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La béatification de Romero peut "aider le Salvador à se rassembler"

Un homme nettoie une fresque murale représentant Oscar Romero, le 19 mai 2015 à Panchimalco, près de San Salvador.
Un homme nettoie une fresque murale représentant Oscar Romero, le 19 mai 2015 à Panchimalco, près de San Salvador. Marvin Recinos, AFP

Près de 300 000 personnes sont attendues, samedi, à San Salvador, pour la cérémonie de béatification de l'archevêque Oscar Romero. L'événement fait toutefois resurgir de profondes divisions dans ce petit pays d'Amérique centrale.

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L'archevêque Oscar Romero, abattu il y a 35 ans pour s'être opposé au pouvoir militaire au Salvador, a été béatifié par le représentant papal Angelo Amato, samedi 23 mai, lors d'une grande messe à San Salvador. Pas moins de sept cardinaux, 90 évêques et deux chefs d'État étrangers, ainsi que 300 000 personnes étaient attendus dans la capitale.

"La béatification est une reconnaissance de ses prêches et de son martyre", a déclaré à France 24 Francisco Galindo Velez, l'ambassadeur du Salvador à Paris, à la veille de la cérémonie. "Cela prouve que la vérité finit toujours par éclater, et que la justice finit par s'imposer."

Galindo Velez se souvient comme si c'était hier du moment où il a appris l'assassinat de Romero. Alors étudiant à Genève, il marchait près du lac quand il a vu un journal annonçant la nouvelle. Il s'est immédiatement assis sur le trottoir, le visage entre les mains.

"J'avais l'impression que le monde s'effondrait", se souvient-il. "Je me demandais comment il était possible que des gens qui se disent catholiques tuent un prêtre en pleine messe. Je savais déjà que la guerre allait être dévastatrice."

"Arrêtez la répression"

Oscar Romero a été assassiné en 1980, alors que la sanglante guerre civile du Salvador (1979-1992), opposant la junte militaire à la guerrilla marxiste du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), n'en était qu'à ses débuts.

Perçu au départ comme un conservateur, Romero a commencé à revoir sa position après une répression brutale des autorités envers ceux considérés comme des opposants, dont des prêtres.

Sa critique du gouvernement s'est acérée, tout comme sa défense des Salvadoriens pauvres, pris dans les flambées de violences. Dans une homélie, prononcée le 23 mars 1980, il a lancé un appel direct aux soldats : "Je vous prie, je vous supplie, je vous l'ordonne, au nom de Dieu : Arrêtez la répression !"

Le lendemain, il était abattu alors qu'il célébrait une messe dans la chapelle d'un hôpital. Lors de ses funérailles six jours plus tard, l'armée a ouvert le feu sur une foule de plus de 100 000 personnes rassemblée à la cathédrale, tuant des dizaines de civils.

Un héros pas consensuel

Romero, à une étape de la canonisation, n'a pas toujours été très apprécié au Vatican, ou même au Salvador, où les divisions économiques et politiques restent profondes.

"Romero avait des ennemis au Vatican de son vivant, ils ne sont pas partis après son assassinat", commente dans un article du journal britannique "Catholic Herald" le père Ashley Beck, auteur d'un ouvrage sur Oscar Romero.

Bien que la lutte de l'archevêque au nom des civils impuissants ait été brutalement interrompue par son assassinat, le religieux a été immédiatement lié à la "théologie de la libération", un mouvement né en Amérique latine qui veut que l'Église s'investisse auprès des pauvres pour amener le changement social.

>> À lire sur France 24 : L'archevêque Romero assassiné au Salvador reconnu "martyr" par l'Église

"Romero était vu comme conservateur avant d'être nommé [archevêque] en 1977, [des confrères évêques de la même tendance] se sont probablement sentis trahis... Ses journaux de bord montrent à quel point ces relations étaient difficiles et à quel point c'était douloureux pour lui, puisqu'il avait connu ces hommes pendant des années", a ajouté le père Beck.

Beaucoup voient dans la béatification de Romero un signe que le pape François, lui aussi originaire d'Amérique latine, veut promouvoir une Église qui prendrait un plus grand rôle dans la défense de la justice sociale.

Construire la paix

Quelque 73 000 personnes ont trouvé la mort pendant les douze années de conflit au Salvador, marquées par la terreur imposée aux populations civiles, des violations flagrantes des droits de l'Homme et des disparitions de personnes, le plus souvent imputables au régime.

Dans les années qui ont suivi les accords de paix à Mexico, signés en 1992, Romero était déjà une icône pour les Salvadoriens, qui continuaient de défendre le changement social et une plus grande égalité économique. Nombreux dans le pays le considèrent comme "Saint Romero".

Mais l'héritage du prêtre assassiné n'est pas sans reproche pour d'autres Salvadoriens. "Nous devons être honnêtes, il y a encore de nombreuses réticences au sujet de Romero", concède l'ambassadeur Galindo Velez. "Mais avec le temps, de plus en plus de gens comprennent Romero et son message, et la béatification va faire avancer les choses dans cette direction."

Le diplomate espère que son pays verra cette béatification comme une occasion de reconstruire son unité. "Le souvenir de Romero devrait nous motiver pour continuer le processus de réconciliation engagé avec les accords de paix en 1992. Nous devons continuer à construire la paix, et continuer à nous rassembler en tant que société et en tant que pays."

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