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L’intouchable monsieur Sepp Blatter, inamovible patron du football mondial

Malgré le scandale, le Suisse Sepp Blatter brigue un  cinquième mandat à ola tête de la Fifa.
Malgré le scandale, le Suisse Sepp Blatter brigue un cinquième mandat à ola tête de la Fifa. Andreas Solaro, AFP

Malgré le scandale qui frappe le monde du football et les accusations d’autoritarisme, Joseph Blatter, l’actuel président de la Fifa, brigue vendredi un cinquième mandat. Une élection qu’il ne peut pas perdre. Portrait.

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Alors qu’un séisme sans précédent vient de frapper le monde du football et que d’innombrables répliques sont encore attendues, Sepp Blatter, le président de la Fifa, lui, ne pense qu’à une seule chose : se faire réélire, le 29 mai, pour la cinquième fois consécutive à la tête de l’instance suprême du ballon rond.

Son institution a beau tanguer depuis mercredi et l'arrestation en Suisse de plusieurs hauts responsables de la Fifa à la demande de la justice américaine, dans le cadre d’une vaste opération anti-corruption, Sepp Blatter, lui, ne pense qu’à sa survie. Malgré l’ampleur du scandale et les soupçons qui ternissent par ricochet son image et celle du sport qu’il représente au plus haut niveau, et en dépit les nombreux appels à la démission qui pleuvent dans les médias, il met en avant sa bonne foi. "Je ne peux pas contrôler tout le monde en permanence", a-t-il déclaré jeudi après-midi, regrettant que "les suspects arrêtés jettent la honte et l'humiliation" sur le football. Il redoute également que "d’autres mauvaises nouvelles" n'arrivent.

Ainsi va le Suisse âgé de 79 ans, qui malgré les nombreux scandales (2001, 2011, 2014, 2015) qui ont secoué l’institution qu’il préside depuis 1998, reste de marbre et refuse de repousser l’éléction organisée à Zurich. Comme pour mieux défier des ennemis toujours plus nombreux, qui cherchent à le détrôner et l’accusent d’autoritarisme. Peu importe si plusieurs stars de la planète foot le critiquent sans discontinuer, si Maradona le qualifie de "dictateur à vie" et si le président de l’UEFA, Michel Platini, lui demande de partir.

Intouchable

Et pour cause, le Valaisan polyglotte, ancien colonel au sein d’une unité de réservistes de l’armée helvète, a officiellement les mains propres. Après tout, l’un des hommes les plus puissants du globe n’a jamais été sifflé en position de hors-jeu, ni récolté de carton jaune. Son nom n’a jamais été cité dans les nombreuses affaires de corruption, de clientélisme et de pots-de-vin dans lesquelles ont trempé de nombreux responsables de la Fifa. Pas même dans celle qui a éclaté le 27 mai et qui porte sur des faits remontant jusqu’à une vingtaine d'années, notamment sur l'attribution de plusieurs Coupes du monde.

Des hauts dirigeants de la Fifa et certains lieutenants du président, au cœur de tous les soupçons, ont poutant été arrêtés mercredi. Dont le sulfureux Jeffrey Webb, patron de la Confédération d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes (Concacaf), considéré jusque-là comme le successeur favori de Blatter. Mais le président reste intouchable. Savait-il ? A-t-il couvert ou protégé les corrompus ? On l’ignore pour le moment. Officiellement, la Fifa affirme être à l’origine de cette opération anti-corruption : l’instance a demandé au procureur suisse d’ouvrir une enquête dès le mois de novembre.

"Il n’a jamais reconnu la moindre erreur. À chacune des crises à répétition qui ont ébranlé la FIFA, il est parvenu à se défausser, écrit dans son éditorial Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de "La Tribune de Genève". Il a sa cour de fidèles qu’il tient, comme les fédérations et associations nationales, par la force de l’argent". Et d’ajouter : "Coupable, pourtant, il l’est, au moins par complicité ou laisser-faire. Est-ce par simple cupidité, par vanité ou par goût immodéré du pouvoir? ".

" On ne peut pas m’arrêter"

Entré discrètement à la Fifa en 1975 comme directeur des programmes de développement, après une carrière dans le marketing et les relations publiques chez l’horloger Longines et au sein de la fédération suisse de hockey sur glace notamment, ce fils d’un contremaître en gravira les échelons jusqu’au sommet. Et ce, avec une habilité que même ses détracteurs lui reconnaissent. Six ans après son arrivée, il devient le secrétaire général de l’omnipotent Joao Havelange, à la tête de l’institution de 1974 à 1998, avant de lui succéder. Depuis, sous sa houlette, le football mondial a subi un développement économique exponentiel et généré des milliards de dollars de profits. Pour le plus grand bonheur des fédérations et des sponsors du sport devenu roi.

Sûr de lui, au point d’avoir affirmé un jour qu’il méritait le prix Nobel de la Paix pour avoir offert au continent africain l’organisation d’une Coupe du monde, la première de son histoire, en 2010 en Afrique du Sud, l’Helvète avait promis que le mandat qui arrive à échéance le 29 mai serait le dernier.

Mais ce fervent croyant est persuadé d’être en mission pour le bien du football. Alors pourquoi ne pas poursuivre l’aventure, d’autant qu’il sait que nul n’est en position de lui barrer la route ?

"Je suis comme une chèvre des montagnes suisses. On ne peut pas m’arrêter", a-t-il fanfaronné, dimanche 24 mai, dans les colonnes du quotidien zurichois "Neue Zürcher Zeitung", quelques jours avant le grand déballage orchestré par la justice américaine.

Le patron du football mondial connait le moindre de ses dossiers sur le bout des doigts, il contrôle l’ensemble de l’appareil de la Fifa, anticipe toujours les mouvements de ses détracteurs et sait surtout ce que lui doivent les fédérations nationales. Il les a choyé depuis qu’il est à la tête de la Fifa et sait exactement qui est avec lui parmi les 209 fédérations appelées à élire le président le 29 mai.

Notamment grâce au modèle économique qu’il a forgé et dont les mécanismes de redistribution ont enrichi les petits pays qui, en retour, lui garantissent un soutien indéfectible. Et puisqu’au sein de la Fifa, les Iles Caïmans pèsent autant que la France,Sepp Blatter a de très grandes chances d’être réélu. Tempête ou pas.
 

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