EXPOSITION

Le MuCEM cherche à réunir chrétiens, juifs et musulmans

Rituel votif
Rituel votif Manoël Pénicaud / MuCEM IDEMEC

La nouvelle exposition du MuCEM à Marseille présente ces lieux où musulmans, chrétiens et juifs prient côte-à-côte. Une manière de rappeler qu’autour de la Méditerranée, les relations entre les trois religions ne sont pas faites que de violence.

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à Marseille

Les visiteurs de l’exposition "Lieux saints partagés", qui ouvre ses portes le 29 avril 2015 au Musée des civilisations d’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille, seront accueillis par des représentations d’Abraham, figure tutélaire autant pour le christianisme, pour l’islam que pour le judaïsme. Le patriarche à la longue barbe symbolise à lui seul l’ambition de la nouvelle exposition du MuCEM : donner à voir ce que les "gens du Livre" ont en commun, à travers des lieux ou des pratiques rituelles qui les rassemblent, au moment où l’actualité peut donner l’impression qu’ils ne font que s’affronter.

À lire sur France 24 : "Le MuCEM, un pont culturel entre les deux rives de la Méditerranée"

"Nous voulons bousculer l’idée reçue selon laquelle les religions forment des blocs homogènes, étanches, sans interactions autres que violentes", affirme Manoël Pénicaud, anthropologue et co-commissaire de l’exposition, qui a travaillé plusieurs années sur ce sujet avec Dionigi Albera, le commissaire général, et Isabelle Marquette, conservateur au MuCEM. C’est au contraire un monde de croisements et d’influences réciproques que les visiteurs sont invités à explorer, du Maroc aux Balkans et d’Israël à la Tunisie. "L’exposition nous emmène sur les chemins de traverse entre les monothéismes, pour observer les interstices, les frontières", souligne Manoël Pénicaud.

La Ghriba, juive ou musulmane ?

L’une des étapes de ce voyage est la synagogue de la Ghriba sur l’île de Djerba, en Tunisie. Djerba n’est pas vraiment un lieu inconnu, puisque beaucoup d’Européens y passent leurs vacances. Mais on ne vient pas à Djerba que pour ses plages : la Ghriba est un lieu de pèlerinage très important pour les juifs séfarades, qu’ils soient issus de la petite communauté insulaire ou viennent de l’étranger. Et dans cette synagogue où l’on se déchausse avant d’entrer, comme dans une mosquée, des Tunisiens musulmans viennent aussi prier. "La légende dit que la Ghriba – 'l’étrangère' – était une jeune fille sainte qui s’est installée sur l’île il y a fort longtemps, et qui aurait péri dans l’incendie de sa cabane. Comme on ne sait pas si elle était juive ou musulmane, chacun peut se l’approprier", explique l’anthropologue.

Mais cette synagogue est aussi une cible : en 2002, un attentat revendiqué par Al-Qaïda y avait tué 19 personnes. "Nous ne nions pas que les lieux saints communs sont aussi parfois vecteurs de conflits, ou qu’ils sont menacés par les fondamentalismes : derrière le mot 'partagé', il y a à la fois ce qui rassemble et ce qui divise." Manoël Pénicaud cite la célèbre esplanade des Mosquées, ou Mont du Temple, à Jérusalem, comme exemple de lieu saint "trop" partagé, et le tombeau de Rachel, près de Bethléem, dont l’accès est désormais réservé aux seuls juifs.

Apparitions de la Vierge

Pourtant il existe des lieux partagés et apaisés partout, même en Israël. La grotte dédiée à Élie au mont Carmel, qui domine Haïfa, attire des pèlerins juifs, chrétiens, musulmans et druzes, sans heurts ni tensions. Autre figure interreligieuse qui rassemble : la Vierge Marie, vénérée à la fois par les chrétiens et les musulmans. "Elle est citée 34 fois dans le Coran, contre 19 fois dans le Nouveau Testament", rappelle Manoël Pénicaud. Il n’est pas rare de voir des femmes musulmanes allumer des cierges à Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille, tandis qu’en Haute-Égypte, près d’Assiout, des musulmanes participent chaque année au pèlerinage jusqu’à une grotte consacrée à Marie. Namir Abdel Messeeh, réalisateur français d’origine égyptienne, a filmé ce pèlerinage, et a enquêté sur les apparitions de la Vierge en Égypte, point de départ de son film "La Vierge, les coptes et moi". "A Zeitoun, au Caire, en 1968, comme à Assiout en 2001, des musulmans auraient été témoins de ces apparitions. Pour les coptes, c’est une preuve supplémentaire du miracle", raconte le cinéaste, qui conduira une visite guidée de l’exposition le 27 mai.

Au fil de son périple autour de la Méditerranée, le visiteur découvrira aussi que la légende des Sept Dormants est commune aux chrétiens et aux musulmans. Ou que chaque année, le 23 avril, des milliers de musulmans se rendent dans un monastère grec orthodoxe, sur une île au large d’Istanbul, pour demander à Saint-Georges d’exaucer leurs vœux. On pourra d’ailleurs regarder ces pèlerins accomplir leurs rituels dans l’un des films courts tournés lors des "enquêtes-collectes" de Dionigi Albera et Manoël Pénicaud. "C’est une spécificité du MuCEM : envoyer des chercheurs sur le terrain pour témoigner de pratiques sociales contemporaines via des objets du quotidien, des films et des photographies", souligne l’anthropologue. Ces moments de vie des Méditerranéens, offerts en images aux visiteurs du MuCEM, constituent la chair même de cette exposition.
 

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