ZONE EURO

BCE : une ex-Femen dénonce la "dictature" de Mario Draghi avec des confettis

L'Allemande Josephine Witt a interrompu Mario Draghi en le bombardant de confettis, mercredi 15 avril 2015.
L'Allemande Josephine Witt a interrompu Mario Draghi en le bombardant de confettis, mercredi 15 avril 2015. AFP

L’Allemande Josephine Witt a interrompu la conférence de presse, mercredi, du patron de la BCE Mario Draghi en appelant à la fin de la dictature de l’institution financière. Son coup d’éclat a fait le tour du monde… pour les mauvaises raisons.

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Il a l’air d’un enfant apeuré. On est loin de l’image du Super Mario qui, d’un claquement de taux d’intérêt, peut influer sur le cours de l’économie européenne. Mario Draghi, le tout-puissant patron de la Banque centrale européenne (BCE), s’est retrouvé fort dépourvu lorsque Josephine Witt, une ex-militante des Femen, a bondi sur la table devant lui et l’a bombardé de confettis, mercredi 15 avril.

Elle a rapidement été maîtrisée et le président de la BCE a pu reprendre, devant le parterre de journalistes, sa démonstration sur l’état de l’économie européenne. La vidéo de l’exploit de la jeune allemande de 21 ans a, tout aussi rapidement, fait le tour du monde.

Il n’y a pas que le string dans la vie

Mais pas forcément pour ses revendications. Ils sont plus nombreux à s’être demandé si Josephine Witt portait un string plutôt qu’à s’attarder sur son message. Elle est en effet arrivée sur scène en arborant sur son tee-shirt le slogan "end the ECB dick-tatorship" (le slogan "stop à la dictature de la BCE" se double d’un jeu de mot avec "dick", le terme anglais pour désigner le sexe masculin) et a laissé un tract appelant à plus de démocratie au sein de la puissante institution financière.

Toute considération phallique mise à part, la question de la légitimité démocratique de la BCE peut se poser. "Les statuts de la BCE ont été rédigés pour la rendre totalement indépendante et lui interdire de faire ce que lui diraient les pays membres de la zone euro", rappelle Pascal de Lima, chef économiste au cabinet de conseil EcoCell.

Mario Draghi, qui n’est pas élu, est donc maître absolu en son royaume "sans contre-pouvoir possible en matière de politique monétaire", confirme ce spécialiste des banques. Cette situation antidémocratique au possible peut se justifier par le rôle très spécifique et étroit qui est attribué à la BCE dans les textes européens : surveiller que l’inflation ne dépasse pas les 2 %.

Un dictateur éclairé ?

Elle n’a donc pas, contrairement à la Fed américaine qui doit aussi lutter contre le chômage, de mission de politique économique. Son action n’a, sur le papier, qu’un effet très indirect sur la vie des Européens.

Mais ça, c’était avant. La crise financière de 2008, puis celle des dettes souveraines en Europe en 2010, l’a poussée à être plus interventionniste dans les affaires économiques de la zone euro. Elle a participé aux plans de sauvetage de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal et s’est mise à injecter massivement, à partir de 2012, des liquidités dans l’économie européenne pour faciliter la reprise économique.

"La question de sa gouvernance devient d’autant plus pertinente qu’elle devient un acteur plus présent dans la vie économique européenne", confirme Pascal de Lima. Les décisions de la BCE ont des effets de plus en plus concrets. En février, elle a ainsi décidé de ne plus prêter d’argent à taux réduit aux banques grecques. Une sanction éminemment politique qui s’analyse "comme un sérieux avertissement au gouvernement grec et à sa politique", jugeait alors Céline Antonin, spécialiste de l’économie grecque à l’Observatoire français des conjonctures européennes (OFCE). "On peut avoir du mal à accepter qu’une institution sans légitimité et contre-pouvoir pèse ainsi sur les choix politiques d’un pays souverain", note Pascal de Lima.

Certains trouvent cependant que la militante ex-Femen s’est trompée de cible. L’économiste Anne-Laure Delatte affirme ainsi, dans son blog sur "Libération", que cette action est contre-productive car "sans la BCE, la zone euro n’existerait plus", l’institution étant "la seule à jouer la carte de la relance et non pas de l’austérité". Certes, mais une dictature qui fait les bons choix n’en demeure pas moins une dictature.
 

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