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Génocide rwandais : les archives de l’Élysée "peuvent apporter des éclairages intéressants"

Des crânes de victimes du génocide conservés dans le mémorial de la ville de Nyamata.
Des crânes de victimes du génocide conservés dans le mémorial de la ville de Nyamata. Simon Maina

L'Élysée a déclassifié, mardi, ses archives de 1990 à 1995 sur le Rwanda. Le journaliste français David Servenay, qui a cosigné deux ouvrages sur le génocide rwandais, analyse la portée de cette décision.

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Le Rwanda s'est félicité, mercredi 8 avril, de la déclassification par Paris, que Kigali accuse de complicité dans le génocide de 1994, des archives de la présidence française sur le Rwanda de 1990 à 1995. Tout en restant prudent sur la portée de la décision.

Le rôle controversé de la France, avant, pendant et après le génocide, empoisonne depuis des années les relations entre les deux pays, culminant avec la rupture totale des liens entre 2006 et 2009. "Les relations politiques, diplomatiques et militaires entre la France et le Rwanda durant la période 1990-1995 ont été une chasse étroitement gardée", a déclaré à l'AFP le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye. "Peut-être cela va-t-il finalement rendre accessible ce qui se passait à l'époque et éclaircir les nombreux points noirs ou gris laissés en suspens jusqu'ici." "On espère seulement que la déclassification sera totale", a-t-il cependant ajouté.

Le journaliste français David Servenay, qui a cosigné "Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais" (La Découverte, 2007) et "'Au nom de la France, guerres secrètes au Rawnda" (La Découverte, 2014), enquête depuis de longues années sur ce génocide. Il espère que ces archives de l’Élysée apporteront de nouveaux éclairages sur certains points précis.

France 24 : Peut-on espérer de cette déclassification des informations inédites ?

David Servenay : On se doutait bien qu’il y avait des éléments non déclassifiés. Il va être intéressant de découvrir ce qui est dit, notamment sur tout l’appareil militaire, plutôt clandestin ou discret, pour reprendre la terminologie des notes de l’époque, qui a été mis en place à partir de 1990-91 au Rwanda. La question de la livraison d’armes est également importante puisque, à partir de la mi-avril, l’ONU décrète un embargo sur ce matériel. Nous savons que de telles livraisons ont été effectuées par ou sous couvert de la France.
Les archives de l’Élysée sont des synthèses de documents émanant des services de l’État, notamment des services de renseignement. Donc même si les documents originaux font défaut, des informations sont reportées par des conseillers. Cela apportera sans doute un éclairage plus intéressant…

Il est donc probable que ces documents de l'Élysée servent à confirmer la version officielle des faits ?

Il est rare que des archives révèlent quelque chose de manière limpide. Elles vont éventuellement pouvoir confirmer ou infirmer des éléments, comme la livraison d’armes, par exemple, ou de lever quelques doutes. Honnêtement, je ne pense pas que cela entraîne une révolution quant à la compréhension de ce qui s’est passé. En revanche, l’Élysée a l’intention d'élargir la déclassification aux documents consultés par la mission d’information parlementaire qui a travaillé sur le génocide en 1998. Cette mission a eu accès à de nombreux documents et auditions, jamais rendu publics.

Ce geste peut-il permettre de rapprocher la France et le Rwanda ou, au contraire, approfondir le fossé diplomatique actuel ?

C’est plutôt une décision qui peut faire avancer le dossier. Mais tant que les autorités politiques françaises n’auront pas reconnu de manière claire et formelle une forme de responsabilité dans les événements au Rwanda, je ne pense pas que les autorités rwandaises seront satisfaites. Néanmoins, je ne crois pas que François Hollande aille dans ce sens.

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