ROYAUME-UNI

#IAmAnImmigrant : une campagne contre la xénophobie au Royaume-Uni

Des affiches de la campagne du collectif Movement Against Xenophobia, placardées dans les transports britanniques depuis le 13 avril 2015
Des affiches de la campagne du collectif Movement Against Xenophobia, placardées dans les transports britanniques depuis le 13 avril 2015 Movement Against Xenophobia

Moins d'un mois avant les législatives au Royaume-Uni, un collectif d'associations vient de lancer la campagne #IAmAnImmigrant, pour donner un visage aux immigrés et humaniser le débat.

Publicité

Mohammad est conducteur de bus, Baljeet enseigne l’anglais et Rosemarie est infirmière dans un établissement psychiatrique. Tous les trois contribuent à la vie du Royaume-Uni mais aucun n’y est né. Voilà le message que souhaite faire passer le collectif Movement Against Xenophobia (MAX) outre-Manche, à moins d’un mois des élections législatives.

C’est l’objet de la campagne d’affichage officiellement lancée lundi 13 avril et baptisée #IAmAnImmigrant ("Je suis un immigré"). Grâce au crowdfunding, le collectif a récolté pas moins de 54 101 livres sterlings, soit près de 75 000 euros, afin de permettre à 15 immigrés de poser fièrement sur de grandes affiches jaune orangé. Exposées dans les couloirs du métro londonien et sur les espaces publicitaires du réseau ferré britannique, les affiches, initialement prévues au nombre de 850, arborent la mention "immigré" et une explication du rôle que chacun joue pour la société.

"On accuse les immigrés de beaucoup de choses : prendre les emplois, faire baisser les salaires, énumère Saira Grant, du Joint Council for the Welfare of Immigrants, dans un entretien à SBS. Les gens sont fatigués de les voir être utilisés comme des boucs émissaires. N’oublions pas que les immigrés sont des amis, des collègues, même des amants ! Nous espérons seulement humaniser un peu le débat en leur donnant un visage."

Sur Twitter, les réactions ne se sont pas fait attendre. "Une campagne brillante", "bravo !", "fantastique", les twittos britanniques ont vite et largement plébiscité l’initiative du collectif MAX. Mais parmi les 14 277 tweets que répertoriait Topsy mardi en fin de journée, certains se faisaient moqueurs en associant les immigrés de MAX aux quelque 300 jihadistes britanniques rentrés au bercail, dont rien ne prouve pourtant qu’ils soient d’origine immigrée.

Ces divergences rappellent à quel point le sujet de l’immigration est sensible au Royaume-Uni, qui comptait, en 2010, 4,3 millions d’étrangers pour 62,7 millions d’habitants (6,9 %). En 2013, 55,7 % des Britanniques souhaitaient que le nombre d’immigrés au Royaume-Uni soit "beaucoup réduit" et 21,5 % qu’il le soit "un peu". Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP en anglais), d’extrême droite, en a d’ailleurs fait son cheval de bataille au côté de la sortie de l’Union européenne (UE) qu’il accuse d’amplifier le phénomène. Il peut ainsi prétendre devenir la troisième force électorale du pays, étant crédité de 14 % des intentions de vote selon les derniers sondages, devant les alliés libéraux du Premier ministre conservateur David Cameron, qui pointent à 9 %.

Pressé par le UKIP sur sa droite et longtemps dépassé par les travaillistes à sa gauche, David Cameron a progressivement cédé au discours eurosceptique. Il a annoncé début 2014 qu’il proposerait la sortie de l’UE lors d’un référendum en 2017 s’il était réélu cette année. Une stratégie gagnante, semble-t-il, puisqu’il a ainsi pu revenir à hauteur du parti d’Ed Miliband, à 34 % des intentions de vote. Reste à savoir si les immigrés voteront pour son parti.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine