TURQUIE

Turquie : le procès de la catastrophe minière de Soma reporté de 48 heures

Les familles des victimes sont arrivées symboliquement en cortège au tribunal pour réclamer justice.
Les familles des victimes sont arrivées symboliquement en cortège au tribunal pour réclamer justice. Osan Kose, AFP

Le procès de la catastrophe minière de Soma, la plus meurtrière de l'histoire de la Turquie, a été suspendu lundi pour deux jours à l'issue d'une première audience tendue où les familles des victimes ont déversé leur colère contre les accusés.

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Les familles des victimes attendaient ce moment depuis plus d'un an et demi. Le procès de la catastrophe minière de Soma s'est ouvert lundi 13 avril. Le drame industriel, le plus meutrier de l'histoire de la Turquie, avait coûté la vie à 301 mineurs, et terni l'image de l'administration du président Recep Tayyip Erdogan. Mais il a été suspendu pour deux jours à l'issue d'une première audience tendue où les familles ont déversé leur colère contre les accusés.

Poursuivis pour avoir délibérément négligé la sécurité de leurs salariés au nom de la rentabilité, les huit plus hauts cadres du groupe Soma Kömür exploitant la mine devaient être interrogés par vidéoconférence depuis la prison d'Izmir (ouest) où ils sont incarcérés.

C'est cette mesure de sécurité qui a suscité l'indignation des centaines de parents des mineurs de Soma et de leurs avocats qui s'étaient déplacés au centre culturel d'Akhisar transformé en tribunal. "Nous voulons la justice !", ont crié plusieurs mères à l'adresse des juges, provoquant l'entrée sous les sifflets de policiers casqués dans la salle d'audience. Sur décision du juge, ces accusés déposeront donc au tribunal à partir de mercredi, pour la plus grande satisfaction des parties civiles qui attendaient ce face-à-face depuis longtemps.

En tout, quarante-cinq personnes sont poursuivies dans ce dossier.  pour avoir délibérément négligé la sécurité de leurs ouvriers au nom d'une course effrénée à la rentabilité.

Toutefois, selon Fatma Kizilboga, correspondante de France 24 en Turquie, "les responsabilités au niveau de l’administration ne seront pas jugées : on a toujours l’image de ce gouvernement qui refuse toute critique et tout ce qui pourrait entacher son image". La journaliste rappelle en effet que "la compagnie privée qui gérait cette mine était en possession de toutes les licences nécessaires pour l’exploiter alors même que la mine n’était pas aux normes".

Une mine surexploitée

À moins de deux mois des élections législatives du 7 juin, les avocats des familles des victimes ont néanmoins annoncé leur intention de mettre en cause le gouvernement, accusé d'avoir négligé l'ampleur du drame et couvert les fautes des dirigeants de l'entreprise exploitante, présentés comme proches du pouvoir.

En conclusion de son enquête, le procureur a requis contre les huit responsables de Soma Kömür, exceptionnellement inculpés de "meurtres", des peines d'une extrême sévérité allant jusqu'à vingt-cinq ans de prison pour chacune des victimes de l'accident. Trente-sept autres personnes, techniciens et ingénieurs de la société ou agents du ministère de l'Energie chargés de contrôler la mine sont poursuivis pour homicides involontaires.

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"On a toujours l'image de ce gouvernement qui refuse toute critique."

Le drame s'est noué le 13 mai 2014 en début d'après-midi, lorsqu'un incendie a éclaté dans un des puits de la mine de charbon du groupe Soma Kömür, prenant au piège les quelque 800 mineurs qui travaillaient à plusieurs centaines de mètres sous terre.

Selon l'enquête, l'incendie s'est rapidement propagé à plusieurs galeries, envahies par les flammes et les émanations mortelles de monoxyde de carbone. De nombreux mineurs sont morts très rapidement, brûlés ou intoxiqués. Après quatre longues journées de recherche, le bilan définitif de la catastrophe s'établira à 301 morts et 162 blessés.

Dans les mois qui ont suivi, les experts judiciaires ont imputé à Soma Kömür une impressionnante série de défauts de sécurité, du manque de détecteur de monoxyde de carbone au mauvais fonctionnement des masques à gaz des mineurs. Les procureurs ont également mis en cause la "surexploitation" de la mine par l'entreprise et son PDG Can Gurkan, le principal accusé du procès, qui se vantait avant l'accident d'avoir divisé par cinq le coût de production de la tonne de charbon.

Avec AFP

 

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