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Al-Qaïda et ses alliés ont pris Ariha dans la province d'Idleb

Des combattants de la coalition islamiste, qui a conquis Idleb, brûlent le drapeau syrien, le 29 mars 2015.
Des combattants de la coalition islamiste, qui a conquis Idleb, brûlent le drapeau syrien, le 29 mars 2015. Zein al-Rifai, AMC, AFP

La ville d’Ariha, dernier bastion de la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, est tombée, jeudi, aux mains d'Al-Qaïda et ses alliés. Un nouveau revers pour le régime de Bachar al-Assad et le Hezbollah.

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Les jihadistes d'Al-Qaïda et leurs alliés contrôlaient, vendredi 29 mai, la quasi-totalité de la province syrienne d'Idleb après la prise de la ville d'Ariha. Cette victoire de la rébellion islamiste marque un nouveau revers pour le régime syrien dans la guerre qui l'oppose aux rebelles depuis plus de quatre ans.

La ville, à majorité sunnite, a été prise après une vaste offensive éclair menée par "l'Armée de la Conquête [Jaich al-Fatah]", une coalition formée du Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et de groupes rebelles islamistes, a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Selon Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes, "la victoire est importante du côté des factions rebelles et islamistes parce que c’est symbolique, ces villes ont tenu tête à la rébellion depuis 2011 et ce sont des régions sunnites". "Par ailleurs, ces factions rebelles avancent vers le bastion alaouite, ajoute-t-il. Toutes ces villes étaient considérées comme la première ligne de défense de ce réduit alaouite. Donc il y a une importance symbolique et militaire."

Plusieurs milliers de soldats du régime étaient pourtant positionnés à Ariha. Mais la ville est tombée "après le retrait d'importantes forces du régime et des combattants du Hezbollah [libanais]. Des dizaines de véhicules de l'armée ont été vus se retirant de la ville", selon l'OSDH qui dispose d'un large réseau de militants et de sources médicales à travers le pays. "L'offensive n'a duré que quelques heures", s’est étonné le directeur de l'ONG, Rami Abdel Rahmane, en jugeant "surprenante la chute de la ville aussi rapidement alors qu'un grand nombre de forces [pro-régime] s'y trouvaient". "Nous nous attendions à ce que la bataille soit dure" a-t-il ajouté. Selon M. Abdel Rahmane, des militaires iraniens se trouvaient également à Ariha pour épauler l'armée syrienne.

Damas a-t-il abandonné Ariha ?

Le retrait des forces syriennes et des combattants du Hezbollah signifie-t-il pour autant que le régime a renoncé à la reconquête du nord-ouest du pays, aux mains des rebelles islamistes ? Selon Wassim Nasr, rien n’est moins sûr car cette défaite montre juste un régime syrien "en position de faiblesse". "Après quatre ans de guerre, les ressources humaines du régime sont en train de diminuer, il compte de plus en plus sur des combattants étrangers, des Libanais du Hezbollah, des Hazaras [minorité chiite d'origine perse, NDLR] envoyés par le régime iranien. Le régime syrien se retire donc vers une zone où il a une assise populaire et abandonne celles où il n’a pas de population acquise. C’est ce qu’il a fait dans l’est syrien avec Palmyre, prise par l’EI il y a moins d’une semaine."

La défaite des forces gouvernementales à Ariha est également la conséquence directe de l’alliance de plusieurs factions rebelles depuis la bataille d’Idleb, fin mars, sous le nom de l'Armée de la Conquête ou "Jaich al-Fatah". La ville était alors tombée en cinq jours aux mains de cette coalition militaire regroupant le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et Ahrar al-Sham, un groupe armé salafiste. "Le spectre des différentes factions est large. Il va de groupes proches des Frères musulmans qui acceptent le processus démocratique jusqu’à la branche syrienne d’Al-Qaïda. Ces factions ne s'entendent pas sur le plan politique mais ont fait front commun pour la conquête d’Idleb", résume Wassim Nasr.

Dans cette province du nord-ouest syrien, le régime de Bachar al-Assad ne contrôle désormais plus que deux villages chiites, quelques postes militaires et l'aéroport militaire d'Aboul Douhour. La perte de la province d’Idleb est d’autant plus significative pour le régime qu’elle est la dernière barrière avant le pays alaouite, plus à l’ouest, entre les montagnes et la mer.

Seuls 22 % du territoire aux mains du régime syrien

Depuis le début du conflit syrien en mars 2011, le territoire aux mains du régime s'est réduit à peau de chagrin. Ce dernier ne contrôlerait plus que 22 % du pays, selon l'OSDH, mais c'est là que vit la majorité de la population.

"Le régime syrien contrôle moins de 30 % du pays, confirme Wassim Nasr. Le régime est entré dans une logique de préservation de la Syrie 'utile' comme on l’appelle : Damas et la route qui mène de la capitale vers Homs, Hama et la côte syrienne. Mais on ne peut pas dire pour autant que le régime est terminé, parce que c’est une guerre de survie d’un côté et de l’autre. Ils vont se battre jusqu’au bout. Et puis le régime bénéficie d’un soutien indéfectible de la Russie et de l’Iran qui envoie des renforts."

Selon le géographe français Fabrice Balanche, 10 à 15 % de la population habite sur les territoires contrôlés par l'EI, 20 à 25 % sur ceux aux mains du Front Al-Nosra et ses alliés, 5 à 10 % sous l'autorité des kurdes et 50 à 60 % dans des régions gérées par le régime.

Avec AFP

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