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États-Unis : "Des souris et des hommes" échappe à la censure dans un collège de l'Idaho

"Des souris et des hommes"  figure régulièrement dans la liste des livres dont la présence en bibliothèque est contestée.
"Des souris et des hommes" figure régulièrement dans la liste des livres dont la présence en bibliothèque est contestée. Thinkstock

Des parents d’élèves d’un collège de l’Idaho ont tenté de faire interdire l'étude du roman "Des souris et des hommes" en classe. Depuis les années 2000, le chef d’œuvre de John Steinbeck, publié en 1937, fait régulièrement l’objet de plaintes.

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"Des souris et des hommes" n’est "ni une histoire de qualité, ni un bon livre". Pis, le roman de John Steinbeck, publié en 1937, est "trop négatif et sombre". C’est ce que pensent en tout cas des parents d’élèves d’un collège de l’Idaho, aux États-Unis, qui ont demandé que ce classique de la littérature américaine, inscrit dans les programmes d’anglais depuis 2002, ne soit plus enseigné en classe mais lors de "discussions volontaires en petits groupes".

Ils entendent ainsi éviter que, durant les cours, les professeurs fassent lire à haute voix des extraits du roman, connu pour son langage particulièrement fleuri. Dans le collimateur des contempteurs du texte : des mots comme "bastard" ("connard"), "God Damn" ("Nom de Dieu") et "nigger" ("nègre"), dont l’emploi est considéré comme raciste.

Pour sa défense - et celle de l’œuvre -, une enseignante du collège incriminé a fait valoir que "l’utilisation du mot ‘nègre’ dans la vie de tous les jours chez les élèves est bien plus destructrice que l’exposition contrôlée suivie d’une conversation intellectuelle dans l’environnement sain d’une salle de classe".

Malgré leurs récriminations, les détracteurs de l’œuvre de John Steinbeck ne sont pas parvenus à la mettre à l’index. Le 1er juin, la commission scolaire de la ville a voté, à quatre voix contre une, pour sa conservation dans le programme scolaire. "Nous devons faire confiance à la faculté des professeurs à enseigner ce livre intelligemment, comme ils le font depuis 2002", a commenté à l'issue du vote le président de la commission au "LA Times".

Considéré comme un des livres majeurs sur la Grande Dépression, le roman du Nobel de littérature 1962 est, selon l’Association des bibliothèques américaines (ALA), l’une des fictions les plus fréquemment pointées du doigt par les parents d’élèves. Mais les plaintes ne concernent pas uniquement la sphère scolaire. Depuis le début des années 2000, "Des souris et des hommes" a figuré trois fois (2001, 2003, 2004) dans le "Top 10" que l’ALA dresse chaque année sur les livres ayant récolté le plus de plaintes.

Un Indien, la Révolution iranienne et des pingouins gays

Cette récurrence dans les classements annuels de l’ALA est d’autant plus surprenante que le roman de Steinbeck semble assez éloigné des thèmes qui fâchent habituellement les lecteurs. Comme le rappelle le "Washington Post", 80 % des livres figurant dans le "Top 10" traitent effectivement des questions d’identité et de diversité (religion, couleurs de peau, homosexualité, etc.)

En 2014, l’ouvrage dont la présence en bibliothèque a été la plus contestée s’intitule "The Absolutely True Diary of a Part-Time Indian". Publié en 2009, ce roman de Sherman Alexie qui narre l’arrivée d’un jeune indien dans une école majoritairement blanche a fait l’objet de réclamations en raison, notamment, de son caractère "anti-famille" et de son "mépris" pour les autres cultures. Sur la deuxième marche du podium, l’autobiographie dessinée "Persepolis", dans laquelle la Franco-Iranienne Marjane Satrapi retrace les premières heures de la révolution islamique en Iran, a, quant à elle, été jugée par certains plaignants trop "ethniquement, politiquement et socialement offensant" pour pouvoir figurer sur les rayons des bibliothèques.

En troisième position, on trouve "And Tango Makes Three" ("Tango a deux papas", dans sa version française), un livre pour enfants de 2005 racontant l’histoire vraie d’un couple de deux pingouins mâles du zoo de New York ayant élevé une fille manchot. Accusé par certains parents de "faire la promotion des intérêts homosexuels", l’ouvrage illustré de Justin Richardson et Peter Parnell s’est vu retirer de nombreux établissements publics. "Nous avons écrit ce livre pour aider les parents à parler des couples du même sexe à leurs enfants. Il ne s’agit pas d’un tract en faveur des droits des homosexuels, pas plus qu’il ne s’agit d’un ouvrage conseillant aux enfants d’avaler des poissons entiers ou de dormir sur des rochers", se sont défendus les auteurs dans les colonnes du "Telegraph".

L’histoire de Tango n’a pas uniquement choqué des familles américaines. Au Royaume-Uni, deux écoles primaires de Bristol ont, sous la pression de parents, retiré le livre de leur bibliothèque. En France, la version illustrée par Béatrice Boutignon a essuyé les foudres de réseaux catholiques traditionalistes qui ont obtenu que le livre disparaisse du rayon "enfants" de la bibliothèque de Chesnay, en Yvelines.

De fait, selon l’Association des bibliothèques américaines, les plaintes concernent chaque année davantage des livres portant sur l’homosexualité et le sexe en général. À se demander si l’œuvre du Marquis de Sade ne rejoindra pas bientôt le Top 10 de l’ALA.
 

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