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Aube dorée, des bancs du parlement au box des accusés

Le fondateur et dirigeant d'Aube dorée Nikos Michaloliakos lors au parlement grec le 30 mars 2015.
Le fondateur et dirigeant d'Aube dorée Nikos Michaloliakos lors au parlement grec le 30 mars 2015. Aris Messinis, AFP

Les dirigeants du parti néonazi grec Aube dorée font face à la justice lundi dans un procès historique qui doit déterminer si le mouvement s'apparente à une organisation criminelle.

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Le parti Aube dorée est-il une organisation criminelle ? C'est ce que doit déterminer le procès historique qui s'ouvre lundi 20 avril près d'Athènes. Les dirigeants du parti néonazi grec, dont le fondateur et dirigeant Nikos Michaloliakos, se retrouvent dans le box des accusés.

Signe de l'importance de l'audience, quatre rassemblements à l'initiative de la mouvance antiraciste sont prévus avant l'ouverture du procès, tôt le matin, pour appeler à la condamnation des 69 accusés.

Certains d'entre eux sont placés en détention provisoire dans la prison de Korydallos, dans la banlieue ouest d'Athènes, où une salle spécialement aménagée accueille le début du procès qui pourrait rapidement être délocalisé dans un lieu plus vaste et plus central.

Quelle légalité ?

D'autres comparaissent libres. C'est le cas du fondateur et dirigeant d'Aube dorée Nikos Michaloliakos remis en liberté surveillée fin mars après 18 mois de détention provisoire.

L'homme de 57 ans concentre l'attention en raison de son rôle prédominant dans le parti qu'il a créé dans les années 1980 et dont il n'a jamais lâché les rênes. Pour l'accusation, il est aux commandes d'une "organisation criminelle" qui, depuis 2008, a déchaîné sa violence contre les étrangers et contre ses opposants politiques.

Le crime de direction d'organisation criminelle est puni de vingt ans de prison. Étroitement liée à l'aspect pénal, la question de la légalité du parti, dont treize des dix-sept députés sont jugés, apparaît en filigrane.

Entré pour la première fois au Parlement en 2012, Aube Dorée est arrivé en troisième position des législatives de janvier remportées par Syriza, au terme d'une campagne électorale sans les démonstrations de force habituelles.

Cultivant désormais le profil bas, Nikos Machaloliakos défendait cette semaine sa formation comme étant "un mouvement nationaliste", "parti politique légal" et pas "une organisation criminelle".

Raids nocturnes pour "casser" de l'étranger

Les mois d'enquête judiciaire sur le parti ont cependant été accompagnés d'un grand déballage médiatique qui a mis au jour de nombreux documents photos et vidéos, des témoignages de repentis décrivant le fonctionnement des "sections d'assaut" du parti, leurs raids nocturnes à moto pour "casser" de l'étranger, les camps d'entraînement à la campagne, avec maniement de Kalachnikov.

Au domicile du numéro 2 d'Aube dorée, Christos Pappas, la police avait découvert un véritable petit musée du nazisme, déclinant croix gammées et portraits d'Hitler sur toutes sortes de supports.

Mais "nous ne demandons pas la condamnation des accusés pour des motifs idéologiques, ce sont des faits qu'il faut juger, ceux de la vague de violence raciste qu'a connue le pays depuis 2008", insistent les avocats des parties civiles.

C'est en effet le meurtre d'un jeune rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, poignardé en septembre 2013 près d'Athènes par un militant du parti néonazi qui avait déclenché l'offensive judiciaire contre Aube Dorée.

L'événement a été l'électrochoc qui a réveillé l'opinion publique et la classe politique après des années de relative passivité face à des agressions dirigées, entre autres, contre des immigrés.

Les auteurs présumés de trois de ces attaques seront donc jugés au cours du procès. Il s'agit du meurtre de Fyssas, de la tentative de meurtre de quatre pêcheurs égyptiens en juin 2012, et de l'attaque de syndicalistes communistes en septembre 2013.

Le caractère "d'organisation criminelle" du parti constituera le quatrième volet du procès, celui où il faudra prouver que la structure extrêmement hiérarchisée d'Aube dorée fait porter la responsabilité de toutes ces violences à son équipe dirigeante.

Le réquisitoire du parquet va encore plus loin : "ne peut être considérée comme légale une association ou organisation qui, sous couvert d'être un parti politique, poursuit l'objectif du recours à la violence physique ou armée, lançant des menaces contre la vie humaine ou l'intégrité physique d'un citoyen".

Avec AFP

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