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Les propos de Jean-Marie Le Pen sur le "détail de l'Histoire" provoquent une crise au FN

Jean-Marie Le Pen était l'invité de Jean-Jacques Bourdin, le 2 avril
Jean-Marie Le Pen était l'invité de Jean-Jacques Bourdin, le 2 avril Capture d'écran

La nouvelle provocation de Jean-Marie Le Pen, qui persiste à dire que les chambres à gaz nazies sont un "détail de l'histoire", suscite la colère de sa fille, ouvre une fracture au Front national et menace sa candidature aux élections régionales.

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Le président d'honneur du Front national, Jean-Marie Le Pen, a réitéré le 2 avril sur BFMTV ses affirmations sur les chambres à gaz, qualifiées de "point de détail de l'histoire de la Deuxième guerre mondiale", répétées plusieurs fois depuis leur premier énoncé en 1987, et qui lui ont déjà valu d'être condamné. Il a aussi assuré que le parti, qu'il a cofondé en 1972, comptait aussi bien de "fervents gaullistes" que de "fervents pétainistes".

Des responsables de gauche y ont vu le signe que la dédiabolisation voulue par Marine Le Pen n'était qu'un "vernis", tandis que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour contestation de crime contre l'humanité.

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a également condamné les "propos insupportables" de Jean-Marie Le Pen. Dans un communiqué, le ministre dit en avoir pris connaissance "avec consternation".

De son côté, Marine Le Pen, présidente du Front national, a marqué son "profond désaccord" avec son père, lui reprochant d'appliquer une "stratégie avouée" de provocation, parce qu'il pense que "la polémique est positive pour le mouvement".

Elle s'est démarquée du député européen à plusieurs reprises, affirmant en 2011 que les camps nazis étaient "le summum de la barbarie". En juin 2014, elle avait dénoncé une "faute politique" quand son père avait parlé d'une "fournée", concernant le chanteur Patrick Bruel, qui est juif.

Florian Philippot, le vice-président du mouvement qui se dit d'inspiration gaulliste, a déploré vendredi une provocation "parfaitement inutile" et des propos "qui ne sont en aucune manière la ligne du Front national".

"J'avoue ne pas comprendre pourquoi il a besoin de faire de la provocation et de rouvrir des plaies qui sont terribles, qui sont terrifiantes, de l'Histoire", a-t-il déclaré sur LCI.

"Espèce de Collard"

Avant lui, le député Rassemblement Bleu Marine, Gilbert Collard, a estimé sur Twitter que cette sortie faisait de Jean-Marie Le Pen un "tract ambulatoire" pour le Premier ministre Manuel Valls, qui se veut en pointe dans le combat anti-FN.

L'intéressé lui a vertement répondu sur le même réseau social : "Ferme donc ta gueule, espèce de collard !"

La nouvelle sortie du président d'honneur du FN pourrait remettre en cause sa candidature autoproclamée comme chef de file pour les prochaines élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), sans attendre la commission
d'investiture.

Nicolas Bay, le secrétaire général du FN, a estimé sur Europe 1 que les provocations de Jean-Marie Le Pen pouvaient "nuire à une candidature aux régionales", soulignant que d'autres candidats pourraient se déclarer.

"Il est certain que ce qui est arrivé là peut handicaper sa candidature dans la région PACA", a renchéri Florian Philippot. "Il peut très bien y avoir d'autres candidatures".

Marine Le Pen a marqué sa préférence pour sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, qui avait exclu jusqu'à présent de se présenter si son grand-père maintenait sa candidature.

Nicolas Bay a semblé écarter une exclusion de Jean-Marie Le Pen du parti. "Il a une situation statutaire, il n'est pas un militant lambda. Jean-Marie Le Pen a été le fondateur du FN, il l'a présidé pendant quarante ans", a-t-il affirmé.

Le chercheur Joël Gombin, spécialiste de l'extrême droite, juge impossible une exclusion du fondateur du parti pour des raisons humaines et familiales, mais également politiques : "Je ne crois pas que Marine Le Pen puisse trouver dans son bureau politique une majorité pour exclure son père, ni même pour le relever de ses fonctions de président d'honneur", a-t-il précisé au Parisien.

Jean-Marie Le Pen, qui a mis en doute à plusieurs reprises la stratégie de "dédiabolisation" du FN a été condamné cinq fois, notamment pour contestation de crimes contre l'humanité, dans l'affaire du "détail".

Avec AFP et Reuters

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