POLITIQUE

"Les Républicains" : le (probable) nouveau nom de l’UMP est déjà critiqué

Le futur nom de l'UMP, "Les Républicains", ainsi que trois logos ont été déposés à l'INPI en octobre 2014 par l'agence de publicité Aubert Storch.
Le futur nom de l'UMP, "Les Républicains", ainsi que trois logos ont été déposés à l'INPI en octobre 2014 par l'agence de publicité Aubert Storch. Miguel Medina, AFP

L'UMP devrait bientôt s'appeler Les Républicains. Un nom porteur de nombreuses valeurs ayant pour but de marquer une nouvelle étape pour le parti de Nicolas Sarkozy et de le différencier du Front national, mais qui pose problème à gauche.

Publicité

Il n’est pas encore officiel mais cela ne l’empêche pas d’être déjà attaqué. Exit l’UMP, place aux Républicains. C’est le nom qu’aurait choisi Nicolas Sarkozy pour tourner la page de l’Union pour un mouvement populaire, selon des fuites orchestrées depuis plusieurs semaines et relayées par la presse. Un choix de communication politique destiné notamment à faire oublier l’image négative que traîne le parti depuis la bataille entre Jean-François Copé et François Fillon pour sa présidence et, surtout, depuis l’affaire Bygmalion.

Nicolas Sarkozy, de son côté, s’en défend. "Le nom de ce nouveau mouvement ne sera pas une question de communicants ou de communication. Il ne s’agira pas de ravaler la façade. La question, autrement plus importante, c’est qui sommes-nous ? Qui voulons-nous représenter ? Que voulons-nous faire ? Il y a 10 ou 15 ans, la question de la République ne se posait pas avec autant de force. Aujourd’hui l’application ferme des règles républicaines est la seule façon d’apaiser notre société", a-t-il ainsi déclaré, dimanche 12 avril, dans les colonnes du "Journal du Dimanche".

"Il s’agissait surtout de solder les comptes, de changer l’image très écornée de l’UMP et de casser le slogan de l’UMPS lancé régulièrement par Marine Le Pen", estime malgré tout Christian Delporte, vice-président de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, historien spécialiste de l’histoire politique française, contacté par France 24. Il ajoute : "L’UMP se donne une nouvelle identité au service d’un chef qui est nécessairement Nicolas Sarkozy. C’était son initiative. Quand on change le nom d’un parti, c’est pour écrire une nouvelle histoire."

>> À lire sur France 24 : "La tripolarisation de la vie politique oblige l'UMP et le PS à s'adapter"

Après sa soumission au bureau politique au début du mois prochain, le nouveau nom de l’UMP devrait être officialisé le 30 mai, lors du congrès refondateur qui mettra en place les nouvelles institutions élaborées par l’équipe de Nicolas Sarkozy. Selon "Le Parisien" du mercredi 15 avril, le terme "Les Républicains" ainsi que trois logos ont même été déposés à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) dès le mois d’octobre par l’agence de publicité Aubert Storch.

Certains à droite émettent toutefois des réserves, faisant remarquer que ce nom évoque inévitablement le parti conservateur américain dont le dernier président, George W. Bush, véhicule une image négative. Une critique que balaye sur le site Internet du "JDD" Olivier Aubert, cofondateur d’Aubert Storch : "Les républicains, cela s'inscrit dans une histoire française, celle de la IIIe République. La grande famille des républicains, on l'a apprise à l'école : c'est Gambetta, Jaurès, Clémenceau, Ferry…"

Une tradition des partis de droite en France

Mais cette appropriation de l’histoire de la République française fait justement débat. Dans "Le Monde" daté du 15 avril, l’historien Jean-Noël Jeanneney parle d'"indigne captation d’héritage". "Si l’UMP persiste à se dénommer 'Les Républicains', la symbolique de cette extravagance sera claire : l’affirmation d’un monopole, qui rejette tous les autres hors du nom lumineux. Serait-ce tolérable ?", interroge-t-il.

Des responsables socialistes ont également critiqué ce choix. "C’est évidemment un abus de pouvoir", a lancé le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen, mercredi 15 avril, sur Sud Radio. "Non pas qu’il n’y ait pas une droite qui ne soit pas républicaine, moi personnellement je sais faire la différence entre des idées d’extrême droite et la droite", a-t-il estimé. "La République est un bien commun", a ajouté Christian Paul, premier signataire de la motion de la gauche du PS en vue du congrès de Poitiers, le même jour, sur LCI. Et de poursuivre : "Il ne faut pas se l’approprier. Nicolas Sarkozy aurait été dans l’honnêteté et dans la réalité en appelant ce parti la Droite républicaine."

Le terme "républicain" est pourtant employé depuis longtemps par les partis de droite en France. La Fédération républicaine, créée en 1903, était ainsi le grand parti de la droite républicaine libérale et conservatrice sous la IIIe République. L’Union pour la nouvelle République fut créée en 1958 pour soutenir le général de Gaulle, tout juste revenu au pouvoir. Puis l’Union pour la défense de la République, constituée notamment des Républicains indépendants, fut l’étiquette du parti gaulliste en réaction aux événements de mai 1968. Jacques Chirac créa quant à lui, en 1976, le Rassemblement pour la République, avant que ne soit fondé, en 1977, le Parti républicain dans le but de soutenir l’action de Valéry Giscard d’Estaing, alors président.

"La République, c’est un symbole, un mot consensuel qui représente beaucoup de valeurs partagées, souligne Christian Delporte. Or la République n’appartient à personne et ses valeurs sont partagées par tous les partis républicains. Donc ce qui choque le plus, par rapport à ces anciennes formations politiques, c’est évidemment ce mot unique, qui semble vouloir dire que seuls les membres du futur parti de Sarkozy sont des républicains. Il y a nécessairement une confusion qui est voulue. C’est une façon pour Sarkozy de reprendre ce discours un peu confus de la campagne de 2007 quand il se sentait l’héritier de Jaurès. Et c’est plutôt bien joué parce qu’après tout, qui n’est pas républicain ?"

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine