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"Dheepan", Palme d’or d’un palmarès très français

L'actrice Emmanuelle Bercot, le réalisateur Jacques Audiard et le comédien Vincent Lindon.
L'actrice Emmanuelle Bercot, le réalisateur Jacques Audiard et le comédien Vincent Lindon. Valéry Hache, AFP

Le jury des frères Coen a créé la (mauvaise) surprise en décernant la Palme d’or du 68e Festival de Cannes à "Dheepan" du Français Jacques Audiard. Ses compatriotes, Vincent Lindon et Emmanuelle Bercot, repartent avec un prix d’interprétation.

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Habemus Palmam ! Le jury présidé par Joel et Ethan Coen a attribué la Palme d’or du 68e Festival de Cannes à Jacques Audiard pour "Dheepan", l’histoire d’une (fausse) famille de migrants tamouls qui se retrouve confrontée au tumulte des cités françaises. Un sacre pour le moins étrange. Le septième long-métrage du cinéaste français (déjà lauréat du Grand Prix en 2009 pour "Un prophète") est son moins bon film. Intrigue cousue de fil blanc, description de la banlieue parisienne un brin fantaisiste, fin tellement bâclée qu’elle en est presque surréaliste... On attendait mieux d’un jury chapeauté par les réalisateurs américains.

La bande annonce du jour

De fait, cette Palme d’or 2015 vient consacrer un palmarès très "bleu-blanc-rouge". Sur les cinq films français en compétition (pour la plupart loin d’être excellents), trois ont eu les honneurs des neuf jurés. Outre "Dheepan", "Mon Roi" repartira de la Croisette avec un prix : celui de la meilleure interprétation féminine décerné à Emmanuelle Bercot (récompense qu’elle partage avec Rooney Mara, fabuleuse dans "Carol"). La prestation de la comédienne française n’est certes pas déshonorante mais on peine à admettre que l’insignifiant drame psychologico-amoureux de Maïwenn puisse figurer parmi les primés.

On se réjouit en revanche que l’exceptionnelle prestation de Vincent Lindon dans le drame social "La Loi du marché" ait été honorée. En lui adressant le prix d’interprétation masculine, les membres du jury réparent ainsi une injustice qui n’avait que trop duré. En plus de 30 ans de carrière, l’acteur français n’avait jamais reçu une seule récompense. Pas même un César, malgré ses nombreuses nominations.

Parmi les autres motifs de satisfaction de ce palmarès, notons un Grand Prix qui vient couronner l’audace. Celle du Hongrois László Nemes qui, avec "Le Fils de Saul", son premier long-métrage, propose une immersion dans un camp de concentration nazis. Un film éprouvant et âpre qui restera comme l’un des grands chocs de cette édition 2015.

"The Lobster", à qui on prévoyait un prix du scénario, se voit attribuer le Prix du jury, qui fait office de médaille de bronze. Une place sur le podium plutôt avisée pour cette perle d’humour noir signée du Grec Yorgos Lanthimos.

Chez les vétérans de la compétition, le maître taïwanais Hou Hsiao-Hsien, 72 ans, décroche un prix de la mise en scène bien mérité. Plongée sensorielle dans la Chine médiévale des seigneurs de guerre, "The Assassin" est un bijou de cinéma contemplatif. Pas sûr que ses inconditionnels fans se satisfassent néanmoins de cette récompense.

Débâcle italienne

On comprend moins pourquoi "Chronic" se retrouve avec un prix du scénario. Film d’une grande sécheresse en termes de mise en scène, le drame (encore un !) du Mexicain Michel Franco vaut plus pour son personnage principal (un infirmier sociopathe campé par l’excellent Tim Roth) que pour son histoire, là aussi sabotée par une fin facile et très "cheveu sur la soupe".

Autre surprise du palmarès des frères Coen : l’absence de cinéastes italiens, pourtant bien représentés dans la compétition. Nanni Moretti ("Mia Madre"), qui aurait pu entrer dans le club très fermé des double-palmés, est reparti bredouille. Même chose pour ses compatriotes Paolo Sorrentino ("Youth") et Matteo Garrone ("Tale of Tales").

On déplorera surtout que l’élégante histoire d’amour homosexuel "Carol" du styliste Todd Haynes doive se contenter d’un prix d’interprétation féminine (ex-æquo) pour la seule Rooney Mara. Un peu rude pour la parfaite Cate Blanchett, sa partenaire à l’écran. Peut-être les jurés ont-ils considéré que la comédienne australienne aurait une chance de l’emporter aux prochains Oscars…

Todd Hayes entouré de Rooney Mara et Cate Blanchett, lors de la montée des marches de "Carol", le 17 mai.
Todd Hayes entouré de Rooney Mara et Cate Blanchett, lors de la montée des marches de "Carol", le 17 mai. Mehdi Chebil

Autre regret, l’absence de "Valley of Love", l’une des meilleures surprises du Festival (que nous sommes peu nombreux, sur la Croisette, à avoir aimée). Le couple Gérard Depardieu-Isabelle Huppert y est touchant, attachant, émouvant. Dommage pour le film de Guillaume Nicloux. Mais sûrement y avait-il déjà trop de Français sur la liste des récompensés.

 

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