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ENTRETIEN

Anomalie à l'EPR de Flamanville : "une voie sans issue" selon Greenpeace

L'EPR de Flamanville dans la Manche, au moment de sa construction, le 6 novembre 2014.
L'EPR de Flamanville dans la Manche, au moment de sa construction, le 6 novembre 2014. Charly Triballeau, AFP
Texte par : Bahar MAKOOI
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Vidéo par : FRANCE 2
4 min

Greenpeace France s’étonne du manque de contrôle lors des étapes successives de fabrication de l’EPR de Flamanville. Yannick Rousselet, spécialiste de la question, condamne ce choix industriel de la France qui "nuit" à l'image du pays.

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L’anomalie de fabrication détectée sur la cuve de l'EPR de Flamanville est "sérieuse". Le mot a été lâché, mercredi 17 avril, par Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), faisant grimper la pression d’un cran sur la sécurité autour du futur réacteur nucléaire français.

La semaine dernière, cette autorité administrative indépendante avait annoncé avoir détecté une "anomalie" dans la composition de l'acier du couvercle et du fond de la cuve du réacteur nucléaire de troisième génération construit par EDF et Areva. Selon l’ASN, ces deux pièces maîtresses ne résisteraient pas aussi bien que prévu à la pression et aux chocs thermiques en cas d’incident.

Yannick Rousselet est le spécialiste des questions nucléaires pour Greenpeace France. Cet ancien technicien supérieur en études de sous-marins nucléaires réagit pour France 24 sur les inquiétudes soulevées par l’ASN.

France 24 : Selon vous, qui est responsable de cette "anomalie" ?

Yannick Rousselet : Je m’interroge sur le fait qu’on n’en parle qu’aujourd’hui. Toute personne qui a travaillé dans cette industrie sait que normalement, des contrôles sont réalisés à toute étape de la fabrication de la cuve d’un réacteur. Ce qui paraît incroyable, c’est que nous avons été au bout de l’assemblage de la cuve avant qu’on s’en aperçoive. Areva est le principal responsable. Car ce sont eux qui ont fabriqué la calotte (cuve) en 2006-2007 dans leur usine de Chalon-sur-Saône. À ce moment là, soit il y a eu un manquement de contrôle et dans ce cas c’est une négligence totale, soit Areva le savait et n’a rien dit, ce qui serait irresponsable. Mais la responsabilité est partagée. Il semble incroyable que EDF, qui a réceptionné la pièce, n’ait pas vérifié sa conformité. Ils auraient pu effectuer au moins des contrôles de surface, vérifier l’ensemble des procédures pour être certains qu’Areva avait bien fait son travail. Enfin, vis-à-vis de l’ASN, c’est aussi troublant. Elle doit théoriquement vérifier la conformité des pièces tout au long du processus de fabrication.

À l’heure actuelle, est-il possible selon vous de remédier au problème ?

La cuve est le seul élément d’une centrale qu’on ne peut pas déplacer facilement. En plus, celle de Flamanville est déjà soudée à la tuyauterie du réacteur. Si l’on souhaite la démonter, il faudra casser des éléments. Ça paraît complexe et le chantier serait long, car il faudrait prendre d’extrêmes précautions pour que le démontage n’affecte pas les pièces qui entourent la cuve. Le processus de démonstration de sûreté qui suivrait serait long, environ trois à quatre ans. D’importantes conséquences économiques sont à craindre, notamment pour EDF. Elles pourraient se faire sentir sur la facture d’électricité et donc les Français vont se retrouver à payer pour les erreurs commises. Les responsables nous ont emmenés collectivement vers une voie sans issue.

Quels sont les risques pour l’environnement en cas de mise en service de l’EPR de Flamanville ?

Aujourd’hui, on a affaire à du béton et de la ferraille. Mais demain, si on ajoute la radioactivité dans le réacteur de Flamanville, il deviendra un immense déchet nucléaire. Si le réacteur démarre avec cette anomalie, nous allons nous trouver devant un produit potentiellement radioactif en cas d’incident et tout l’environnement autour sera radioactif. Je fais confiance à l’ASN pour ne pas laisser charger en combustible s'ils ne sont pas sûrs à 200 % que la cuve ne casse pas en cas d’incident. Mais au-delà de Flamanville, à force de s’intéresser à une filière qui n’a pas d’avenir, c’est l’image même de la France, fleuron de l’industrie mondiale, qui prend un coup de massue. Les euros disponibles aujourd’hui doivent être redistribués vers les énergies d’avenir comme les énergies renouvelables. Soit la France prend le virage, soit nous continuons à rester bloqués sur le nucléaire et dans ce cas, les conséquences seront désastreuses.

>> À lire sur France 24 : L’anomalie à l’EPR de Flamanville, un risque économique pour Areva

Contacté par France 24, Areva n'a souhaité s'exprimer et renvoie vers son communiqué de presse du 7 avril dans lequel la société indique avoir "informé l’ASN de la réalisation à partir d’avril 2015 d’une nouvelle campagne d’essais".

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