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Grande Guerre : la Division marocaine qui n'avait de marocaine que le nom

© Samuel Dhote, CRT Nord - Pas de Calais | Le monument aux morts de la Division marocaine à Vimy

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 05/06/2015

Le 9 mai 1915, la Division marocaine s'illustrait lors de la bataille de l'Artois. Unité la plus décorée de la Grande Guerre, elle reste méconnue. Malgré son nom, cette division n'était pas constituée de Marocains, mais Tunisiens et d'Algériens.

C’est à mi-chemin entre Arras et Lens, au bord d’une départementale au lieu-dit le chemin des Coquins, que se dresse le monument à la Division marocaine. Un édifice discret qui n’attire pas vraiment les touristes, contrairement au Mémorial canadien de la Première Guerre mondiale, situé juste de l’autre côté de la route. "Beaucoup de gens passent devant ce monument mais sans forcément y prêter attention, d’autant plus que ceux qui viennent visiter ce site de la crête de Vimy sont plutôt Anglo-saxons", constate ainsi Laurence Pottier à l’Office de Tourisme et du Patrimoine de Lens-Liévin.

Un manque d’intérêt qui s’explique aussi par un "manque de connaissance" selon cette dernière. Près du monument, aucun affichage ne permet d’en savoir plus à part l’inscription sur son fronton : "À la mémoire (…) des officiers, sous-officiers et soldats de la Division Marocaine tombés ici glorieusement les 9, 10 et 11 mai 1915". "Comme son nom ne l’indique pas, cette division marocaine n’était pas spécifiquement constituée de soldats marocains", souligne ainsi Laurence Pottier.

Lors de la Grande Guerre, cette unité comptait en effet dans ses rangs des zouaves, des tirailleurs tunisiens et algériens ainsi que des légionnaires, mais aucun Marocain. "Elle s’appelle ainsi car elle a été formée au Maroc en août 1914", explique Pierre Montagnon, un ancien légionnaire, auteur de nombreux ouvrages sur le passé colonial français. "En 1912, lorsque le Maroc est devenu un protectorat français, la pacification, autrement dit la conquête marocaine, a débuté avec l’aide de régiments de zouaves, de tirailleurs et de légionnaires. Lorsque la guerre a éclaté deux ans plus tard en Europe, ces unités françaises qui se battaient dans ce pays ont ensuite été envoyées sur le front en France".

Le 7e régiment de tirailleurs algériens de la Division marocaine avec son drapeau en 1917
© Wikicommons

Une première percée historique

Affublée de ce surnom de "marocaine", la division, composée environ de 12 000 hommes, se distingue très vite sur les champs de bataille. Après avoir débarqué à Bordeaux, elle participe notamment aux combats de la Marne en septembre 1914, durant lesquels elle reprend brillamment le château de Mondement. Au printemps suivant, elle se retrouve en Artois. "Après la bataille de la Marne, le front s’est stabilisé et la guerre de position a démarré. L’un des problèmes pour les Français était de percer ce front continu de la mer du Nord jusqu’à la Suisse", détaille Pierre Montagnon. "Joffre va essayer de le faire au niveau de la ligne Arras-Lens. La division marocaine doit porter son effort en direction de la côte 140 qui barre cet axe".

Le 9 mai 1915, à 10 h, après un bombardement d’artillerie, l’assaut est donné. Le 7e régiment de tirailleurs algériens et le 1er régiment étranger de la Division marocaine s’élancent de leurs tranchées vers leur objectif. Très vite, ces soldats traversent le Bois de la Folie et poursuivent leur avancée sur plus de quatre kilomètres. " À 11h15, la côte 140 est occupée", raconte Pierre Montagnon. "C’est pratiquement la première fois que le front est percé. Les légionnaires et les tirailleurs voient devant eux la plaine de Lens, mais ils sont épuisés".

Un coup d’éclat raconté 30 ans plus tard dans "La main coupée" par l’écrivain franco-suisse Blaise Cendrars, qui portait alors l’uniforme du 1er régiment étranger : "Nous, une poignée d'hommes, nous avions bien percé, nous. (Le 9 mai 1915, à 12h 1/4, mon escouade et moi, nous étions sur la crête de Vimy avec quelques braves types, 2-300 hommes en tout, égarés comme nous qui avions poussé de l'avant en sautant quatre lignes de tranchées allemandes sans tirer un coup de fusil, et le front était crevé) !".

Mais ce beau succès se transforme en quelques heures en un incroyable fiasco. Alors que les liaisons télégraphiques sont impossibles, des messagers, appelés coureurs, sont envoyés pour prévenir l’état-major et demander des renforts. "Malheureusement, ils ne sont pas crus car cela paraissait trop beau pour être vrai. Les grands patrons se sont dit qu’ils se trompaient et qu’ils ne savaient pas lire une carte", résume Pierre Montagnon. Le soldat Blaise Cendrars se souvient aussi avec amertume de cette victoire avortée et décrit le "manque de jugeote et manque de foi de la part des états-majors".

Isolés au cœur des lignes ennemies, les hommes de la Division marocaine n’ont pas d’autre choix que de se replier. Ils poursuivent les combats durant les deux jours suivants, mais sans réussir à reprendre de nouveau la côte 140. Il faudra attendre avril 1917 pour que les Canadiens s’emparent de la crête de Vimy. Les journées du 9,10 et 11 mai sont à marquer d’une pierre rouge. Le 7e régiment de tirailleurs algériens a perdu à lui seul 50 officiers et plus de 1 900 sous-officiers et soldats.

Une photographie du général Joffre, décorant des soldats de la Division marocaine, publiée en 1915 dans l'ouvrage britannique "The Great War : The Standard History of the All Europe Conflict". © Wikicommons

"Un bel exemple d’unité"

Un lourd tribut qui a été honoré en 1925 par l’inauguration du monument à la Division marocaine. Le courage et la détermination de cette unité ont aussi étés salués par de très nombreuses citations tout au long de la Première Guerre mondiale. Elle est la seule division dont tous les régiments portent la fourragère rouge. "C’est la plus décorée de l’armée française. La fourragère rouge correspond à six citations à l’ordre de l’armée. Quand on sait qu’une citation signifie que la moitié du régiment est restée sur le terrain, cela représente énormément de sang", insiste Pierre Montagnon.

Malgré ses exploits, la Division marocaine a été un peu oubliée dans la mémoire collective : "On a peut-être eu tendance à mettre en avant des unités spécifiquement françaises et a parlé de l’héroïsme des poilus", constate l’ancien légionnaire. "C’est dommage car elle est un bel exemple d’unité avec des braves gens de toutes origines qui se sont battus pour la défense de la France". Seul héritage de ce passé héroïque, la célèbre chanson "C’est nous les Africains", popularisée lors de la Seconde Guerre mondiale, a été directement inspirée par le chant de la division qui se terminait sur ces paroles terriblement réalistes : "Roulez tambour, à nos amours, Pour la Patrie, pour la Patrie. Mourir bien loin, c'est nous les Marocains !"

Première publication : 09/05/2015

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