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Une structure pour les jeunes de retour du jihad bientôt créée en France

Selon le ministère de l'Intérieur, 445 Français ou résidents français se trouveraient actuellement en Syrie.
Selon le ministère de l'Intérieur, 445 Français ou résidents français se trouveraient actuellement en Syrie. AFP

Environ la moitié des jeunes qui rentrent d'Irak ou de Syrie ne sont pas poursuivis en justice. L'État veut cependant les prendre en charge dans une structure qui sera créée d'ici la fin de l'année. Une initiative positive, mais incomplète.

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Une structure de réinsertion, sur la base du volontariat. Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé, mercredi 29 avril, que l'État allait prendre en charge les jeunes Français de retour après un séjour parmi les jihadistes, essentiellement en Syrie ou en Irak. L'initiative devrait prendre corps "d'ici la fin de l'année".

Sont concernées uniquement les personnes qui ne font pas l'objet de poursuites judiciaires, c'est-à-dire dont aucune trace d'implication dans des violences en Syrie ou en Irak n'a pu être retrouvée. Soit environ la moitié d'entre eux, selon Farhad Khosrokhavar, professeur à l'EHESS et auteur d'un essai sur la radicalisation jihadiste.

"Par un accompagnement individualisé, une prise en charge psychologique et un encadrement renforcé, ces jeunes devraient retrouver toute leur place dans notre société", a expliqué mercredi Manuel Valls, ajoutant que 445 Français ou résidents français se trouveraient actuellement en Syrie. Ces candidats au jihad sont jeunes, entre 20 et 35 ans pour la plupart.

"Cela va dans le bon sens", commente Farhad Khosrokhavar. "Mettre tout le monde en prison ne résout pas le problème. En prison, on peut apprendre beaucoup de choses", explique-t-il à France 24, faisant allusion à la radicalisation avérée de certains détenus au sein-même du système pénitentiaire.

Le sociologue voit ce dispositif, qui s'inspire de ce qui existe déjà au Royaume-Uni ou au Danemark, comme un moyen de "rétablir le lien social, les rappeler à l'ordre". Une manière pour l’État de garder contact avec ceux qui ont été attirés par l'idéologie jihadiste et peut-être leur éviter de retomber dans la violence, alors que le ministère de l'Intérieur recense plus de 1 600 personnes en France impliquées dans des filières terroristes.

>> À voir sur France 24 : "Comment le Danemark aide ses jihadistes à 'réintégrer la société'"

Si certains, comme au Front national ou comme le député UMP Eric Ciotti, estiment qu'une telle mesure est inutile si elle n'est pas rendue obligatoire pour ces individus, Farhad Khosrokhavar souligne : "On ne peut les encadrer que s'ils sont d'accord". "Les forcer à participer à quelque chose qu'ils ne reconnaissent pas, ce ne serait pas efficace au final."

Le religieux, "dimension fondamentale"

La lutte contre la radicalisation salafiste est un volet phare de la politique antiterroriste du gouvernement, qui a mis en place un site pour lutter contre la propagande jihadiste sur Internet et un numéro vert permettant aux proches de signaler un comportement de plus en plus extrémiste. En un an, ce dernier a permis de recenser près de 1 900 personnes qui se sont radicalisées religieusement.

Plus de la moitié d'entre elles se sont "probablement" converties à l'islam, selon le ministère.

Paradoxalement, le projet de structure de réinsertion ne prévoit pas d'aborder la question religieuse et c'est là son point faible, estime Farhad Khosrokhavar. "C'est une dimension fondamentale", insiste le sociologue, plaidant pour que des imams modérés soient associés au programme. "Ces jeunes sont partis faire le jihad, c'est une notion religieuse, il faut donc aussi combattre cette attitude sur le plan religieux."

La tradition laïque française est sans doute pour quelque chose dans cette lacune, analyse le sociologue. "En France, c'est difficile pour un Premier ministre d'affirmer qu'il y aurait une dimension religieuse [dans cette structure, NDLR]. Mais il faut le faire quand même, par souci d'efficacité", juge-t-il.

Autre point à prendre en compte : la participation de la société civile, des élites locales musulmanes notamment. Selon Farhad Khosrokhavar, "ce n'est pas purement l'affaire du gouvernement, même si c'est lui qui légifère". Pour cet expert du phénomène de radicalisation, une intervention uniquement "par le haut" sera bien moins efficace.

Reste donc à convaincre imams et associations de s'impliquer dans la réalisation du projet et d'assumer face à la société leur rôle auprès des musulmans, dans un pays où le communautarisme est mal perçu.

Avec AFP

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