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Attentats au Kenya : "La corruption de l'armée et de la police est un problème majeur"

L'attaque de l'université de Garissa, dans l'est du Kenya, a fait au moins 147 morts, jeudi 2 avril.
L'attaque de l'université de Garissa, dans l'est du Kenya, a fait au moins 147 morts, jeudi 2 avril. Carl de Souza, AFP

Pour Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste de la Corne de l'Afrique, la corruption des services de sécurité kényans et les mauvaises réponses apportées au terrorisme des islamistes shebab favorisent les attaques répétées de ceux-ci.

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Le Kenya a de nouveau été frappé par une attaque terroriste des Shebab, jeudi 2 avril, lors de laquelle au moins 147 personnes ont péri. Le chercheur au CNRS Roland Marchal, spécialiste de la Corne de l'Afrique, estime que la corruption de la police et de l'armée dans ce pays favorisent les attentats, même s'il reconnaît que des progrès ont été accomplis depuis l'attaque du centre commercial Westgate en 2013.

Le Kenya a de nouveau été lourdement frappé par le terrorisme. Comment expliquer la répétition de ces attaques ?

Tout d'abord, les Shebab sont une vraie organisation dont le but politique est de remettre en cause la présence militaire kényane en Somalie, d’une part, et de créer un mouvement jihadiste d’autre part. Ils savent donc planifier leurs attaques et ont la volonté de frapper. La deuxième chose, c'est que le Kenya possède un territoire très vaste. Il est par conséquent très difficile de le sécuriser complètement, d'autant plus que les avis d'alerte, comme ceux émis ces derniers jours par le Royaume-Uni ou l'Australie, concernent davantage les lieux touristiques. Enfin, la corruption de l'armée et de la police sont un facteur majeur. Il est très facile de corrompre les gens au Kenya. C’est une pratique très enracinée dans certains milieux liés à la sécurité.

L'attaque du centre commercial Westgate avait mis en lumière les défaillances des services de sécurité kényans. La situation a-t-elle évolué depuis ?

Il y avait eu à l'époque un problème de compétences qui avait notamment provoqué la mort d'officiers de police et le pillage de magasins. En fait, ce qui a principalement changé depuis Westgate, c'est la fin des poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président Uhuru Kenyatta. Ce dernier a été sauvé par la communauté internationale afin qu’il stabilise le Kenya. Grâce à ça, il a désormais les coudées un peu plus franches et a commencé des réformes concernant le renseignement et l'armée.

Mais même s'il y a une volonté politique, c'est toujours difficile d'obtenir des changements profonds car il s'agit d'une tâche d'ampleur. Et faire respecter la chaîne de commandement est une bataille de tous les jours au Kenya.

La communauté internationale, notamment la France, a de nouveau offert son aide en matière de lutte anti-terroriste. Le président Kenyatta est-il vu comme un partenaire sérieux ?

Sur la question de l'anti-terrorisme, les Kényans subissent la pression des Britanniques, des Américains et, dans une moindre mesure, des Français, car ce qui s'est passé à Westgate en 2013 était auparavant inimaginable. Les Occidentaux mettent donc la pression sur le gouvernement pour qu'un certain nombre de problèmes soient mieux traités.

D'un point de vue stratégique, cependant, on n'arrête pas d'expliquer qu'on va battre les Shebab, mais ce mouvement continue de frapper. On aura sûrement dans les prochains jours un drone américain qui va abattre un responsable shebab, ce qui permettra de continuer à vivre sur l'idée qu'on parvient à les contenir, mais ce n’est pas vrai.

Il faudra bien qu'on se demande un jour pourquoi cette organisation est capable de survivre aux multiples défaites qu'on lui inflige. Il faudrait une réponse politique à cette situation, mais la communauté internationale semble vouloir s'enfoncer dans ses erreurs avec une approche strictement militaire et sécuritaire. Le problème, c'est qu'on continuera d'assister à des attentats comme celui de jeudi.

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