Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Royaume-Uni - Brexit : Quelles issues pour Theresa May et le Royaume-Uni ?

En savoir plus

LE PARIS DES ARTS

Le Paris des Arts de Yarol Poupaud

En savoir plus

#ActuElles

Des employées enceintes harcelées au Japon

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

Projet d'accord sur le Brexit : Theresa May, une première ministre bien isolée

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

L'avenir incertain de la démocratie libérale

En savoir plus

VOUS ÊTES ICI

Dans le nord, sur la route de l’Art déco

En savoir plus

TECH 24

Audrey Tang, la hackeuse taïwanaise devenue ministre

En savoir plus

FOCUS

Allemagne : "Nouvelle droite", vieilles idées ?

En savoir plus

À L’AFFICHE !

"Japonismes 2018", à la (re)découverte de la culture nippone

En savoir plus

EUROPE

Universités britanniques : étudier trois ans, s'endetter sur 30 ans

© Charlotte Boitiaux, France 24 | Depuis 2012, les frais de scolarité ont triplé dans la plupart des universités anglaises.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 30/04/2015

Depuis le triplement des frais de scolarité, décidé par le gouvernement Cameron en 2010, de nombreux étudiants londoniens se retrouvent surendettés avant même d'entrer dans la vie active. Reportage sur une jeunesse en colère.

"Ah, la réforme de ce cher Monsieur Cameron... Qu'en dire ? Elle va me rendre pauvre jusqu'à mes 60 ans", lance Maisy Wright, en riant - jaune. Adossée au petit muret en face de la porte d'entrée de la London South Bank University, dans l'est de la capitale britannique, cette étudiante en troisième année d'art n'a pas la langue dans sa poche. Surtout quand il s'agit de dire ce qu'elle pense du triplement des frais de scolarité des universités du pays, décidé par le gouvernement Cameron en 2010 - et entré en vigueur en 2012.

"C'est tout simplement honteux et ridicule", ajoute la jeune femme. Maisy et ses amis, Joseph et Simon, qui traînent devant l'établissement situé à moins de trois kilomètres à vol d'oiseau du 10 Downing Street - où se trouve le bureau du Premier ministre - font partie des dizaines de milliers de jeunes Britanniques contraints de verser la modique somme de 9 000 livres par an [environ 11 000 euros] - contre 3 000 en 2011 - pour pouvoir s'asseoir sur les bancs de leur faculté.

"Ce n'est plus une université, c'est un business"

Une aberration financière pour cette bande de copains, tous étudiants en dernière année de licence d'art. "Ce n'est plus une université, c'est un business", ajoute Maisy, la forte tête du groupe, qui rappelle que pour atteindre et valider trois années, un étudiant doit débourser 27 000 livres [environ 33 000 euros].

De gauche à droite : Simon Doherty, Rachel McArthur, Maisy Wright et Joseph Pearson © FRANCE 24

Pour payer ces sommes astronomiques, la très grande majorité des étudiants au Royaume-uni n'a d'autres choix que de recourir à l'emprunt, en s'adressant principalement à la Student Loans Company, une société financière publique. Maisy, Rachel et les autres n'échappent pas à la règle. Mais depuis 2012, les sommes empruntées atteignent des sommets. Il faut prévoir assez pour payer sa scolarité mais aussi son loyer, sa nourriture et ses factures.

"J'ai calculé qu'il me faudra environ 40 ans pour rembourser mon prêt", lance son amie Rachel MacArthur, tout aussi remontée que sa camarade. J'ai 45 000 euros de dettes à l'heure où je vous parle. Je paye 120 livres par semaine pour ma chambre universitaire, ça monte vite." Très rares sont les étudiants dont les parents peuvent prendre à leur charge de telles dépenses.

"J'ai pensé à arrêter des milliers de fois"

Selon "The Guardian", les universités anglaises auraient déjà enregistré une chute de 8,8 % des inscriptions dès la rentrée 2012, par rapport à 2010. Ce chiffre n'étonne guère Rachel : "J'ai pensé à arrêter des milliers de fois la fac. J'angoisse quand je pense à ce que je dois." Nombre de ses amis ont abandonné dès la fin de la première année : "Ils sont allés dans d'autres écoles, à l'université de Sheffield ou Hull [dans le centre de l'Angleterre]." Où les frais sont identiques mais la vie moins chère qu'à Londres. Selon eux, près de 10 % des élèves de la promotion de la première année d'art dramatique ne sont pas revenus l'année suivante.

Même à la prestigieuse London School of Economics (LSE), dans l'ultra-centre de Londres, on s'inquiète des conséquences de ces tarifs exorbitants. "Nous n'avons pas enregistré de chute des inscriptions depuis 2012", annonce d'emblée Nona Buckley-Irvine, la secrétaire générale du syndicat étudiant de l'école. "Mais cette stagnation ne signifie pas grand chose", enchaîne-t-elle.

Mahamid Ahmed et Nona Buckley-Irvine, du syndicat étudiant de la London School of Economics © FRANCE 24

Selon Nona, la venue toujours plus nombreuse d'étudiants étrangers - souvent fortunés - peut, dans les statistiques, cacher une éventuelle baisse des étudiants anglais. Quoi qu'il en soit, cette réforme est un "désastre", résume-t-elle. "Il n'y a pas que l'aspect financier, il y a aussi l'impact psychologique, ajoute-t-elle. Commencer sa vie active avec des dettes aussi importantes, c'est dévastateur."

Près de 40 % des prêts jamais remboursés

À ses côtés, Mahamid Ahmed, étudiant en master d'économie à la LSE, acquiesce. Même si son cursus devrait l'amener à trouver un emploi très convenable - "banquier" ou "diplomate", glisse Nona - il ne paraît pas serein. "Je dois rembourser 30 000 euros. En finissant mes études, il faudra que je trouve n'importe quoi, très vite, pour me faire de l'argent."

Au Royaume-Uni, un étudiant commence à rembourser son prêt à la fin de son cursus scolaire, quand il gagne au minimum 21 000 livres par an. Mais surtout, particularité du système britannique, sa dette est automatiquement annulée au bout de trente ans. Selon "Le Figaro", près de 40 % des universitaires ne remboursent jamais leurs échéances.

Maisy et les autres feront peut-être partie de ceux-là. "Je voudrais travailler dans une compagnie de théâtre, explique Maisy, mais dans ces milieux, les revenus sont irréguliers, et le salaire bien maigre." Simon ajoute : "Moi, je voudrais être technicien en effets spéciaux, et le chômage dans cette branche est très élevé." Seul Joseph se montre un peu plus confiant : "Moi, je voudrais être acteur, et si tout fonctionne, je rembourserai ma dette en un claquement de doigts."

Première publication : 30/04/2015

  • ROYAUME-UNI

    "Contrat zéro heure" à Londres : adieu chômeurs, bonjour travailleurs pauvres

    En savoir plus

  • ROYAUME-UNI

    Londres : Brixton lutte contre l'embourgeoisement pour garder son âme et ses habitants

    En savoir plus

  • ROYAUME-UNI

    Royaume-Uni : le retour de la faim au pays d'Oliver Twist

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)