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Burundi : le président Nkurunziza réapparaît en public

Pierre Nkurunziza, le président burundais, est apparu publiquement dimanche pour la première fois depuis le coup d’état avorté dans son pays, à son palais présidentiel à Bujumbura.
Pierre Nkurunziza, le président burundais, est apparu publiquement dimanche pour la première fois depuis le coup d’état avorté dans son pays, à son palais présidentiel à Bujumbura. Carl de Souza, AFP

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, est apparu en public dimanche pour la première fois depuis le coup d’État manqué, sans toutefois évoquer les récents événements. De nouvelles manifestations contre sa candidature sont prévues lundi.

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Pour la première fois depuis l'échec du coup d'État au Burundi, le président Pierre Nkurunziza est apparu publiquement dimanche 17 mai, à Bujumbura. L'air détendu et souriant, le président burundais s'est exprimé très brièvement devant la presse dans son palais du centre de la capitale, serrant même la main de quelques journalistes.

Il n'a cependant pas parlé des derniers évènements politiques dans son pays, faisant simplement référence a une réunion consacrée à la menace des insurgés somaliens Shebab à laquelle il a participé, alors que des troupes burundaises participent à une force internationale mobilisée contre ces islamistes en Somalie.

Pierre Nkurunziza répond ainsi aux multiples interrogations des internautes, qui se demandaient si le président était réellement présent à Bujumbura. Un hashtag #WhereIsNkurunziza (Où est Nkurunziza) avait même émergé sur Twitter depuis jeudi soir, ironisant sur sa supposée absence de la capitale.

Thais Brouck, correspondant de France 24 au Burundi, revient sur la journée de dimanche

Jugement de 18 putschistes

La veille, les représailles judiciaires avaient commencé au Burundi, après le coup d’État avorté. Samedi, 18 personnes soupçonnées d’avoir participé à cette tentative de putsch ont comparu devant la haute cour de Bujumbura. Parmi ces hommes, trois meneurs avaient été arrêtés vendredi à l'aube : le numéro deux du mouvement, le général Cyrille Ndayirukiye, et les commissaires Zénon Ndabaneze et Herménégilde Nimenya. Ils n'ont pas encore été inculpés mais sont "accusés de tentative de renversement des institutions", selon l'un de leurs avocats, Me Anatole Miburo.

Le leader du soulèvement, Godefroid Niyombaré, qui avait annoncé la chute du président Pierre Nkurunziza mercredi, est lui, toujours recherché par les autorités.

>> À lire sur France 24 : "'Le Burundi est en paix', d’après le président Pierre Nkurunziza"

Plusieurs témoignages font état de maltraitances des nouveaux prisonniers. Ils ont été "sérieusement tabassés, particulièrement le général Cyrille Ndayirukiye", a dénoncé Me Anatole Miburo, affirmant que les services de renseignements avaient forcé le général à enregistrer des aveux publics diffusés sur les ondes de la Radio et télévision nationale burundaise.

S'exprimant sous le couvert de l'anonymat par peur de représailles, les proches de deux accusés ont de leur côté révélé à Reuters que les suspects portaient des blessures sur le corps et que l'un d'eux était devenu sourd d'une oreille après avoir été tabassé dans sa cellule.

Même témoignage du côté de l’avocate de trois prisonniers, Me Christella Harerimana, selon qui l’un de ses clients marche "pieds nus depuis qu’il a été arrêté", et a "visiblement" été "torturé". "Ils ont bafoué les droits humains de ces gens", a-t-elle lancé.

Des manifestants déterminés mais effrayés

Dimanche 17 mai, le calme est revenu à Bujumbura et devrait durer toute la journée. "L’un des leaders de la société civile (…) a appelé à une journée de trêve pour ce dimanche, explique Thaïs Brouck, envoyé spécial de France 24 au Burundi. Mais déjà hier, la mobilisation avait été moins intense dans les rues de la capitale. Une trentaine de manifestants ont défilé (…) mais rien à voir avec la mobilisation qu’ont pu connaître les rues de la capitale avant cette tentative de coup d’État."

En revanche, les manifestants pourraient être beaucoup plus nombreux lundi, selon Thaïs Brouck : "Traditionnellement, le lundi est une journée de forte mobilisation à Bujumbura. Les manifestants que nous avons rencontrés hier se disaient toujours aussi déterminés, certains se disaient même prêts à mourir pour leurs idées, mais difficile de dire quelle sera l’ampleur de la mobilisation. La lassitude commence à se lire sur leurs visages, ils commencent à avoir peur de la répression et, surtout, ils n’ont plus accès à l’information ici. Pendant cette tentative de coup d’État, la plupart des médias privés du pays ont été détruits."

En effet, la très populaire radio privée RPA, mais aussi Radio-Télé Renaissance et les deux autres principales radios privées Bonesha et Isangarino, qui avaient diffusé les messages des putschistes, ont été attaquées par les forces loyales au président Nkurunziza pendant la tentative de coup, parfois à la roquette, au point de ne plus pouvoir émettre.

Liste de  "journalistes à arrêter"

Le patron de la RPA Bob Rugurika, visé par des menaces d'emprisonnement et même de mort en provenance du camp Nkurunziza, a expliqué à France 24 qu'il avait "dû se mettre à l'abri à l'étranger momentanément". Selon un défenseur burundais des médias, Innocent Muhozi, les patrons de Bonesha et Isangarino sont aussi allés "se planquer", a-t-il regretté.

>> À lire sur France 24 : Bob Rugurika : "Le Burundi est devenu une vaste prison pour les journalistes"

"Le pouvoir est en train de casser les radios", a poursuivi Innocent Muhozi, qui lui refuse de se cacher. "Il les a d'abord cassées physiquement (...) Maintenant ils veulent casser les journalistes, moralement, judiciairement", a-t-il accusé, parlant d'une liste de "journalistes à arrêter".

Sollicité par l'AFP, la présidence burundaise n'a pas réagi à ces accusations dans l'immédiat.

Le pays est plongé dans une profonde crise politique depuis que Pierre Nkurunziza a annoncé qu'il briguait un troisième mandat de cinq ans. Après le coup d’État manqué, ce dernier semble ne pas vouloir faire de compromis, même si son porte-parole Willy Nyamitwe a évoqué sur France 24 la possibilité d’un report des élections par la commission électorale indépendante : "Si elle trouve qu’il faudrait un petit report de ces élections, il appartient à cette commission technique de le faire savoir", a-t-il expliqué.

Plus de 105 000 personnes ont d'ores et déjà fui le Burundi en direction de pays voisins, dont le Rwanda, par crainte d'une propagation des violences.

Signe d'une situation toujours tendue à Bujumbura, des ONG européennes ont évacué leur personnel expatrié vers le Rwanda voisin samedi, selon un diplomate et des journalistes de l'AFP. Les États-Unis avaient conseillé la veille à leurs ressortissants de quitter le pays le plus rapidement possible. Vendredi, Washington avait condamné fermement la volonté de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, en prévenant qu'une telle attitude risquait d'exacerber les tensions dans le pays.

Avec AFP et Reuters
 

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