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Le président burundais Nkurunziza a déposé sa candidature à un troisième mandat

Le président burundais Pierre Nkurunziza à Paris, en juin 2014.
Le président burundais Pierre Nkurunziza à Paris, en juin 2014. François Guillot, AFP

Le président burundais Pierre Nkurunziza a officiellement déposé vendredi sa candidature à un troisième mandat, que des manifestants contestent malgré les heurts meurtriers. La CPI a, de son côté, menacé de poursuivre "toute violence massive".

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Il se présentera bien une troisième fois. Le président burundais Pierre Nkurunziza a officiellement déposé, vendredi 8 mai, sa candidature à un troisième mandat présidentiel, a constaté un journaliste de l'AFP, et ce malgré les manifestations émaillées de violences qui, depuis treize jours (avec deux jours de trève), secouent la capitale, Bujumbura.

À son arrivée à la Commission électorale nationale indépendante (Céni), à Bujumbura, M. Nkurunziza a promis que les manifestations, devenues selon lui "insurrection", seront "maîtrisées d'ici peu". "Je vous promets que les élections vont bien se dérouler".

Thaïs Brouck, envoyé spécial de France 24 au Burundi

Dans la soirée, un haut responsable policier a annoncé qu'ordre avait été donné à la police de démanteler "toutes barricades érigées" au Burundi, annonçant que la décision avait commencé à être appliquée dans le quartier de Nyakabiga, à environ 2,5 km du centre de Bujumbura.

Selon un photographe de l'AFP, de très nombreux policiers sont entrés vendredi en fin d'après-midi à Nyakabiga et ont commencé à mettre à bas, avec un bulldozer, les obstacles de toutes sortes qui obstruent depuis le début de la contestation l'axe principal du quartier. Des jeunes ont lancé des pierres depuis les rues adjacentes pour les en empêcher mais ont été dispersés à coups de grenade lacrymogène et de canon à eau.

La journée avait été calme vendredi dans les quartiers périphériques de la capitale, foyers de la contestation.

En début de soirée, le "Collectif contre un 3e mandat" avait annoncé une trêve des manifestations d'une journée, samedi, pour "permettre à la population de s'approvisionner mais aussi d'enterrer nos morts de la semaine", selon Pacifique Nininahazwe, un de ses dirigeants, avertissant que "les manifestations reprendraient dimanche, avec plus de vigueur après le dépôt de la candidature du président.

Date limite des candidatures le 9 mai

Pierre Nkurunziza a été le premier des candidats déclarés à la présidentielle du 26 juin 2015 à déposer sa candidature, selon la Céni. La date limite pour les dépôts est le 9 mai.

Il est arrivé accompagné d'une trentaine de militants vêtus aux couleurs de son parti. Souriant et très détendu, il a remis à la Céni, un à un, chacun des documents exigés, notamment un acte de naissance et le reçu du versement de la caution de 15 millions de francs burundais (environ 9 000 euros) à la Banque centrale.

Le Burundi, en particulier sa capitale Bujumbura, est, depuis le 26 avril, le théâtre de manifestations émaillées de heurts, parfois violents, opposant les "anti-troisième mandat" à la police et aux jeunes du parti au pouvoir (CNDD-FDD). Des affrontements qui ont déjà fait 18 morts.

>> À lire sur France 24 : "Jusqu’où ira l’épreuve de force ?"

Les manifestations, interdites par le pouvoir, avaient été déclenchées par la désignation, la veille, de Pierre Nkurunziza comme le candidat du CNDD-FDD à la présidentielle.

Crainte de violences à grande échelle

Les opposants au chef de l'État jugent un éventuel troisième mandat – M. Nkurunziza a déjà été élu en 2005 et 2010 – inconstitutionnel et surtout contraire aux accords d'Arusha qui avaient ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006).

Ses partisans jugent la démarche parfaitement légale. La Cour constitutionnelle, jugée inféodée au pouvoir par les anti-troisième mandat, leur a donné raison mardi.

Interrogé à son arrivée à la Céni, M. Nkurunziza a estimé que les heurts observés jusqu'ici n'étaient "rien par rapport à ce que nous avons connu dans les années 1993-1994", quand la guerre civile a commencé.

"C'est un phénomène qui ne concerne que quelques quartiers de Bujumbura (...), dans le reste du pays les gens vaquent tranquillement à leurs travaux", a-t-il assuré. "Plus de 99 % du territoire burundais est en paix".

La CPI surveillera de près le Burundi

Depuis des mois, les communautés internationale et régionale, mais aussi la population burundaise craignent que la candidature de M. Nkurunziza ne débouche sur de nouvelles violences à grande échelle.

Vendredi, la procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a fait part de sa crainte de voir les violences se multiplier à l'approche des élections, les 26 mai et 26 juin prochain. "Je suis préoccupée par les tensions croissantes dans le pays et l’idée qu’une escalade de la violence serait à craindre, qui pourrait déboucher sur la commission de crimes graves relevant de la compétence de la Cour pénale internationale", a-t-elle écrit dans un communiqué.

"Quiconque incite à commettre des violences massives ou y participe notamment en ordonnant, sollicitant ou encourageant des crimes relevant de la compétence de la CPI ou en y contribuant de tout autre manière est passible de poursuites devant la Cour", a-t-elle averti.

Le président rwandais Paul Kagame, de son côté, a critiqué vendredi l'attitude de son voisin burundais."Si vos propres concitoyens vous disent : ’nous ne voulons pas que vous fassiez ça ou que vous nous dirigiez’, peut-être sont-ils en train de dire que vous n'avez pas fait assez pour eux", a-t-il déclaré lors d'un symposium en Suisse.

La mission électorale de l'UE au Burundi a elle estimé que la poursuite de "l'interdiction et la répression de manifestations pacifiques exprimant des préoccupations légitimes" ne permettrait pas "un processus électoral crédible et transparent".
 

Avec AFP

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