ÉTATS-UNIS

États-Unis : des écrivains protestent contre la remise d’un prix à "Charlie Hebdo"

Quelques couvertures de "Charlie Hebdo".
Quelques couvertures de "Charlie Hebdo". AFP

Six célèbres romanciers se sont retirés du gala d'une société littéraire américaine. Ils protestent contre son choix d'attribuer une récompense pour la liberté d'expression au magazine satirique français "Charlie Hebdo".

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Ces six absences seront remarquées. Les écrivains Peter Carey, Michael Ondaatje, Francine Prose, Teju Cole, Rachel Kushner et Taiye Selasi ne participeront pas au gala annuel du PEN American Center, qui doit se tenir le 5 mai, a révélé le "New York Times" dimanche. La raison : il s’opposent au choix de cette institution de remettre à "Charlie Hebdo" un prix pour la liberté d’expression.

Peter Carey, qui a remporté deux fois le prestigieux Booker Prize, a expliqué au quotidien américain qu'en décidant d'attribuer cette récompense, le PEN allait au-delà de son rôle traditionnel de défense de la liberté d'expression contre la censure gouvernementale.

"Un crime horrible a été commis, mais était-ce une question de liberté d'expression pour que PEN America s'immisce là-dedans ?", s'est interrogé l'écrivain dans une interview par courriel au "Times".

"Tout cela a été aggravé par l'apparent aveuglement du PEN vis-à-vis de l'arrogance culturelle de la France, qui ne respecte pas son devoir moral à l'égard d'une grande partie de sa population", a poursuivi l'auteur, en référence aux critiques sur les choix éditoriaux du magazine, qui, selon certains, viserait trop souvent l'islam et son prophète.

Le 7 janvier dernier, les frères Saïd et Chérif Kouachi ont fait irruption dans les locaux parisiens du magazine, qui avait publié des caricatures du prophète Mahomet. Ils ont ouvert le feu et tué douze personnes, dont cinq dessinateurs. L'hebdomadaire faisait régulièrement l'objet de menaces depuis 2006.

Salman Rushdie condamne la décision de ces écrivains

Le PEN American Center a répondu sur son blog qu'il ne pensait pas que "Charlie Hebdo" avait l'intention "d'ostraciser ou d'insulter les musulmans, mais plutôt de rejeter avec force la tentative d'une petite minorité d'extrémistes de poser des limites à la liberté d'expression".

"Nous serons désolés de ne pas voir ceux qui ont choisi de ne pas assister au gala, mais nous respectons leurs convictions", a-t-il ajouté.

L’écrivain Salman Rushdie, ancien président de PEN, qui fait l’objet d’une fatwa depuis 1989 et la parution de son roman "Les Versets sataniques", a de son côté condamné la décision des six écrivains. "Les artistes de 'Charlie Hebdo' ont été exécutés de sang-froid pour avoir dessiné des dessins satiriques, ce qui est une activité tout à fait légitime. Il est juste que le PEN honore leur sacrifice et condamne leur meurtre", a-t-il écrit dans email adressé à Associated Press. 

Ce n’est pas la première fois que des membres du monde culturel américain se montrent réservés à l’égard de l’hebdomadaire. Si la presse américaine a unaniment condamné les attentats du 7 janvier, elle n'a quasiment pas publié des dessins de Charlie Hebdo mettant en scène le prophète, par crainte de se montrer insultante vis-à-vis de la communauté musulmane. 

Avec AFP
 

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