CENTRAFRIQUE

François Hollande sera "implacable" si des soldats français s'avèrent coupables

Des soldats français membres de l'opération Sangaris en Centrafrique gardent l'entrée de la ville de Sibut, le 1er février 2014
Des soldats français membres de l'opération Sangaris en Centrafrique gardent l'entrée de la ville de Sibut, le 1er février 2014 Capture d'écran, France 24

Réagissant à un rapport accusant des soldats français d'agressions sexuelles sur des mineurs centrafricains, François Hollande a promis l'intransigeance. De son côté, le parquet de Bangui a annoncé qu'il ouvrait sa propre enquête.

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  • Les faits

Le 29 avril, le quotidien britannique "The Guardian" a révélé l’existence d’un rapport de l’ONU (en anglais) sur des abus sexuels de soldats français commis entre décembre 2013 et juin 2014 sur des mineurs centrafricains. Quatorze soldats français seraient concernés, dont certains auraient été identifiés par les enquêteurs, dévoile jeudi l’agence Reuters, qui cite une source judiciaire. Des militaires étrangers sont aussi impliqués, a précisé cette source sans indiquer leur nationalité.

Dévoilé au journal par l’ONG Aids Free World, le rapport avait été transmis aux autorités françaises le 29 juillet 2014 sans être rendu public. Aids Free World a pris cette décision car "ces allégations de graves crimes sexuels ne sont vraiment prises au sérieux par les Nations unies que lorsque l'organisation est elle-même en danger d'être publiquement exposée par les médias pour la façon dont elle a su gérer ou non la situation" a expliqué à France 24, la co-directrice de l'ONG, Paula Donovan.

  • La réaction française

Jeudi 30 avril, François Hollande a promis d’agir en cas de culpabilité des soldats français : "Si certains militaires se sont mal comportés, je serai implacable."

Alerté en juillet 2014, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a saisi le Parquet de Paris qui a ouvert une enquête préliminaire, toujours en cours. Elle a été "confiée au commandement de la gendarmerie prévôtale dont des agents se sont rendus en Centrafrique, dès le 1er août, pour commencer les investigations", selon un communiqué de la Défense publié mercredi.

En parallèle, l’État-major des armées a lancé une enquête de commandement destinée à identifier d’éventuels dysfonctionnements. Selon le colonel Gilles Jaron, conseiller de communication du chef d’État-major, qui s’exprimait jeudi matin lors de la conférence de presse au ministère de la Défense, l’enquête a été menée rapidement, en cinq à dix jours, par un "inspecteur des armées", qui se base sur "des entretiens et des documents".

Le porte-parole du ministère de la Défense a indiqué lors de la même conférence que la politique en la matière était une politique "tolérance zéro".

Pour le moment, il semble qu’il n’y ait eu aucune mesure conservatoire destinée à protéger les populations centrafricaines de telles agressions. "Encore faudrait-il savoir si les faits sont avérés ou non", a tranché le colonel Jaron. Selon lui, la justice n’a pas encore demandé à avoir accès aux résultats de cette enquête mais devrait bientôt le faire.

Contactée par France 24, la porte-parole du bureau du procureur de Paris Agnès Thibault-Lecuivre a expliqué que la justice n’a eu que "très récemment" connaissance de l’existence des résultats de l’enquête de commandement.

  • Ouverture d’une enquête en Centrafrique

De son côté, le parquet de Bangui a annoncé jeudi avoir ouvert sa propre enquête, estimant que celle-ci avait davantage de chances de faire la lumière sur les événements.

"L’enquête est ouverte à Paris, c’est bien, mais je crois savoir que c’est ici, à Bangui, que les faits se sont produits", a affirmé le procureur de la capitale centrafricaine, Ghislain Grezenguet, au  correspondant de France 24, Anthony Fouchard. "Les victimes se trouvent à Bangui et pas à Paris, a-t-il poursuivi. L’enquête ouverte à Paris permettra de déterminer la responsabilité de ces éléments français, qui se trouvaient à Bangui et qui sont maintenant peut-être repartis, en raison des rotations. Mais l’enquête faite à Bangui nous permettra d’en apprendre davantage parce que nous avons des victimes sur place."

  • La réaction de l’ONU

Un employé de l’ONU à Genève a d’ores et déjà été suspendu : il s’agit d’Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-commissariat des Nations unies pour les droits humains. Selon le "Guardian", c’est lui qui aurait transmis le document aux autorités françaises "du fait de l’incapacité de l’ONU à agir pour faire cesser les agressions". Une information confirmée par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon dans un communiqué. Selon lui, le rapport "a été transmis en version intégrale, avec les identités des victimes, des témoins et des enquêteurs. […] Cela constitue une violation grave du protocole, qui, comme les fonctionnaires du Haut-Commissariat le savent bien, prévoit la suppression de toute information susceptible de [leur] porter préjudice".

Une source à l'ONU sous couvert de l'anonymat a indiqué à l'AFP qu'Anders Kompass a fait fuiter le rapport une semaine après qu'il a été fourni par les enquêteurs et que son action ne pouvait donc pas s'expliquer par une frustration devant un manque de réactivité de l'ONU.

De son côté, le personnel de l’ONU restait perplexe face à la décision de Kompass de transmettre le rapport "à la toute fin" de l’enquête, a estimé une source du Département de maintien de la paix des Nations unies à la correspondante de France 24. "Le rapport était sur le point d’être publié", a ajouté cette source, qui souhaite garder l'anonymat.

Au sein du même département, une autre source a révélé à France 24 qu’Anders Kompass faisait déjà l’objet d’une enquête interne pour avoir justement transmis d’autres informations confidentielles à propos du Sahara occidental.

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