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FRANCE

Ouverture à Paris du procès du groupuscule islamiste Forsane Alizza

© Fred Dufour, AFP | Mohammed Achamlane, porte-parole de Forsane Alizza, tient une conférence de presse, le 27 janvier 2012 à Paris.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 08/06/2015

Le procès de quinze membres de Forsane Alizza, groupuscule islamiste dissous en France par décret en mars 2012, s'ouvre lundi à Paris. La formation se revendiquait de la mouvance jihadiste et était connue pour ses actes de provocation.

Lutte anti-islamophobie et rigorisme religieux, ou risque réel d'attaques islamistes ? Le procès du groupuscule islamiste Forsane Alizza, "les cavaliers de la Fierté", s'ouvre lundi 8 juin à Paris pour tenter de répondre à cette question. Ils seront 15 à comparaître jusqu'au 23 juin pour participation à un groupe formé en vue de la préparation d'actes terroristes.

Au centre du dossier, Mohamed Achamlane, 37 ans, présenté comme le fondateur et l'"émir" du groupe. Barbe fournie, visage rond, invariablement en turban et djellaba, cet habitant de la banlieue de Nantes (Loire-Atlantique) a fondé le site internet Forsane Alizza, officiellement pour lutter contre l'islamophobie. Mais la virulence de certains propos le conduira lui-même devant la justice en 2011 pour provocation à la discrimination raciale ou religieuse.

>> À lire sur France 24 : "Forsane Alizza, agitateurs médiatiques ou antichambre du jihad ?"

"Mettre des cicatrices à la France"

Le groupe créé en 2010 fait de la contre-propagande en ligne mais organise aussi des manifestations, notamment contre la loi interdisant le voile intégral en France. Accusé de prôner la lutte armée, Forsane Alizza est dissous par le ministère de l'Intérieur, en janvier 2012. En réaction à cette décision, un texte, publié sur le site, exige notamment que "les troupes françaises quittent tous les territoires à majorité musulmane sans condition ni délai" ou le "retrait des lois abjectes contre le voile et le niqab". "Si d'aventure nos exigences ne sont pas prises en compte alors nous considérerons que le gouvernement est entré en guerre contre les musulmans."

Début mars de la même année, une instruction est ouverte. Après la dissolution, les membres du groupe évitent le téléphone, mais sont pistés sur Internet, où Achamlane s'intéresse au réglage de lunettes de fusil ou aux gilets pare-balles. Et dans un "chat" privé il lance : "Par Allah tout puissant on va lui mettre des cicatrices à la France."

Plusieurs membres du groupe achètent une moto, louent une maison près de Lyon où se rend Achamlane. Pour les enquêteurs, il s'agit "d'éléments laissant craindre que le groupe ne possède des armes et ne passe à l'action violente". Le 28 mars 2012, 17 personnes sont interpellées à travers la France. Chez Achamlane sont saisis trois armes de poing et trois fusils d'assaut démilitarisés et ne fonctionnant pas. Chez d'autres, un révolver, un pistolet, une carabine, une réplique de Kalachnikov, un fusil de chasse à canon scié...

En pleine campagne présidentielle et quelques semaines après les tueries de Mohamed Merah, le coup de filet fait grand bruit. François Bayrou dénonce une "mise en scène", Martine Aubry un "spectacle". Des enquêteurs évoquent un projet d'enlèvement d'un magistrat à Lyon, le président sortant Nicolas Sarkozy parle d'"éléments extrêmement sérieux". Mais le procureur de Paris lui-même évoque un projet sans "tentative de commencement d'exécution".

"Il faut apprendre à tirer"

Au terme de leur enquête, les juges s'affichent certains de ne pas viser une simple activité de propagande mais bien "un groupe de membres actifs, un noyau dur autour de Mohamed Achamlane, susceptible de préparer des actes de terrorisme en France". Sur les ordinateurs de plusieurs on a retrouvé des "consignes de recrutement" de l'émir, disant notamment : "Il faut apprendre à tirer (voir club de tir près de chez vous)." Et dans ceux de Mohamed Achamlane lui-même, des guides de fabrication d'engins explosifs, ou encore "un manuel en anglais sur la fabrication d'une bombe atomique" ainsi que "the terrorist's handbook" (manuel du terroriste).

Mais pour Bérenger Tourné, avocat d'Achamlane, la justice n'a rien de concret contre son client, qui "a fondé Forsane Alizza pour lutter contre l'islamophobie sur le plan médiatique". "On fait de cette propagande une association de malfaiteurs en considérant que l'islam rigoriste prôné par Forsane Alizza aurait en quelque sorte couvert la préparation d'actes terroristes. Mais dans les faits, rien de tangible n'a été démontré", poursuit-il.

>> À lire sur France 24 : "Forsane Alizza, un groupuscule islamiste qui veut attirer l'attention"

Et de dénoncer un postulat de l'accusation selon laquelle les actions du groupe "ne pouvaient que tendre vers cette finalité" terroriste. "On cherche à sanctionner un groupe d'individus non pas parce qu'il a entrepris la préparation d'une action terroriste, mais seulement parce qu'on a la conviction qu'il pouvait potentiellement le faire, ce qui n'est pas admissible."

Les prévenus risquent jusqu'à 10 ans de prison.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 08/06/2015

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