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Burundi : jusqu’où ira l’épreuve de force ?

Des opposants au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza manifestant dans le quartier de Musaga, à Bujumbura, le 5 mai.
Des opposants au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza manifestant dans le quartier de Musaga, à Bujumbura, le 5 mai. Phil Moore, AFP

Les affrontements meurtriers entre police et opposants à un troisième mandat du président burundais témoignent de la détermination des deux camps. Au risque de faire basculer dans le chaos ce pays encore traumatisé par des années de guerre civile.

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Après une semaine de manifestations interrompue, ce week-end, par "deux jours de trêve", les opposants à un troisième mandat du président burundais, Pierre Nkurunziza, se sont de nouveau mobilisés dans la rue, lundi 4 mai, malgré les mises en garde du gouvernement. Selon Thaïs Brouck, envoyé spécial de France 24 au Burundi, un manifestant est tombé sous les balles de la police à Bujumbura, la capitale.

La Croix-Rouge fait, elle, état de trois protestataires tués par balles durant les affrontements. Un bilan confirmé par Sonia Rolley, correspondante de RFI au Burundi. Et d’ajouter que 45 personnes ont été blessées, dont six par balles.

L’épreuve de force dans laquelle sont désormais engagés le pouvoir et l’opposition risque-t-elle de dégénérer ? France 24 fait le point sur cette crise.

-Que réclament les manifestants ?

Réunis au sein du Collectif contre un troisième mandat, les manifestants ont débuté leur mouvement de contestation le 27 avril, au lendemain de l’investiture de Pierre Nkurunziza comme candidat du CNDD-FDD, son parti, à la présidentielle du 26 juin. L’opposition estime qu'un nouveau mandat du président sortant, élu en 2005 et réélu en 2010, serait inconstitutionnel et porterait un coup de canif à l'accord de paix d'Arusha signé en août 2000. Ce dernier, qui marqua la fin de sept années de guerre civile et de conflits ethniques entre Tutsis et Hutus, limite en effet à deux le nombre de mandat.

Dans le camp présidentiel, on estime que le premier mandat du Hutu Pierre Nkurunziza (2005-2010) ne peut pas entrer pas en ligne de compte dans la limitation puisqu'il avait été, à l'époque, élu par le Parlement et non au suffrage direct.

-Le Burundi peut-il de nouveau plonger dans le chaos ?

"Cela peut mal tourner, indique Thierry Vircoulon, directeur de l’antenne Afrique centrale d’International Crisis Group (ICG), interrogé par France 24. Pour l’instant, on voit mal pourquoi il y a aurait un infléchissement de la situation." Plus les jours passent au Burundi et moins les deux camps semblent disposés à lâcher du lest. "Pour que ce mouvement arrête, il faut que le président se prononce et qu'il abandonne le troisième mandat", a indiqué à France 24 Pierre-Claver Mbonimpa, figure de la défense des droits de l’Homme qui, le 29 avril, a été arrêté quelques heures par les autorités.

Conscientes du pouvoir d'un mouvement populaire, comme celui qui, au Burkina Faso, a poussé le président Blaise Compaoré vers la sortie, opposition et société civile burundaises n’entendent rien céder. "La rue africaine a compris que la seule façon de forcer l’alternance est la mobilisation car elle ne peut rien attendre de la communauté internationale", estime le responsable d’ICG.

Reste qu’en face, le camp présidentiel affiche la même détermination. Dans un message télévisé diffusé le 1er mai, Pierre Nkurunziza a incité les manifestants à rentrer chez eux. Jugeant les rassemblements illégaux, il a indiqué qu'une commission judiciaire se pencherait sur ce "mouvement insurrectionnel". "Des sanctions sévères seront prises contre ceux qui seront reconnus coupables", a-t-il prévenu. De son côté, le ministre de la Sécurité publique a quant lui qualifié la contestation d'"entreprise terroriste" après deux attentats meurtriers à la grenade visant la police.

Une rhétorique qui ne laisse pas d’inquiéter les observateurs sur la suite des événements. "Il y a des similitudes entre ce qui s'est passée au Burkina Faso et ce qui se passe aujourd’hui au Burundi, mais le Burundi n’est pas le Burkina Faso. Le poids de l’histoire y est plus prégnant et son passé beaucoup plus sanglant", rappelle Thierry Vircoulon.

À peine remis des années de guerre civile, le Burundi doit-il craindre d’être rattrapé par ses vieux démons ? "On a vu que la mobilisation à Bujumbura venait des quartiers tutsis. Mais la contestation est aussi menée par l’opposition hutue, observe le directeur de l’ONG. Or il n’y a pas au Burundi un seul mouvement hutu. Durant la guerre civile, les partis hutus n’étaient pas unifiés, et les divisions du passé restent les divisions du présent."

-Quel rôle joue l’armée ?

Alors que la Sécurité publique fait valoir le tout-répressif, au sein de la Défense, on rechigne à observer la même ligne. "Dans la configuration actuelle, beaucoup de choses dépendront de ce qui se passera dans l’armée. Or, celle-ci est politiquement divisée", souligne Thierry Vircoulon.

Depuis le début du mouvement, elle s'interpose régulièrement entre la police et les manifestants pour éviter les dérapages. Les protestataires considèrent que les soldats sont neutres et les protègent des abus des policiers, acquis selon eux au parti du président.

Le 2 mai, le général Pontien Gaciyubwenge, ministre de la Défense, a clairement affirmé la neutralité de l'armée et demandé que cessent "les atteintes aux droits" constitutionnels des Burundais. Quelques instants plus tard, le général Prime Niyongabo, chef d'état-major de l'armée, prenant le contrepied de son ministre de tutelle, s’est pour sa part engagé à ce que les militaires restent loyaux aux institutions et aux autorités du pays. Une mise au point qui a mis au jour les divisions au sein même de l'armée, partagée entre respect des institutions et fidélité à l'accord d'Arusha.

-Que peut faire la communauté internationale ?

Depuis le début de la contestation, plusieurs pays européens et africains ont appelé le chef de l’État sortant à ne pas se représenter. Alors en visite au Kenya, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a réaffirmé, lundi, la position de Washington. "Nous sommes profondément préoccupés par la décision du président Pierre Nkurunziza, qui va à l'encontre de la Constitution de ce pays", a-t-il déclaré depuis Nairobi.

La Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), dont le Burundi est un pays membre, n’a pas encore adopté de position officielle. "Mais on sait que les pays voisins sont un élément clé de la crise burundaise, affirme Thierry Vircoulon. Il y a plus de 20 000 Burundais qui se sont déjà réfugiés au Rwanda voisin et quelque 7 000 en République démocratique du Congo. Une flambée de violences entraînerait une crise des réfugiés dont ces pays se passeraient bien. On sait que Paul Kagame et Pierre Nkurunziza ont discuté. Et le président rwandais a demandé à son homologue burundais d’éviter de lui attirer des ennuis."

Avec AFP

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