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Bob Rugurika : "Le Burundi est devenu une vaste prison pour les journalistes"

Bob Rugurika, la directeur de la Radio publique africaine, est un symbole de la liberté d'expression au Burundi.
Bob Rugurika, la directeur de la Radio publique africaine, est un symbole de la liberté d'expression au Burundi. Carl de Souza, AFP

Le célèbre directeur de la Radio publique africaine, Bob Rugurika, est parti "se mettre à l'abri à l'étranger" par mesure de sécurité. Il affirme à France 24 être très inquiet pour la liberté de la presse au Burundi.

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Son exil est le symbole des menaces à la liberté d’expression après le coup d’État avorté au Burundi. Bob Rugurika, patron de la populaire Radio publique africaine (RPA), une radio privée burundaise, a "dû se mettre à l'abri à l'étranger momentanément", a-t-il confié à France 24 samedi 16 mai.

"J’avais des éléments suffisamment clairs sur des risques de meurtre sur ma personne. Je suis parti deux jours avant la tentative de coup d’État", a-t-il affirmé au téléphone.

Le journaliste décrit une situation où il était en permanence suivi, ou encore des intrusions de personnes "louches" dans l’enceinte de son média, allant parfois jusqu’à tenter d’attaquer son domicile. "Les menaces se sont renforcées au fur et à mesure que les manifestations duraient au Burundi" explique t-il. Il affirme qu’il n’est pas le seul dans le collimateur des autorités et évoque d’autres journalistes, ainsi que des défenseurs des droits de l’Homme burundais, qui seraient la cible des autorités.

Selon lui, les menaces de mort ou d’emprisonnement viendraient directement "des services de renseignements, de la police ou des Imbonerakure", la ligue des jeunes du parti au pouvoir CNDD-FDD, qualifiée de "milice" par l'ONU.

 

"Vivre en clandestinité, c’est une prison"

Bob Rugurika avoue ne pas comprendre pourquoi sa radio, comme quatre autres médias du pays, a été attaquées par les forces loyalistes au point de ne plus pouvoir émettre. "En tant que journalistes, nous n’avons jamais pris part aux préparations de ces manifestations", plaide-t-il, affirmant avoir toujours tendu le micro aux supporters comme aux opposants de Pierre Nkurunziza, dont la candidature à un troisième mandat présidentiel a provoqué de nombreuses manifestations depuis un mois.

>> À lire sur France 24 : "'Le Burundi est en paix' selon Pierre Nkurunziza"

"Je crois que le gouvernement a développé une intolérance grave à l’encontre des voix critiques. C’est une attaque grave envers la liberté de la presse."

De là où il est, Bob Rugurika affirme observer la situation. Et mal vivre sa clandestinité. "C’est comme si j’étais un peu en prison aujourd’hui, confesse-t-il. Mais je préfère être là qu’être au Burundi, qui est devenu une vaste prison pour moi, comme pour la plupart des journalistes indépendants. Aujourd’hui, le seul média en mesure d’émettre est la RTNB (la radio d'État, proche du pouvoir, NDLR), qui n’émet que des éloges du gouvernement. On est dans une situation où le parti au pouvoir devient un parti d'État."
 

Un symbole de la liberté d'expression au Burundi

Bob Rugurika est un symbole vivant de la liberté d’expression au Burundi. Il avait été emprisonné pendant près d’un mois, entre janvier et février dernier, pour avoir diffusé un reportage accusant les autorités burundaises d’être à l’origine de l’assassinat de trois religieuses italiennes, contestant la version officielle. Sa libération sous caution avait provoqué des scènes de liesse impressionnantes à Bujumbura.

En pointe dans la dénonciation des inégalités sociales, du harcèlement politique ou encore des abus de l'administration et des forces de l'ordre, la RPA donne régulièrement la parole aux Burundais, qui s'estiment victimes de discriminations ou d'injustice. Elle est surnommée "la radio des sans-voix".

Pour l’heure, la RPA n’a pas prévu de reprendre ses programmes, comme la plupart des médias attaqués durant la tentative de coup d’État.
 

Avec AFP

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