GUINÉE

Heurts entre manifestants et policiers en Guinée, un opposant tué

Manifestants et policiers se font face, jeudi 23 avril, à Conakry.
Manifestants et policiers se font face, jeudi 23 avril, à Conakry. Cellou Binani, AFP

Alors que des rassemblements se tenaient dans toute la Guinée jeudi à l'appel de l'opposition, des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre, faisant un mort parmi les partisans de l'opposition.

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Des affrontements entre policiers et manifestants de l'opposition en Guinée se sont soldés, jeudi 23 avril, par la mort d'un partisan de l'opposition. Les forces d'opposition au président Alpha Condé avaient appelé à des rassemblements dans tout le pays pour dénoncer le calendrier électoral, alors que l'élection présidentielle doit se tenir dans six mois.

Alpha Condé exclut toute possibilité de modification. En visite à Paris, le chef de l'État, élu en 2010, a réaffirmé mercredi que la présidentielle se tiendrait en octobre, à l'échéance fixée par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), excluant implicitement l'organisation du scrutin local auparavant, comme le demande l'opposition.

Cette dernière soupçonne le pouvoir de vouloir utiliser les exécutifs communaux provisoires qu'il a désignés - faute de scrutin à cet échelon depuis 2005 - pour influer, y compris par la fraude, sur la présidentielle.

À Labé, fief du chef de file de l'opposition, l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, les affrontements ont fait un mort, un opposant tué à coups de matraque, et quatre blessés, selon une source hospitalière et des témoins. Cela porte à trois le nombre de morts dans les manifestations de ces derniers jours, auxquels s’ajoutent des dizaines de blessés.

Le chef de l'opposition empêché de quitter son domicile

À Mamou et Kindia, à l'est de Conakry, les forces de l'ordre ont également empêché les manifestants de se rassembler. Un gendarme et un manifestant ont été blessés à Kindia, selon des journalistes locaux. Plusieurs dizaines de partisans de l'opposition ont été interpellés, selon l'Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG), parti de Cellou Diallo, et une source sécuritaire.

En banlieue de Conakry, des échauffourées ont éclaté en milieu de journée, faisant au moins cinq blessés légers parmi les civils, ont indiqué des témoins. Dans la capitale, les forces de l'ordre ont barré avec des véhicules l'accès aux domiciles de Cellou Diallo et d'un autre dirigeant de l'opposition et ancien Premier ministre, Sidya Touré. Elles ont fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher une délégation conduite par Cellou Diallo de sortir de chez lui, a constaté un correspondant de l'AFP.

Quand les partisans de l’opposition ont forcé le barrage policier autour de la maison, des affrontements ont éclaté, rapporte la correspondante de France 24 à Conakry, Sarah Sakho. Jets de pierre et gaz lacrymogène sont monnaie courante ces jours-ci dans la capitale guinéenne, mais des coups de feu se font aussi entendre.

"Une dictature qui ne dit pas son nom"

Selon les manifestants, il s’agit de tirs de sommation des forces de l’ordre. Une version que dément, au micro de France 24, le colonel Bangoura Bafieu : "Vous voyez là, sans problème, c’est avec des 'lacry' qu’on a dégagé. Mais à l’intérieur vous avez entendu des coups de feu. Et la fois passée, ici encore, c’était la même chose", dit-il pour indiquer que des habitants seraient à l'origine des tirs.

Confinés, les opposants ne baissent pas les bras pour autant. "Tout ceci ne va pas nous effrayer, encore moins nous décourager. Nous allons continuer notre combat politique", assure Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition, avant d’ajouter : "En Guinée, on est en train d'installer insidieusement une dictature qui ne dit pas son nom."

Après une journée "ville morte" à Conakry au début du mois, puis des manifestations non autorisées mi-avril et en début de semaine, l'opposition cherchait à étendre sa contestation au reste du territoire.

C'est "un véritable test quant à la capacité de mobilisation de l'opposition, hors de la capitale", estime Sarah Sakho. 

Avec AFP

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