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Génétique et éthique : des chercheurs chinois modifient l'ADN d'embryons humains

Les manipulations génétiques sur les embryons ont déjà été réalisées sur des animaux. C'est une première sur des embryons humains.
Les manipulations génétiques sur les embryons ont déjà été réalisées sur des animaux. C'est une première sur des embryons humains. CCO Public domain, Pixabay

Des chercheurs chinois ont tenté de manipuler le génome d'embryons humains pour supprimer le gène responsable d'une maladie. Une première qui a soulevé des inquiétudes au sein de la communauté scientifique.

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L'expérience se solde par un échec, mais elle alarme tout de même les milieux scientifiques. Une équipe de chercheurs chinois a annoncé avoir modifié un gène responsable d'une maladie du sang sur plusieurs embryons humains, une première mondiale.

L'équipe de Junjiu Huang, généticien de l'université Sun Yat-sen de Canton, a cependant obtenu un taux de réussite très faible : sur 86 embryons initiaux, 71 ont survécu à la manipulation et la modification du gène n'a été effective que sur une fraction d'entre eux. Par ailleurs, les chercheurs ont observé un nombre particulièrement élevé de mutations non désirées du génome.

"C'est pourquoi nous avons arrêté. Nous pensons que c'est encore trop tôt", a déclaré Junjiu Huang à la revue scientifique "Nature". Ses travaux ont été publiés le 18 avril dans la (un peu moins prestigieuse) revue "Protein and Cell".

Les chercheurs ont modifié le gène responsable de la beta-thalassémie, une maladie génétique du sang. Ils ont mené leur expérience sur des embryons fécondés, mais non viables, provenant d'une clinique de fertilité. En clair, ces embryons n'auraient donc pas pu se développer et devenir des êtres humains. Cela n'en rend pas moins ces recherches condamnables, estime la juriste Marie-Angèle Hermitte, membre du Conseil consultatif national d'éthique.

"Est-ce qu'on veut vivre dans une société qui prend des risques avec les générations futures, qui veut manipuler l'espèce humaine ?", demande-t-elle, rappelant que la Convention européenne sur la bioéthique, entrée en vigueur en 1999, interdit formellement toute modification du génome sur les embryons humains.

Modification de l'ADN pour l'individu et ses descendants

Les techniques de manipulation génétique sur les embryons de mammifères sont connues. "On sait le faire depuis longtemps, avec des taux de réussite faibles", explique la juriste à France 24. "La question est de savoir, à quelles fins on le ferait sur des embryons humains."

Alors que certains rêvent d'une éradication de certaines affections héréditaires, Marie-Angèle Hermitte est catégorique : "Pour les maladies, on a d'autres moyens". Elle évoque le diagnostic préimplantatoire, réalisé après une fécondation in vitro, qui permet d'identifier les embryons porteurs ou non d'un gène responsable d'une maladie. "Il n'y a pas de risque et pas de modification de la lignée", souligne-t-elle, alors que la technique testée par les chercheurs chinois modifie l'ADN pour toute la descendance de l'individu concerné.

"Il n'y a aucun intérêt à soigner un embryon, le seul intérêt, c'est de le changer, en bien ou en mal", insiste Marie-Angèle Hermitte, qui y voit un projet dont le seul intérêt est eugénique.

La communauté scientifique a également réagi avec inquiétude. L'Alliance américaine pour la médecine régénérative (ARM) a appelé jeudi "à un moratoire volontaire mondial sur ce type de travaux". L'ARM juge que ces recherches sont "très prématurées" et qu'il est "inacceptable de [les] poursuivre à ce stade".

Des chercheurs avaient déjà tiré la sonnette d'alarme au sujet de la modification génétique d'embryons humains le mois dernier, déjà dans la revue "Nature". L'un d'entre eux, Edward Lanphier, président de Sangamo BioSciences en Californie, a réagi mercredi dans les colonnes de la revue : "Cela souligne ce que nous avons dit auparavant : nous devons faire une pause dans ces recherches et avoir une discussion étendue sur la direction que nous prenons".

Mais tous les chercheurs n'ont pas autant de scrupules : selon "Nature", quatre autres équipes de recherche mènent actuellement en Chine des travaux similaires.

Avec AFP

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