraint malgré tout d'appliquer ce plan de nationalisations et de nouvelle devise… même s’il conduit au "Grexit". Cette solution ne serait pas pour autant un coup de baguette magique, souligne Pascal de Lima. "Les banques grecques ne sont pas dans un très bon état et en les nationalisant, l'État récupèrerait, notamment, les dettes de ces institutions financières."

Pour Alexandros Karakitsios, une sortie de la zone euro "serait catastrophique". "Les ménages devraient faire face à une très forte inflation qui s'accompagnerait d'un sérieux coup à leur pouvoir d'achat, tandis que la crédibilité de l'économie grecque serait largement écornée, ce qui réduirait les investissements étrangers dans le pays." Une situation dont Athènes ne pourrait pas se relever facilement et qui pourrait entraîner "cinq nouvelles années de récession", juge l'économiste grec.

Le gouvernement grec sera-t-il de fait réduit, in fine, à se plier à toutes les exigences de Bruxelles ? Pas forcément, car les créanciers internationaux n’ont pas tous les atouts en main et voient d'un très mauvais œil un éventuel "Grexit".

"La sortie de la Grèce de la zone euro porterait un sérieux coup à la crédibilité du projet européen, ce qui aurait des conséquences économiques et l'éventuel défaut de paiement d'Athènes entraînerait d'importantes pertes d'argent pour tous les États européens qui, à travers l’Union européenne, ont prêté des fonds à la Grèce", rappelle Alexandros Karakitsios. Selon l'économiste grec, le mieux serait d’arriver à un plan grec "avec davantage de réformes mais moins d'austérité".

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